Grève étudiante - Le climat se dégrade dans les universités

Des étudiants ont occupé hier le port de Montréal et bloqué la rue Notre-Dame.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Des étudiants ont occupé hier le port de Montréal et bloqué la rue Notre-Dame.

En cette sixième semaine de grève, la tension est montée d'un cran dans les établissements. Alors que certains campus imposent la ligne dure aux manifestants, d'autres préfèrent lever les cours et permettre les piquets de grève, pour éviter tout conflit.

À l'Université Concordia, l'administration n'entend pas rigoler. Dans une lettre obtenue par Le Devoir, elle signifie que toute personne qui bloque l'accès aux cours devra s'identifier, sans quoi elle sera «photographiée et poursuivie une fois que son identité sera confirmée». Une étudiante l'a appris à ses dépens, lundi, lorsqu'elle a reçu un coup au visage en filmant un gardien de sécurité. Depuis le début de la semaine, les étudiants sont incités à porter plainte si on les empêche d'aller en classe.

Pour Maude Matton, il n'est pas facile de faire la grève devant cette «intimidation». «Depuis le début [l'administration] essaie de rendre le mouvement illégitime en envoyant des e-mails pour dire que le piquetage ça entraîne la suspension ou l'expulsion. On reçoit des lettres intimidantes», a souligné l'étudiante au Département des beaux-arts, qui est en grève depuis quatre semaines. Le climat est «horrible», note-t-elle. «Ça m'est arrivé de m'engueuler avec des étudiants de mon propre cours. On a l'impression d'être des marginaux.»

Le climat est tout aussi tendu à l'Université McGill, où des étudiants en grève se plaignent de la répression excessive. Le vice-principal adjoint, Jim Nicell, a rappelé à la communauté universitaire que toute perturbation empêchant les cours d'avoir lieu constitue une violation du code de conduite, passible de sanctions disciplinaires. Depuis, deux étudiants ont été suspendus cinq jours pour avoir participé à des activités en lien avec la grève.

L'hostilité envers les grévistes est telle que six professeurs du département de langue et littérature françaises (DLLF) leur ont écrit une lettre de solidarité qui circule dans les réseaux sociaux. Pris en sandwich entre les pro et les anti-grève, ils ont déploré la confusion qui règne quant à leurs obligations. «À ce stade crucial du conflit, nous considérons nécessaire [...] d'assurer à chacun des étudiants du DLLF que nous nous engageons activement à faire entendre la légitimité et l'importance de leur combat.»

À l'Université Laval, l'impatience de certains étudiants à l'égard de la grève s'est traduite par une demande de recours collectif pour faire reconnaître les piquets de grève et autres blocus comme un outrage à magistrat, a rapporté Le Soleil. L'Université Laval a été sommée de comparaître en cour lundi.

Autres moeurs en région

À l'Université du Québec à Rimouski (UQAR), la situation est tout autre. Après quatre semaines de grève générale illimitée, le campus de Rimouski est toujours fermé. La direction admet avoir tenté de maintenir les cours au début, en dépit d'un piquet de grève hermétique. «Ça a donné des conditions qui n'étaient pas propices pour la poursuite des études», a soutenu Marie-Thérèse Brunelle, l'une des porte-parole de l'UQAR. «On a ensuite décrété une levée de cours avec une entente de non-ingérence. À partir de là, on s'est dit qu'on allait respecter le vote s'il était fait démocratiquement», a-t-elle indiqué. Dans de plus petits campus, on vit à «échelle humaine», a-t-elle lancé. «[Certains] nous disaient de faire venir la police si les étudiants rentraient dans nos bureaux. Mais nous, ce sont nos étudiants qu'on connaît. C'est très différent.»

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Les étudiants poursuivent leurs manifestations

Les principales actions tenues hier
  • Blocage de la permanence du Parti libéral du Québec à Montréal
  • Occupation du port de Montréal et blocage de la rue Notre-Dame (usage de poivre de Cayenne par les policiers)
  • Manifestation erratique au départ du parc Émilie-Gamelin qui s'est terminée dans le métro Berri
  • Occupation pacifique de la rue Gentilly près du cégep Édouard-Montpetit et cours à ciel ouvert
  • Manifestation en soirée devant la résidence privée du premier ministre Jean Charest à Westmount
  • Tenue du procès symbolique de Jean Charest à Sherbrooke
  • Blocage de l'entrée de l'édifice Price, où loge Jean Charest à Québec
  • Perturbation d'une commission parlementaire à l'Assemblée nationale par huit enseignantes qui ont déployé des bannières rouges
Les actions prévues aujourd'hui
  • Une manifestation appelée la Grande Mascarade, qui commencera au square Philips à midi et se terminera à la Place des Arts, devrait perturber le centre-ville de Montréal pour plusieurs heures
  • Une marche qui culminera par un grand mariage collectif devant le Palais de justice critiquera le système de prêts et de bourses
  • Une manifestation se mettra en branle au cégep Lionel-Groulx
42 commentaires
  • arabe - Inscrit 29 mars 2012 06 h 51

    Le monde à l'envers des boycotteurs et de leurs sympathisants

    Permettre des piquets de grève qui bloquent le passage ou une entrée: cela CRÉE un conflit et EST de l'intimidation, et non l'inverse.

