Droits de scolarité: l'impasse persiste

Des étudiants de l’Université de Montréal ont dénoncé de façon créative hier la hausse des droits de scolarité.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Des étudiants de l’Université de Montréal ont dénoncé de façon créative hier la hausse des droits de scolarité.

Chacun est campé sur ses positions et rien ne semble permettre de sortir de l'impasse dans laquelle se trouvent le gouvernement et les étudiants. Or, loin de freiner les grévistes, l'inflexibilité du gouvernement Charest semble au contraire raviver leurs ardeurs. Hier, les étudiants contre la hausse ont multiplié leurs actions symboliques, qui culmineront en une grande manifestation de masse jeudi après-midi.

Sortant d'une allocution prononcée à Google Québec, le premier ministre Jean Charest a rappelé hier qu'il n'y aurait rien sur les droits de scolarité dans le budget Bachand dévoilé aujourd'hui. Sans ces augmentations touchant les étudiants d'université, c'est toute la classe moyenne qui devrait payer davantage pour mieux financer les universités du Québec, a-t-il poursuivi.

Certains des 200 à 300 étudiants qui manifestaient à l'extérieur auraient réussi à pénétrer dans l'immeuble, et des «techniques de dispersion», comme des gaz irritants, ont dû être utilisées, a confirmé un porte-parole du Service de police de la Ville de Montréal, Raphaël Bergeron.

Le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec, Léo Bureau-Blouin, se désole de voir que les étudiants ne sont pas pris au sérieux. «On a vraiment l'impression qu'on fait face à un gouvernement qui n'est pas légitime et qui nous considère comme des citoyens de seconde classe», a-t-il dit en appelant à la négociation.

Hier en soirée, il est allé au conseil municipal à la recherche d'un appui de la Ville de Montréal pour que cesse le conflit. «La mince avancée, c'est qu'on a obtenu du maire qu'il traite de la question en priorité», a-t-il souligné.

La ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, demeurait tout aussi inébranlable et a rappelé aux étudiants ce qui était en jeu dans ce conflit. «[La grève], ça va vouloir dire de façon incontournable de reprendre ces cours-là à d'autres moments», a dit la ministre dans un entretien préenregistré diffusé hier soir à 24 heures en 60 minutes à RDI, dans le cadre d'une émission spéciale sous la forme d'un débat sur les droits de scolarité qui rassemblait des étudiants, enseignants et recteurs.

Les actions continuent

À part sur le désir d'avoir des universités de qualité, aucun consensus n'a émergé du débat. La présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Martine Desjardins, s'est toutefois dite ouverte à l'idée d'un médiateur. «On pense qu'on est capables de s'asseoir comme des adultes et de discuter, mais si ça prend un médiateur, pourquoi pas?» Pour le porte-parole de la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), Gabriel Nadeau-Dubois, Québec semble être le seul à pouvoir faire une concession. «Si on se fie à son habitude, le gouvernement va reculer. Mais la première étape, c'est qu'il admette qu'il y a une crise politique et que les appuis à la cause étudiante sont nombreux», a-t-il déclaré. L'ex-recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix, est quant à lui demeuré sceptique sur une entente possible. «À condition que les étudiants puissent dialoguer sur les vraies choses. Pas pour dire dans la poche de qui il faut aller chercher l'argent», a-t-il indiqué.

Enfin, cinq associations facultaires de l'UQAM sur sept (soit près de 20 000 étudiants en grève) ont voté une résolution qui prévoit qu'un vote sur le retour en classe se tiendra si la ministre de l'Éducation dépose une offre.

Hier, une centaine de personnes ont manifesté devant les bureaux du ministère de l'Éducation à Montréal tandis qu'à l'Université de Montréal, des étudiants ont tenu une occupation créative de la place Laurentienne. À la Place des Arts en fin d'après-midi, des centaines d'étudiants habillés de rouge, livre à la main, ont composé une impressionnante fresque en demeurant immobiles pendant 15 minutes.

À Québec, des bonshommes de neige colorés en rouge ont été dressés devant l'Assemblée nationale, symbolisant le «dégel» des droits de scolarité. À l'Université du Québec à Trois-Rivières, les locaux administratifs ont été occupés par les étudiants.

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NDLR: Une correction a été apportée à cet article après la mise en ligne.
34 commentaires
  • Yves Claudé - Inscrit 20 mars 2012 02 h 30

    Face aux étudiants: de très mauvais perdants !

    De plus en plus assurés d’une défaite électorale à venir, Monsieur Jean Charest et ses ministres (Madame Line Beauchamp, Monsieur Raymond Bachand, etc.) se comportent comme de très mauvais perdants, et donnent la sinistre impression de vouloir faire payer à la jeunesse le prix de leur propre échec et de leur impopularité croissante.

