Les étudiants étrangers redoutent les effets de la grève

Venus pour une session ou plus, les étudiants étrangers vivent d'une autre manière le débrayage des cégeps et universités. Sont-ils des victimes collatérales de la grève?

Colombienne d'origine, Clara Munoz Dorado en a vu, des mouvements sociaux, dans sa vie. Lorsqu'elle est arrivée au Québec, il y a deux ans, pour faire sa maîtrise, elle ne s'attendait toutefois pas à voir ses études universitaires bouleversées par une grève. Et encore moins à être confrontée à un tel dilemme moral. «Je suis une personne engagée et solidaire des étudiants québécois qui assument le risque de la hausse des droits de scolarité. Mais d'un autre côté, j'ai des intérêts personnels dans mes études», a noté l'étudiante en sciences de l'environnement à l'UQAM qui paie environ 10 000 $ par année, uniquement en droits de scolarité.

Elle craint notamment de perdre la bourse que lui octroie le gouvernement colombien, qui est soumise à des règles strictes. La Colombienne de 28 ans doit par exemple terminer sa maîtrise avant septembre 2012, chose qu'elle croit de moins en moins possible. «Si je ne termine pas à temps, ma bourse va m'être retirée. J'ai déjà fait quelques demandes à mon gouvernement, mais il n'est pas très flexible et je dois partir d'ici en septembre, sinon on ne va pas me donner plus de soutien et je vais même devoir payer», a-t-elle expliqué.

Il existe au Québec des milliers d'autres étudiants étrangers dont le séjour est perturbé par la grève étudiante.

Lucie Vincent, qui travaille à l'accueil des étudiants étrangers de l'UQAM, confirme qu'ils sont nombreux à s'inquiéter. «Beaucoup d'étudiants viennent ici paniqués, car ils ont des papiers d'immigration du Québec et du Canada. Ils doivent aussi obtenir des notes et ne peuvent pas partir avant d'avoir complété leurs cours», a-t-elle souligné. «Il nous demande combien de temps durera la grève. On n'a pas de boule de cristal. Et on ne sait pas comment sera rattrapé le temps perdu.»

Pas tous grévistes


Aussi originaire d'Amérique latine, Sofia, qui souhaite garder l'anonymat, a vu interrompre les cours de son certificat en français écrit qu'elle suit à l'UQAM en raison de la grève. Qu'à cela ne tienne. La sociologue de formation a empoigné son appareil photo et est sortie dans les rues, avec les manifestants. «Je ne suis pas venue au Québec pour être égoïste. Il y a des valeurs dans cette société que j'aime et que je partage», a-t-elle soutenu. Même si elle verse 18 000 $ pour un certificat qui coûte six fois moins cher aux Québécois, Sofia soutient les Québécois en grève.

Elle remarque toutefois que la plupart des étudiants étrangers qu'elle rencontre pensent différemment. «La majorité des étudiants internationaux ne sont pas d'accord avec la grève. Ils disent qu'ils ont besoin de finir leur certificat pour pouvoir bien parler le français et se trouver un travail», a-t-elle noté.

Étudiant à la maîtrise en sciences politiques à l'UdeM, Nicolas Hubert, un ressortissant français, souligne que son pays d'origine a connu des mouvements de débrayage, notamment pour soutenir les programmes contre la privatisation de l'université. Il s'accommode plutôt bien de cette «pause». «Je vais devoir prolonger mon visa, mais ce n'est pas grave. Pour moi, le fait que ma session est retardée me laisse plus de temps pour faire de la recherche», a-t-il reconnu.

Les étudiants étrangers seront eux aussi soumis à la hausse des droits de scolarité de 1625 $. Hormis ceux qui proviennent de pays qui ont des ententes avec le Québec, les étudiants internationaux sont obligés de payer les droits de base, outre un montant forfaitaire qui peut atteindre plus de 14 000 $. Toutefois, dans six familles d'études (génie, informatique, mathématiques, sciences pures, administration et droit), les droits ne sont assujettis à aucun plafond limite.
7 commentaires
  • André Michaud - Inscrit 26 mars 2012 10 h 39

    étudiants non démunis

    On sait bien que les étudiants étrangers africains ne viennent pas de la pauvreté de la brousse..mais sont des enfants de notables riches..

