Lutte contre la hausse des droits de scolarité - Les camps se radicalisent

Avec «les profs contre la hausse», les étudiants de l’Université Concordia ont manifesté devant l’édifice Hall, boulevard de Maisonneuve, avant de se rendre au luxueux condo du recteur pour procéder à sa mise en vente symbolique. Ils entendaient dénoncer les «dépenses frivoles» de l’université, notamment l’octroi d’un prêt de 1,4 million sans intérêt au nouveau recteur, Frédéric Lowy, dans le cadre de ses fonctions. L’encan a été suivi d’un cours de philosophie d’une vingtaine de minutes sur les dangers du capitalisme et la marchandisation du savoir.<br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Avec «les profs contre la hausse», les étudiants de l’Université Concordia ont manifesté devant l’édifice Hall, boulevard de Maisonneuve, avant de se rendre au luxueux condo du recteur pour procéder à sa mise en vente symbolique. Ils entendaient dénoncer les «dépenses frivoles» de l’université, notamment l’octroi d’un prêt de 1,4 million sans intérêt au nouveau recteur, Frédéric Lowy, dans le cadre de ses fonctions. L’encan a été suivi d’un cours de philosophie d’une vingtaine de minutes sur les dangers du capitalisme et la marchandisation du savoir.

Le gouvernement Charest est à bout de patience et le ton se durcit à l'égard des étudiants qui manifestent contre la hausse des droits de scolarité. Ceux-ci n'ont pas manqué de se faire remarquer par diverses actions, dont un sit-in devant le parlement à Québec et le blocage du pont Champlain hier matin à Montréal.

Visiblement exaspérée, la ministre de l'Éducation n'a pas mâché ses mots en les accusant «d'écoeurer les travailleurs qui paient leurs études» et de vouloir leur «refiler toute la facture». «Il faut dire: "Ça suffit ce genre d'action." Les étudiants qui revendiquent la gratuité de leurs études universitaires doivent réaliser qu'ils sont en train d'écoeurer les travailleurs, à qui ils veulent refiler toute la facture. Ça suffit, on ne peut plus se permettre ce genre d'action là», a-t-elle déclaré.

Son collègue ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, a renchéri en soutenant que ce geste est non seulement illégal, mais dangereux et intolérable dans une société démocratique. «Bloquer un pont où passent 200 000 automobilistes par jour et sur lequel les travailleurs passent pour aller gagner leur vie honorablement, c'est inacceptable, cela l'a toujours été, et ça doit être tolérance zéro. Nous sommes dans une société démocratique où les problèmes ne se règlent pas de cette façon», a-t-il affirmé.

La centaine d'étudiants qui ont bloqué le pont Champlain pendant une heure et demie ont été emmenés au poste de police de Roussillon, sur la Rive-Sud, et ont écopé d'amendes totalisant près de 500 $. Toutefois, aucune arrestation n'a été effectuée et les contrevenants n'auront pas de dossier criminel.

Marc Tremblay (nom fictif) a déploré cet épisode, qu'il qualifie de «très dur». «On a poireauté pendant [deux heures] dans l'autobus. On était séquestrés, impossible de sortir pour aller aux toilettes et on ne nous a pas donné d'information. Les policiers ont refusé de nous donner leur matricule, ce que leur déontologie les oblige à faire», a-t-il raconté.

Pour ce jeune homme qui fait partie d'une association membre de la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), ces moyens de pression étaient nécessaires — même s'il reconnaît qu'ils n'attirent pas la sympathie. «C'est dommage pour certaines personnes, mais la façon de se faire écouter, c'est de multiplier ce genre d'action.»

Se dissociant de cette manifestation sur le pont Champlain, le coporte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois, souligne toutefois qu'une radicalisation des actions est à prévoir. «La pure vérité, c'est qu'on n'était pas au courant de cette action-là. [...] Mais ça risque d'être de plus en plus comme ça dans les prochaines semaines. Les gens prennent des libertés pour sortir du plan d'action national», a-t-il indiqué.

Sit-in devant le parlement

Plusieurs étudiants étaient réunis hier devant le parlement pour un sit-in qui a duré plusieurs heures. Comme il était prévu, le budget les a laissés sur leur faim, lui qui ne contenait ni révision de la hausse des droits ni bonification du régime de prêts et bourses. Le ministre des Finances, Raymond Bachand, a rappelé que c'était une décision «irrévocable».

Devant l'impasse, M. Nadeau-Dubois rappelle que les étudiants sont ouverts à aller discuter de solutions de financement autres que celle d'augmenter la part des étudiants. «Ce qui est déplorable, c'est que le gouvernement va avoir sur les bras la plus grande grève de l'histoire du mouvement étudiant et qu'il ne daigne même pas nous parler», a-t-il dénoncé.

