Émile, qui a 18 ans dans la manif

Émile Robitaille, étudiant au cégep François-Xavier-Garneau à Québec, se souviendra longtemps de cette journée printanière de ses 18 ans. <br />
Photo: Fournie par Émile Robitaille Émile Robitaille, étudiant au cégep François-Xavier-Garneau à Québec, se souviendra longtemps de cette journée printanière de ses 18 ans.

Émile Robitaille a décidé que, cette année, son anniversaire ne serait pas comme les autres. Après tout, ce n'est pas tous les jours qu'on a 18 ans. Et pour le souligner en grand, quoi de mieux que de le célébrer en compagnie de 200 000 autres personnes? À marcher dans la rue d'un pas léger dans une ambiance carnavalesque aux côtés d'une jeunesse grisée d'espoir? «C'est génial de voir tout ce monde dans la rue!», s'est exclamé le jeune homme, attrapé de justesse dans la foule, presque avalé par ce grand monstre rouge. «Pour moi, c'est un peu comme une célébration, je suis vraiment content d'être là aujourd'hui. Depuis 2005, la grève concernant les prêts et bourses, la manifestation d'aujourd'hui est dans les plus grosses que j'ai vues. J'ai l'impression de vivre un moment historique.»

L'étudiant au baccalauréat international en sciences et génie au cégep François-Xavier-Garneau à Québec dit vivre un printemps dont il se souviendra longtemps. Et même s'il ne se considère pas comme un militant, il ne veut pas manquer une occasion de sortir dans la rue. «Pour moi, c'est important d'encourager le mouvement étudiant. Le gouvernement nous met la faute dessus, mais ce n'est pas à nous d'assumer ça», croit-il.

Lors de la grande manifestation qui a eu lieu à Québec le 1er mars, le futur ingénieur qui rêve de fabriquer des robots a aussi protesté fièrement, avec les autres. «On marchait sur René-Lévesque et je me disais que ça faisait vraiment longtemps que je n'avais pas vu ça à Québec», s'est-il étonné. À 15 ans, sa soeur manifeste, mais pas encore son cadet. Il aimerait bien être un jour le grand frère qui va l'initier.

Jeunesse et mollesse

Apathique, la jeunesse? Émile refuse ce constat. Mais il observe une certaine mollesse chez sa génération, en comparaison avec celle d'avant. Non pas qu'il n'y ait plus de combats porteurs pour lesquels il vaut la peine de se battre. Mais il sent que certains jeunes ne sont pas aussi politisés qu'autrefois. «Il y a un peu plus de relâchement dans les générations d'aujourd'hui. Je trouve qu'on devrait plus sensibiliser les gens à l'école», soutient Émile. Tous n'ont pas la chance, comme lui, d'avoir des parents et des grands-parents avec qui il a souvent eu de vives discussions politiques à la table de la cuisine. Une bonne raison de manifester pour rendre l'éducation accessible, ajoute-t-il.

Reste que les grands combats, notamment pré et post-Révolution tranquille, ont une aura qui ne le laisse pas de glace. «Des fois, je me dis que j'aurais aimé ça me battre pour une cause de ce temps-là. Je trouve ça vraiment génial. Je me serais vu manifester pour la loi 101, les référendums...», confie-t-il. Sa cause à lui? Pas l'une plus qu'une autre. Oh si! Peut-être. Il se verrait bien marcher pour la souveraineté.