    Les démunis du monde n'ont pas les moyens de venir étudier au Canada..

    • Caroline Dubois - Inscrit 26 mars 2012 12 h 55

      Quel ramassis de préjugés! Plusieurs pays africains donnent des bourses d'études à des étudiants doués de familles modestes pour venir faire leurs études au Canada. Ces gens-là ont vraiment besoin de ces bourses et ce serait très dommage qu'ils perdent tout. J'avais une amie de Madagascar qui avait ce type de bourses quand nous étions à l'Université.

      Alors que la plupart des étudiants française se plaignaient tout le temps de tout au Québec, comme ils savent si bien le faire, je n'ai jamais vus de gens plus contents que les africains d'être au Canada pour leurs études. J'ai aussi connus des fils de ministres africains, qui étaient très conscients de leur chance.

      Sans oublier que mon mari vient d'Afrique du Nord, d'une famille de classe moyenne. Sa famille ont fait d'énormes sacrifices pour l'envoyer ici. Les africains paient le tarif des étudiants étrangers qui est très élevé, même s'ils sont francophones, contrairement aux français qui paient les tarifs québécois. Je ne sais pas si vous êtes conscients que la monnaie nord-africaine vaut beaucoup moins que le dollard canadien. Cela représente des sommes énormes, pour des gens pas plus riches que la classe moyenne québécoise.

      Ils le font, parce que pour ces familles, l'éducation est une priorité pour améliorer leur condition (et ils ne vont pas en Sciences humaines non plus). Souvent, toute la parenté contribue, car ils sont très solidaires, chose qui manque cruellement aux jeunes québécois.

      Ces gens-là savent c'est quoi la vie. La vie, ils l'apprennent à la dure, et ils travaillent très fort.

    • Jean-Francis Du Cresson de la Rochandiere - Inscrit 27 mars 2012 15 h 00

      à Caroline DUBOIS...

      Vous avez entièrement raison : les étudiants étrangers qui viennent au Québec sont de vrais étudiants triés sur le volet. Qui sont conscients de leur chance. Cela étant dit, je comprends les français qui se plaignent, car au niveau médical par exemple, il faut bien avouer que ça fonctionne bien mieux en France. Votre système de santé est sans doute parfait pour les Africains qui débarquent de rien, mais frustrant pour les français! Sans compter que l'internet et les ententes cellulaires qui coutent une fortune ici par rapport à Paris, je comprends que ça fasse hurler les Français! Tout de même n'oublions pas que nous devons continuer à encourager la venue des Français, la sauvegarde de la langue ici au Québec en dépend.

  • Airdutemps - Inscrite 26 mars 2012 12 h 01

    Herbe verte

    Ils verront que l'herbe n'est pas plus verte dans le champ du voisin...

    Qu'ils s'assument !

    • Caroline Dubois - Inscrit 26 mars 2012 16 h 00

      C'est ça! Faites fuir les étudiants internationaux et restez juste entre vous autres, repliés sur votre petit nombril! Fermez-vous au reste du monde! Cela va être bon pour la réputation mondiale de votre établissement et de vos chercheurs! (Ironie).

    • merry bouchard - Inscrite 27 mars 2012 00 h 29

      Vous ne pouvez savoir l'apport intellectuel qu'ils apportent. S'ils sont ici c'est qu'ils sont la crème de la crème!
      Et vous n'imaginez pas comment on les courtise pour qu'ils restent et s'établissent ici!

  • Andrés Felipe Gamboa - Inscrit 28 mars 2012 19 h 44

    Un étudiant étranger paye, je pense, 6 à 10 fois plus fois que les étudiants résidants ou citoyens canadiens. Puis, d'arrêter les subventions pour les étrangers serait bien plus que nefaste, c'est se renfermer, d'ailleurs , je crois que c'est ce que certains Québecois connaissent le mieux depuis des décennies. On est bien en 2012, puis un Québécois a bien plus des moyens financiers pour étudier que certains étudiant étrangers qui laissent tout pour étudier.
    Certains sont bien trop orguilleux et trop nationalistes...