Par ailleurs, une trentaine d'étudiants ont déployé des banderoles près du pont Jacques-Cartier hier matin pour protester contre la hausse des droits de scolarité, sans toutefois perturber la circulation. Au même moment, des étudiants de l'Université Concordia manifestaient devant l'édifice Hall, sur le boulevard Maisonneuve, pour dénoncer les indemnités de départ abusives octroyées à des cadres. Avec «les profs contre la hausse», ils ont marché jusqu'à la rue Dr Penfield, devant le condo luxueux du principal de Concordia, Frederick Lowy, afin de procéder à sa mise en vente symbolique.

À Québec, les étudiants du collège François-Xavier-Garneau ont voté à 65 % en faveur d'une levée de cours qui se tiendra demain. Ils sont désormais environ 220 000 grévistes, soit près de la moitié du total des étudiants au niveau postsecondaire.

***

Avec La Presse canadienne


***

Les écoles secondaires sont de plus en plus nombreuses à se rallier à la cause des étudiants en grève. En plus des élèves des écoles Paul-Gérin-Lajoie d'Outremont (PGLO) et de la Pointe-aux-Trembles, ceux de l'école Saint-Louis dans le Mile-End et l'École d'éducation internationale de Laval, notamment, ont aussi voté pour une levée de cours afin de participer à la grande manifestation de demain. Cette dernière bénéficiera d'un don de près de 1000 $ de l'Association étudiante du cégep Saint-Laurent pour le transport en autobus des élèves manifestant jusqu'au centre-ville de Montréal. L'école secondaire Grande-Rivière à Gatineau défiera sa direction pour tenir une manifestation devant l'établissement à laquelle participeront plus de 200 personnes. Enfin, l'école secondaire Joseph-François-Perrault de Montréal a décidé de procéder à un piquet de grève symbolique dans le parc devant leur établissement.
57 commentaires
  • yvesdeau - Inscrit 21 mars 2012 04 h 48

    Surtout,ne lachez-pas!

    Si le gouvernement enraillait la corruption dans la construction, arrêtait de donner nos ressources aux grandes entreprises, éliminait les bonus et primes de départ de toutes sortes pour les dirigeants ou politiciens déjà surnumérés, abolirait les subventions pour les écoles privées, l'éducation serait gratuite et accessible à tous! C'est bon et c'est beau de voir une génération de jeunes qui se mobilise avec détermination et solidarité!...de quoi faire rougir les dirigeants de grandes centrales syndicale...

    • Jean-Michel Picard - Inscrit 21 mars 2012 16 h 54

      Vous êtes les meilleurs des meilleurs. On n'a jamais vu ça au Québec. Je suis enseignants au secondaire et je suis fier de vous !

  • François Gagnon - Inscrit 21 mars 2012 05 h 54

    Au fond qui paye au final ?

    Le gouvernement Charest essai de créer des camps entre les étudiants et les travailleurs en disant que les ingrats étudiants veulent mettre tout le coût de leurs études à l'unique charge des travailleurs qui sont hélas leurs parents ceux même qui directement ou indirectement paient déjà les droits que le gouvernement Charest veut augmenter.

    Pour s'assurer que les contribuables et la société en général soient assurés d'en avoir pour leur argent les droits Universitaires devraient être modulés en fonction inverse des résultats.

    Le gouvernement devrait aussi s'assurer d'une formule où les étudiants devenus travailleurs paient pour leur droits Universitaires dans leur impôts tout au long de leur vies. Ces ponctions supplémentaires ne visent qu'à distraire pour passer des taxes supplémentaires aux contribuables.

  • Christian PHILIPPE - Inscrit 21 mars 2012 06 h 08

    Ecoeurant!

    De tels propos, venant de gens de gouvernement, sont écoeurants. Clichés passéïstes de gens surpayés, incompétents et irresponsables, qui tentent de mettre en opposition les "travailleurs" d'aujourd'hui étudiants d'hier contre ceux étudiants aujourd'hui pour faire des "travailleurs" demain.
    Oui écoeurant de ressortir les dinosaures de la lutte de classes pour faire peur!
    Comprendrez-vous enfin que les "travailleurs" en blouses ou avec cravate sont justement unis et les mêmes. Allez-vous enfin vivre avec le siècle. Ce Peuple laborieux est tanné de payer des lascars sans morale sans éthique et leurs magouilles initiées sans possibilités de contrôles démocratiques car ils se payent eux-mêmes, se contrôlent eux-mêmes et s'enrichissent eux-mêmes.
    Cela suffit, les poches du Peuple en blouses ou en cravate sont vides à cause de vous, pas entre gens du peuple justement! Vous n'avez toujours rien compris!
    Les Institutions démocratiques sont vouées au bien être du peuple travailleur ou qui a travaillé, par le capitalisme certes et oui? Oui mais le vrai! Un capitalisme du Peuple travailleur, pas celui limité à une aristocratie de privilgégiés accaparant tous les pouvoirs financiers, médiatiques et aujourd'hui armés sous prétexte de défense leur fausse "Démocratie" car la vraie, génante n'existe plus.
    La lutte des classes oui alors mais contre eux seuls aujourd'hui. Celle incluse dans une économie capitaliste avec des Lois de vraie démocratie limitant cette nouvelle classe d'aristocratie de professionnels de la politique "financée" totalement hors la Loi.
    Cela nous l'avons bien compris alors cessez donc de vouloir diviser pour régner. Par la gauche ou par la droite on arrive au même point VOUS! Oui vous êtes l'unique problème et vous ne ferez plus tourner les Peuples en rond longtemps. Allez-vous comprendre enfin!

    • Jeremie Poupart Montpetit - Inscrit 21 mars 2012 11 h 51

      Vous vous en rendez compte maintenant ?!?

      depuis le début des débats, le gouvernement tente de justifier la hausse par "l'égoisme" des étudiants "riches". Drôle, mais le gouvernement s'est acharné à ne pas abordé le rôle des entreprises dans le financement de l'état (et par intérim de l'éducation), sciemment afin de s'assurer de faire paraître l'image que c'est la classe moyenne vs les étudiants...

      Quand on est a bout d'arguments, on se résoud à user de démagogie.

  • Chantal_Mino - Inscrite 21 mars 2012 06 h 43

    C'est vrai que 1 h d'attente sur un pont, c'est bien plus grave que de ne pas avoir accès aux études universitaires ???

    Quand il y a un accident par un fou du volant, on n’en entend à peine parler dans les médias et l’embouteillage est bien pire et beaucoup plus long. C’est complètement ridicule cette diabolisation médiatisé surtout par Quebecor.

    Quoique que je ne sois pas nécessairement d'accord avec cette façon de faire des étudiants qui ont bloqué le pont Champlain, je suis beaucoup moins en accord avec l'attitude arrogante, irrespectueuse et antidémocratique de notre gouvernement libéral au Québec qui nous vident les poches pour remplir les leurs et celles de leurs tits amis du 1%. Si l'on compare les deux, les préjudices que le PLQ nous causent sont gigantesques et seront l'héritage des générations futures, il faut absolument les arrêter. Manifestons jusqu'à ce qu'il y ait élection au Québec! Ce gouvernement doit démissionner, car il ne remplit aucunement sa tâche pour le bien commun du peuple québécois.

    Combien d'argent est donné à leur tits amis à coup de millions, tel que l'Île d'Argent à Montréal qui a été payé aux Argento à 8 millions par nos chers élus municipaux sous Gérald Tremblay pour ce dépotoir qu'ils en ont fait et dont nous devrons défrayer d’énormes coût afin de pouvoir l’utiliser. Tout l'$$$$$$$ qu'ils se mettent constamment dans les poches de différentes façons tel que leur salaire faramineux et disproportionné par rapport à l'ensemble des Québécois qui paient leurs salaire, les subventions à coup de centaines de millions sans intérêt, etc. C'est une vrai honte au Québec! Une vrai République de bananes où la monarchie sauvage est de retour.

    Et comment diabolisé les étudiants ??? Un ptit lavage de cerveau peut-être??? Lisez les médias de Quebecor et allez sur le site de TVA
    http://tvanouvelles.ca/lcn/infos/regional/montreal
    http://tvanouvelles.ca/lcn/infos/regional/montreal
    De la vrai propagande pour le 1%!

  • Regine Pierre - Inscrite 21 mars 2012 07 h 09

    Mépris et démagogie

    Après le mépris envers les jeunes, madame la ministre a recours à la démagogie avec les travailleurs. Or les jeunes qui manifestent sont les enfants des travavailleurs qui les voient être privés du droit démocratique à l'éducation supérieure. Ce sont aussi les parents des décrocheurs et des futurs décrocheurs pour lesquels les services sont de moins en moins disponibles à l'école.

    Depuis qu'elle est en poste, madame la ministre a témoigné, dans les différents dossiers qu'elle a menés, de son incompréhension et de son insensibilité aux enjeux de l'éducation. Elle dilapide les fonds qui lui sont dévolus en déresponsabilisant l'Etat et en fragilisant l'école.