    Pourtant, Mme Gervais écrit que cela "évite tout conflit"!

    Pourtant, un étudiant cité par Mme Gervais prétend que se plaindre quand un groupe bloque le passage serait de "l'intimidation" envers le groupe! Quelle inversion du réel!


    Et que dire de l'euphémisme "piquets de grève". Il y a 2 sortes de piquets de grève:

    1) ceux qui sont légaux parce qu'ils ne bloquent pas le passage vers les entrées, sur le trottoir ou dans les rues.

    2) ceux qui sont illégaux parce qu'ils empêchent les gens de circuler là où ils DOIVENT circuler pour aller au travail.

    Les piquets de grève dont parle Mme Gervais sont des piquets de grève illégaux. Ne pas faire la nuance entre piquets de grève légaux et piquets illégaux, c'est induire le public en erreur.


    Rappelons que sur les 8 actions d'hier, 5 étaient illégales. Mme Gervais aurait également du le dire. Cela fait partie du travail de reporter.

    • AA Marcoux - Abonnée 29 mars 2012 10 h 28

      Vous dites un peu n'importe quoi Mr. Bamville.

      La grève étudiante, de par le fait même les piquets de grève, ne sont pas illégaux, mais bien protégés par la Charte canadienne et québécoise des droits et libertés.

      http://www.facebook.com/notes/association-des-juri

      Le piquet de grève à une mission informative et dissuassive à la base, ce qui exclut toute forme d'intimidation. S'il y a intimidation, c'est parce que ceux et celles qui ne veulent pas respecter le piquet de grève, pourtant décidé par les instances démocratique en vigueur, essaient de nous faire croire que leur liberté personnelle d'assister à un cours est prépondérante au droit collectif de l'éducation gratuite et/ou accessible. Il n'en est absolument rien, car rien ne protège l'étudiant-e seul-e, que ce soit dans la loi ou dans les chartes, qui veut aller à l'encontre d'une décision associative démocratiquement reconnue.

      L'éducation n'est pas un service que l'on doit ''recevoir'' lorsque nous payons nos frais de scolarité, comme certains tentent de nous le faire croire (j'ai bien hâte de voir le jugement de la cour là-dessus); l'éducation est un bien public qui, selon nos engagements en la matière, se doit d'être soutenu financièrement par le public. Cette cause est, tout considérations comprises, beaucoup plus importante que celle de quelques étudiants ne voulant pas rallonger leur session de quelques semaines.

    • Peter Kavanagh - Inscrit 29 mars 2012 12 h 30

      M. Marcoux, Etre encore a l'université, j'aimerais bien voir quelqu'un m'empecher d'aller à mes cours.

    • Olivier Laroche - Inscrit 29 mars 2012 14 h 02

      M. Kavanagh

      Êtes-vous démocrate ? Si les étudiants ont décidé majoritairement qu'il n'y aurait plus de cours, c'est qu'il n'y en a plus.
      Comment aller vous entrer si on vous bloque l'accès pacifiquement ? Allez-vous vous battre ? Êtes-vous pour la violence ?

    • AGL - Abonné 29 mars 2012 18 h 19

      Messieurs Kavanagh et Bamville,

      S'il n'y avait pas eu avant vous des gens qui font ce que les étudiants courageux et intelligents font actuellement, vous n'auriez pas eu l'occasion de passer par l'université.

      J'en ai vraiment assez de ce genre de profiteurs de tous les systèmes démocrates qui se posent en grandes victimes, alors que leur paresse intellectuelle, leur pseudo bienséance sociale et leur égocentrisme promettent que l'on fournisse des diplômes à des gens qui tarissent l'humanité toute entière. Ce sont des gens étroits d'esprit comme vous contre qui, de tous temps, il a fallu lutter pour le droit à l'éducation justement. Des gens qui ne comprennent rien du chemin parcouru avant de leur fournir la liberté, l'éducation et une vie descente.

      Cela me fait pitié pour vous, Messieurs. Je remercie les étudiants qui, en se montrant intelligents, créatifs et dignes, offrent un nouvel espoir à cette société que l'on croyait sclérosée jusqu'à ce que ces jeunes se lèvent et s'activent sans faillir.

      Comme parents, je les remercie. Comme citoyenne, je leur suis infiniment reconnaissante. Tout n'est pas perdu.

      Et vous deux, allez donc pleurnicher sur votre pauvre sort de victimes sur les ruines du Colisée romain ou autres lieux qui nous rappelle la niaiserie humaine dont vous êtes les héritiers. Ingrats, épargnez nos lectures.