    En ce qui concerne Monsieur Jean Charest en particulier, son attitude est indigne d’un chef d’État, c’est-à-dire d’une personne qui devrait voir au Bien commun par delà les intérêts spécifiques de sa propre organisation politique.

    Si Monsieur Jean Charest désire quitter son poste dans la dignité, et non dans une attitude revancharde et piteuse, il doit faire un geste significatif envers la jeunesse étudiante. Le temps presse, et l’arrogance feutrée de nos dirigeants apparaît de plus en plus comme une inutile et déplorable provocation. Si l’on se dirigeait vers une crise sociale majeure, comme disait le regretté Sol, la population saurait indiquer la sortie à des représentants devenus illégitimes avant qu’ils ne nous décrètent «les mesures de naguère» !

    Yves Claudé

    • Lise Moga - Inscrite 20 mars 2012 09 h 47

      L.M. C'est certain que de prendre ses responsabilités n'est pas si populaire que ça pour des gens qui cherchent par tous les moyens de se faire assumer par les autres.

    • Alex Perreault - Inscrit 20 mars 2012 18 h 44

      @Lise Moga
      La première responsabilité d'un étudiant devrait être de bien étudier, mais selon ce gouvernement il semble que ce soit de payer 125% de plus par rapport à 2006! Si le gouvernement ne change pas son fusil d'épaule ça fera 10 ans de hausse des droits de scolarité, et bien sûr, le coût de la vie ne sera pas réduit pour autant!

      Depuis mars 2011, les étudiants tentent d'exposer les solutions différentes contre la hausse. Depuis près d'un an déjà ils tentent de se faire écouter par ce gouvernement.

      ON est simplement PLUS CAPABLES de supporter d'être ignorés, par ces représentants qui ont aussi la responsabilité de représenter leurs opposants.

      C'est ça un gouvernement démocratique et responsable!

  • Chantal_Mino - Inscrite 20 mars 2012 05 h 32

    La caricature que Garnotte a faite aujourd’hui dit absolument tout.

    Les étudiants et les jeunes de notre société sont pris très au sérieux sur un point par notre gouvernement québécois irrespectueux et méprisant envers l’ensemble des citoyens québécois, ils sont traités comme des criminels parce qu’ils pensent différemment et veulent être entendus dans ce qu’ils vivent réellement et non à partir de bouts de papier analysé par la caste des tout-puissants. Regardez comment les policiers étaient agressifs et qu’ils ont encerclé les jeunes manifestants avec leur bouclier qu’ils frappaient lors de la manifestation contre la brutalité policière. La justification de la police ... ils avait déclaré cette manifestation illégale parce qu’ils ne connaissaient pas le trajet et ils avaient même distribué une feuille dans le métro, le matin même, incitant tout le monde à ne pas y participer. Si ce n’est pas de la provocation et de l’intimidation de tels comportements, je me demande comment ça s’appelle?

    Comment se fait-il qu’ils n’ont pas déclaré la manifestation de dimanche illégale étant donné qu’ils ne connaissaient pas plus le trajet? À 30 000 personnes avec des familles et des personnes de tous les âges dont plusieurs enfants, cela aurait été difficile de justifier une telle violence?

    Nous avons vraiment un gouvernement libéral qui mérite d’être complètement balayé aux prochaines élections. Il donne un très mauvais exemple à tous les fonctionnaires qui le copient facilement, surtout les hauts dirigeants qui ont oublié eux aussi que c’est nous qui les payons avec nos taxes et non leur groupe de tits amis qu’ils enrichissent. Une petite leçon de vie leur fera certes du bien du haut de leur tour d’ivoire en verre.

    Il est grand temps pour un printemps québécois!

    • Filip Matzen - Inscrit 20 mars 2012 12 h 08

      Ne vous inquietez pas, le mouvement Occupy va revenir en nombre et force et j'invite tous les citoyens fatgués des injustices de ce lever.

      Filip Delarocka
      Québec

  • Dmarquis - Abonné 20 mars 2012 06 h 09

    Il n'y a jamais de cours repris à mon cégep qu'on se le dise

    Lorsque la ministre dit "La grève], ça va vouloir dire de façon incontournable de reprendre ces cours-là à d'autres moments"
    elle fait l'autruche ... En 26 ans et quatre grèves majeures, dont celle de 2005, je n'ai jamais vu de cours repris ...à preuve, il y a 3 semaines, les étudiants de mon cégep ce sont prononcés à 58% contre la grève et ce matin il y a levée de cours pour une seconde assemblée et demain, tous les cours sont annulés pour permettre aux étudiants d'aller manifesté en autobus à Montréal ... À un département qui a demandé si ces cours seront repris, la réponse de la Direction a été catégorique : non. J'ai demandé à trois enseignants comment ils allaient conjuguer avec ces heures en moins et tous compriment la matière ou sautent carrément des chapitres en suggérant aux étudiants de lire et comprendte par eux-mêmes. Quant à la notion de reprise, lorsqu'on ajoute des samedis de reprise au calendrier et que sur place on ne trouve que des gardiens de sécurité, peut-on parler de reprise? A ceux qui estiment que cet exercice de grève est formateur à titre de citoyen je répondrai que oui ... Certainement ! Mais ce sont ces étudiants qui vont vous injecter des médicaments sous intra-veineuse, soutenir l'apprentissage de votre enfant en difficulté ou programmer
    votre application de sécurité à la maison. Alors on a avantage à maintenir les 17 semaines de cours d'une session.