    • Christian Stoia - Abonné 30 mars 2012 12 h 51

      Pour ce qui est de votre commentaire à propos de la prétendue "illégalité" des piquets de grève, j'imagine que vous pourrez lire les raisons pour lesquelles le juge Luc Lefebvre, de la Cour supérieure du Québec, a rejeté la requête de l'étudiant qui, comme vous, s'en plaignait. Le procès n'a pas été perdu : il n'a pas même eu lieu. C'est dire à quel point l'argument juridique, le vôtre, est grotesque.

  • Sanzalure - Inscrit 29 mars 2012 07 h 27

    Une chaîne...

    Une chaîne n'est pas plus forte que le plus faible de ses maillons.

    Actuellement, la société se mobilise pour protéger ses maillons faibles. Si les recteurs des universités ne comprennent pas ça, ils ne méritent pas le poste qu'ils occupent. Si certains étudiants ne comprennent pas ça, ils ne méritent pas la position qu'ils obtiendront plus tard dans la société.

    Serge Grenier

    • Pierre Vincent - Inscrit 29 mars 2012 08 h 59

      Vous avez parfaitement raison, mais si on se fie aux sondages d'opinion, seule un minorité pense comme nous.

    • Pierre Bellefeuille - Inscrit 29 mars 2012 13 h 19

      Exactement Monsieur Grenier!

  • dany tanguay - Inscrit 29 mars 2012 08 h 06

    C'est pourtant simple

    L'argent qu'on exige des étudiants, et par défaut des parents, sera remise aux minières et aux grandes entreprises en subventions ou en abris fiscaux par les pantins qui nous servent de gouvernement....

  • André Michaud - Inscrit 29 mars 2012 08 h 48

    Bravo concordia

    C'est le droit de ceux qui ne veulent pas suivre de cours de pouvoir manifester..mais pas en jouant les gros bras qui briment la liberté de ceux qui veulent étudier...

    NON à L'Intimidation ! Tolérance zéro!

    • M. Enseignant - Inscrit 29 mars 2012 10 h 15

      Il faufrait peut-être dire la même chose aux policiers!

    • Annie Claude Belisle - Abonnée 29 mars 2012 10 h 50

      Démocratie:

      l'esemble des membres d'une association doit se conformer aux choix de la majorité. La majorité a choisi de tenir une grève. C'est bien malheureux pour ceux qui ne sont pas d'accord, mais c'est le prix de la démocratie.

    • Lune Anar - Inscrite 29 mars 2012 10 h 51

      Votre message est tellement contradictoire que j'ai du mal à le saisir. Non à l'intimidation? Qui dans l'histoire s'est fait frapper par un gardien de sécurité? Certainement pas un étudiant qui tentait de briser des piquets de grève, ce qui en soit est à mon sens immoral, considérant que des votes démocratiques se sont tenus en faveur d'une grève.

      Grévistes de Concordia, continuez le combat!

    • André Michaud - Inscrit 29 mars 2012 11 h 54

      @ M.Enseignant

      Les leaders étudiants ont décidé de faire des manifs CONTRE les policiers au lieu d'AVEC...et de les provoquer en jouant au chat et à la souri...faisant dépenser des sommes colossales en salaires de policers..!!! Un choix très irresponsable et anti-social qui leur fait perdre leur peu d'appui..et démontre leur immaturité..

      Les leaders responsables manifestent AVEC les policiers. Les syndicats collaborent eux avec les policiers, leur donnent leurs trajets , et ont souvent leur propre service d'ordre...et généralement tout se passe bien, sans violence ..Ceux qui abusent du droit de manifester et le font en provocant les policiers mettent en péril ce droit démocratique.

      On oublie que la liberté des uns s'arrêtent où débute celle des autres..est-ce au moins ce que vous enseignez ?

      Selon vous, les étudiants ont le droit de manifester illégalement en provocant les policiers, et en envoyant la facture aux contribuables, mais ceux qui veulent étudier n'ont pas le droit de faire ce choix????


      A chaque étudiant la LIBERTÉ de choisir si il veut étudier, ou sinon les associations doivent rembourser les frais qu'ils ont fait perdre aux étudiants en sabotant leur session et en leur refusant l'accès aux cours pour lesquels ils ont payé.

    • Olivier Laroche - Inscrit 29 mars 2012 14 h 07

      M. Michaud,
      Si la majorité des étudiants a voté pour la grève, les individus perdent la possibilité de recevoir des cours. C'est la démocratie. Ce que vous présentez est la liberté individuelle sans limite : le chaos.
      Olivier Laroche

    • André Michaud - Inscrit 29 mars 2012 17 h 57

      @ olivier laroche

      Nous n'avons pas ici affaire avec un syndicat de travailleurs, qui se comporte en syndicat de travailleurs respectueux des lois , mais une simple association qui manifeste de façon irresponsable en provoquamt les policiers..

  • Francois - Inscrit 29 mars 2012 09 h 49

    La confusion une arme secrète

    Leur arme est établir la confusion pour déstabiliser l'adversaire. L'intimidation c'est illégale pouvez-vous porter plainte?