    • Lise Moga - Inscrite 20 mars 2012 09 h 50

      L.M. Après cela, on dit se battre pour la qualité de l'enseignement.

    • Olivier Laroche - Inscrit 20 mars 2012 13 h 48

      J'enseigne au cégep. Bien sûr, la session sera condensée. Il y aura probablement des cours certains soirs. Nous comprimerons un peu. Il y aura surtout moins de périodes d'exercices. Mais le principal de la matière sera vu. N'ayez crainte.
      Il y a des désavantages à la grève. Mais devant un gouvernement si obtus, que faire ?
      Mme Moga...on se bat pour l'accessibilité aux études. Informez-vous.

  • michel lebel - Inscrit 20 mars 2012 06 h 58

    Chacun(dont Le Devoir) a choisi son camp! Le débat est devenu essentiellement idéologique, rendant tout dialogue à peu près impossible. En démocratie, l'ultime autorité et légitimité est le gouvernement dûment élu. Sa décision de hausser les frais de scolarité me paraissant juste et raisonnable, il n'a pas à céder. Il doit tenir ferme.

    Je le répète: le débat est devenu idéologique, les faits n'importent plus. Tout n'est que rapport de forces. À ce "jeu", les étudiants perdront.

    Michel Lebel
    Ancien professeur d'université

    • Olivier Laroche - Inscrit 20 mars 2012 13 h 50

      Il y a des arguments des deux côtés. La population est divisée. Il doit y avoir négociation. C'est ça la démocratie.
      Votre vision de la démocratie est périmée. Bienvenu au 21ième siècle, l'ancien...

    • saticharlie@gmail.com - Inscrit 20 mars 2012 15 h 02

      Justement, cher ancien professeur, cette hausse n'a pas été le fruit d'une délibération dans l'espace public à travers la participation de la société civile, par le biais d'un forum accessible et rationnel. Forum nourri par des contributions reflétant la diversité des points de vue et la pluralité des solutions. Au contraire, cette hausse est arbitraire et imposée d'une manière fort peu démocratique et elle ne sert pas l'intérêt public.

      Votre prétention à l'interprétation idéologique nie justement le recours aux faits qu'un tel exercice pourrait diffuser. Au contraire, s'en tenir à la position d'un décret, voilà l'aveuglement.

      Le gouvernement est élu pour exécuter ce qu'il promet lors de l'élection. Il a pourtant été combattu en 2005 et la présente hausse n'était pas à l'agenda en 2008. Si vous croyez que la hausse est juste, c'est que vous êtes mal informés, simplement.

      La légitimité du gouvernement étant compromise, j'invite les étudiants à tenir bon et à le faire plier. En dépit des raisonnements fallacieux d'anciens professeurs.

      Charles Gill, enseignant au collégial

  • ROCH AMYOTTE - Inscrit 20 mars 2012 07 h 11

    Le gouvernement devra reculer ou aller en élection

    Les administrations des institutions de niveau collégial qui en sont à leurs 6ième semaine de grève commenceront à piger dans leur poche. En effet, selon les règles du REC (Règlement sur le régime des études collégiales) la session doit avoir 82 jours de cours et d'évaluation. Pour certains cégeps, les professeurs finissent autour de 13 juin. Après cette date, les administrations locales devront payer les professeurs à raison de 1/260 ième de leur salaire annuel soit un montant qui pourrait se situer entre 200$ et 300$ par jour. Pour un cégep de 2000 étudiants et 200 professeurs, on parle d'un déboursé moyen de plus de 40000$ par jour. Imaginez la facture que Québec recevra... La guerre idéologique est terminée, nous commençons maintenant une véritable guerre économique. Et c'est pour cette raison que le gouvernement devra tôt ou tard s'asseoir avec les étudiants. Lâchez pas vous êtes au fil d'arrivée. 25 cégeps en grève, c'est 1 million par jour, 5 millions par semaine.... Pour les universités, je ne sais pas....
    Le gouvernement ne peut prétendre qu'il ne reculera pas... Il n'a que deux choix: Reculer ou aller en élections générales.
    Règlement sur le régime des études collégiales
    www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca