Point chaud - Un printemps étudiant

Gabriel Nadeau-Dubois, coporte-parole de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Gabriel Nadeau-Dubois, coporte-parole de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante

Avec les professeurs et les parents qui s'invitent dans le mouvement, les appuis à la lutte contre la hausse des droits de scolarité fleurissent. Le vent serait-il en train de tourner en leur faveur? La bataille n'est pas gagnée, reconnaissent lucidement les étudiants.

Le printemps hâtif est certainement ici une pure coïncidence. N'empêche. Il sourit aux étudiants, qui, avec l'appui ferme d'enseignants, de parents et de syndicats, sont désormais investis d'un nouvel espoir. «On suit les statistiques de la grève de 2005. Nos assemblées sont plus populeuses, les votes sont à plus forte majorité et notre progression est plus rapide», explique en entrevue au Devoir Gabriel Nadeau-Dubois, coporte-parole de la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE).

Peu de gens y croyaient au début. Au moment des premiers débrayages, la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, rappelait sur toutes les tribunes que ce n'était que 2 % des 495 000 étudiants. Avec désormais 206 000 étudiants en grève, soit plus de 40 % du total, force est d'admettre que le mouvement a pris de l'ampleur. Une ampleur qui surprend un peu, de l'aveu de M. Nadeau-Dubois. «On a été les premiers à douter. On a été très tonitruants dans les médias, mais on doutait pareil. Voter une grève pour le 10 novembre, c'est une chose. Mais est-ce que les gens étaient prêts à faire les sacrifices? Honnêtement, je suis complètement déculotté par la force de ça», a-t-il lancé candidement.

Il y a quelque chose dans l'air, note le «leader» étudiant, qui n'aimerait pas l'élitisme de cette appellation. «Il y a un momentum. Le Printemps arabe, les indignés, le mouvement Occupy... Il y a tout un discours sur les intérêts que servent les gouvernements qui est remis de l'avant. Ils ne travaillent pas pour la majorité. Et la question de la hausse des droits de scolarité le démontre d'une manière éclatante.»

Jeanne Reynolds, l'autre coporte-parole de ce complexe engin de démocratie directe qu'est la CLASSE, voit dans la mobilisation une volonté de participer aux orientations de la société. «C'est toute une vision de l'éducation qui est en train de changer. C'est pour ça que les gens sont autant mobilisés», constate-t-elle. «Les gens veulent quelque chose qui leur ressemble plus.»

En plus de la grande manifestation du 22 mars, qui sera une «réplique directe» au budget Bachand, la semaine suivante sera consacrée à des «perturbations économiques massives». «On va faire en sorte que ça lui coûte cher, sans nuire aux travailleurs», promettent les deux porte-parole.

Difficultés et défis


Malgré ce vent d'enthousiasme qui soulève les troupes, la guerre n'est pas gagnée. Les étudiants doivent encore surmonter plusieurs obstacles. À commencer par le caractère imperturbable de la ministre de l'Éducation. Encore hier, à l'émission Tout le monde en parle, elle répétait que les étudiants devaient payer leur juste part. Gabriel Nadeau-Dubois reconnaît que le message martelé par le gouvernement et les recteurs est très puissant. «La hausse des droits de scolarité a fait l'objet d'un travail idéologique sans précédent dans l'opinion publique», souligne le jeune homme d'à peine 21 ans. «On partait de loin, mais on a eu de plus en plus de couverture médiatique. Ça nous a donné l'opportunité de nous expliquer. Et plus on est présents dans les médias, plus l'appui augmente.»

Pour être présents, ils le sont. La CLASSE a dû recruter un deuxième attaché de presse, tant les demandes d'entrevues étaient nombreuses. Lors de leur passage au Devoir, le téléphone n'a pas dérougi. Bilan? Une dizaine d'appels et plusieurs demandes d'entrevues dont une en prime time à l'émission du matin de TVA et à 24/60, à RDI, pour la deuxième fois en deux jours. Sans compter un passage remarqué, le mois dernier, à Tout le monde en parle.

La situation était tout autre lors de la dernière grève générale illimitée en 2005, où l'organisation (alors appelée CASSÉÉ) avait mordu la poussière dans le dernier droit: elle avait été exclue des négociations que le ministre de l'époque, Jean-Marc Fournier, tenait avec les deux grandes fédérations étudiantes collégiales et universitaires (FECQ et FEUQ).

Encore aujourd'hui, cette cohabitation de trois grandes factions au sein du mouvement de grève nuit à une unité qui pourrait leur donner davantage de force. Les deux porte-parole en sont bien conscients, mais la nature et le fonctionnement de leur structure ne leur permettent pas toujours d'être en phase avec les autres. «Le mouvement étudiant n'est pas un mouvement homogène, il y a différentes organisations étudiantes qui ont des moyens d'action différents et c'est assumé de part et d'autre», explique M. Nadeau-Dubois. La CLASSE avait tenté le rapprochement par une entente «minimale» de trois clauses, sur lesquelles devait reposer l'unité. En vain.

Dérapages nuisibles


Outre l'absence d'unité, un autre ennemi intérieur pourrait nuire à une victoire étudiante: le grabuge de certains militants. Les porte-parole de la CLASSE refusent de condamner ces dérapages, se contentant de dire qu'ils ne les encouragent pas. «On nous demande de nous ériger en autorité morale et de dire si c'est bien ou mal du haut d'un statut que nous n'avons pas», a tranché Gabriel Nadeau-Dubois, qui est tombé très jeune dans la marmite du militantisme grâce à ses parents.

Le militant reconnaît toutefois qu'occuper des bureaux ou bloquer des accès à des ponts peut jouer en leur défaveur. Bien qu'il estime que les actions des étudiants n'ont rien de la force de celles d'antan, il constate une plus grande intolérance des autorités à l'égard d'occupations qu'il juge pacifiques. «On est une société qui est de plus en plus sensible à ce qui peut briser l'ordre établi. Et les mesures d'austérité budgétaire et la montée du néolibéralisme sont systématiquement accompagnées d'un durcissement de la sécurité», analyse-t-il. «Devant ce changement social qui dérange, que fait-on? [...] On a fait des pétitions, des actions symboliques, servi du Kraft Dinner et des hot dogs, suspendu des bannières et on n'a pas été écoutés. Là, nous assumons collectivement que oui, c'est légitime de bloquer l'accès à la CREPUQ parce que ça a un sens politique fort. On est rendus là.»

Même convaincu de la légitimité des actions des étudiants, il ne prétend pas pouvoir prédire l'issue de la grève. «Les luttes qu'on perd, c'est celles qu'on abandonne. Ça a l'air romantique, mais c'est ce qui se dit dans les assemblées. C'est sûr que si on ne fait rien, on perd. Et à partir du moment où on est en grève générale illimitée et qu'elle est quantitativement importante et qualitativement perturbatrice et qu'on ajoute à ça l'appui de plus en plus significatif du public, on a toutes les cartes en main.»

***

Gabriel Nadeau-Dubois en cinq dates

31 mai 1990: naissance à Montréal
Automne 2007: début de son militantisme au sein de l'ASSÉ
Automne 2009:
il commence un baccalauréat à l'UQAM en histoire
Avril 2010: il est élu porte-parole de l'ASSÉ
Automne 2011: il devient co-porte-parole de la CLASSE
52 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 19 mars 2012 01 h 02

    Propositions pour les gouvernements

    Engagez Gabrile Nadeau-Dubois. Il vous mets tous dans sa petite poche arrière. Ce sera le prochain premier mminsitre du Québec.

    • Antoine Doyon - Inscrit 19 mars 2012 09 h 14

      Gabriel est un homme de bonne volonté et non pas un politicien. Il ne fait que résumer les paroles de ce plusieurs pensent car, comme on le sait, il est porte parole.

    • Alex Trutnev - Inscrit 19 mars 2012 11 h 10

      Tout à fait. Je me demande seulement comment il sera dans 10-20 ans. Est-ce qu'on sait seulement quelles idées ardentes défendait Jean Charest aux temps de sa tendre jeunesse... Mais puisque dans notre merveilleux temps technologique tout ce qui est dit et écrit aujourd'hui va se conserver longtemps sur le web, cela sera alors intéressant de confronter Gabriel à lui-même, dans 10 à 20 ans...

  • hugues2 - Inscrit 19 mars 2012 02 h 04

    J'appuie les étudiants!

    La ministre, à TMEP, refuse catégoriquement d’aller à la table de négociation, elle personnalise même le débat, prétextant que son bureau a été envahi par les méchants grévistes, Gabriel Nadeau-Dubois en tête, or, il doit bien y avoir une raison pour que de étudiants en arrivent là madame la Ministre?

    Le gouvernement Libéral de Jean Chayrest aurait dû montrer plus d'ouverture et négocier à partir du jour un.

    En terminant, si la ministre ne parvient pas à passer outre son émotivité, afin de justifier son refus de négocier, qu'elle cède sa place.

    • Antoine Doyon - Inscrit 19 mars 2012 09 h 12

      Grace à la manif familiale d'hier, plusieurs ont constater de plein fouet les mensonges des médias et du gouvernement dans ce dossier.

    • Lise Moga - Inscrite 19 mars 2012 10 h 59

      Est-ce qu'on négocie avec son pharmacien du prix du tylenol? Pourquoi le ferait-elle? Ils ont déjà claqué la porte à une étude pour résoudre le sous financement des universités. Maintenant, ils se choisissent le beau rôle et nous, les contribuables, devrions avaler cela comme la véracité absolue dans leur "procédé démocratique" pour obtenir leur vote de boycott des cours.

  • Louka Paradis - Inscrit 19 mars 2012 02 h 31

    Bravo aux étudiants lucides et engagés !

    Je leur dis bravo de se tenir debout devant les forces occultes de l'argent, celles qui en veulent toujours plus et pour qui tout est une marchandise : l'eau, la vie, la santé, l'éducation. Ce gouvernement nous ment sans arrêt : augmenter les frais de scolarité, c'est en réalité imposer de nouveaux tarifs aux contribuables de la classe moyenne (les parents, la plupart du temps) et réduire l'accès à l'université. Le vrai problème, dans toutes les sphères de la société, c'est le salaire pharaonique des dirigeants : on a réussi à les imposer et à en faire un synonyme de compétence (ouais, on a vu ça avec Henri-Paul Rousseau à la Caisse de dépôt...) Et les primes de un demi-million à Concordia : la ministre a pris plus de 1 an à réagir, à l'approche des élections. L'instruction, c'est l'avenir d'un peuple : encore bravo les jeunes ! Je suis avec vous à 100 %.

    • Lise Moga - Inscrite 20 mars 2012 08 h 19

      L.M. Quand on choisit d'avoir des enfants, on en assume la responsabilité. Les familles reçoivent de l'aide de tous les paliers gouvernementaux: un propriétaire ayant une famille de 5 paie le même prix qu'un propriétaire seul, pour l'eau,le déneigement,la cueillette des ordures; les garderies, les congés parentaux etc. Depuis 1968, malgré le gel, le coût des études supérieures a augmenté et ce sont les contribuables qui l'ont assumé. Aux utilisateurs à faire leur part maintenant. J'ai contribué pour les études de mes jeunes et nous n'avions pas la même aisance que bien des étudiants de maintenant... vivre selon ses moyens, c'est une option.

    • Camille Proulx - Inscrit 20 mars 2012 20 h 48

      @ Lise Moga

      Vous semblez tant assumer votre position que vous devriez faire parvenir votre message aux travailleurs d'Aveos qui ont des enfants. Dorénavant, plus d'emploi : que faire de la famille?

      Vous avez raison madame ; on a des enfants, on les assume, on en prend soin, on les éduque. Cependant, les enfants c'est une affaire de société; c'est la responsabilité de tous. Assumons aussi la décision que nous avons fait de vivre au Québec dans une société où l'énergie des citoyens est mise en commun. Sachez que vos enfants, que leurs enfants, que nos enfants sont notre énergie. L'enfant d'aujourd'hui sera présent dans votre demain : il sera votre conseiller, votre préposé, votre député, il sera concierge, dentiste, agriculteur, enseignant.

      À vous entendre il faudrait que je prenne aujourd'hui la décision de ne pas avoir d'enfants ou d'en avoir seulement qu'un parce que je fait un choix d'études qui ne rime pas avec le cash. Avoir des enfants ce n'est pas qu'une affaire de sous.

      Est-ce que nous voulons marchander notre éducation? Je ne veux pas, car je veux une société plus éduquée et plus égalitaire. Je veux que concierge et médecin est le même droit d'avoir une famille et que leurs enfants est le même droit de devenir étudiants.

      Je suis l'ainée d'une famille de quatre enfants. J'ai vingt ans. J'entre à l'université en septembre prochain. Je n'ai pas de cellulaire, je n'ai pas de voiture, je ne me suis pas acheté de vêtements neufs dans la dernière année, je ne bois pas de bière, je ne sors pas toutes les fins de semaine, je vis selon mes moyens et j'ai l'impression que vous juger trop rapidement la situation de l'étudiant moyen.

  • serge ivanoff - Inscrit 19 mars 2012 06 h 19

    point de vue d'un prof français retraité

    l'idéologie néolibérale est basée sur la liberté individuelle totale y compris asservir ses propres concitoyens et ceux d'autres pays pour les multinationales.
    Les électeurs votent dans l'immense majorité des cas pour celle ou celui qui défend l'intérêt individuel de l'électeur et non celui qui défend le mieux l'intérêt général du pays.
    Les dirigeants politiques professionnels cherchent à capter des voix pour garantir leur propre emploi.
    C'est le cadre général de tous les combats politiques.
    Vouloir un rassemblement de ceux qui sont pour ou contre une idée se heurtera toujours à l'égoisme de chacune des parties composant ce rassemblement. Pourtant, il est parfaitement clair que seul le rassemblement permet la victoire. Le peuple français a battu les forces militaires des monarchies européennes à Valmy en se rassemblant.
    La politique néolibérale n'a qu'un seul et unique but: s'en mettre plein les poches, que ce soit au Canada, aux USA ou en France. Et, le moyen de gagner est et sera toujours la division de ceux qu'ils veulent tondre. C'est la technique employée par les SS qui voulaient gazer les populations sans qu'ils se révoltent. Diviser pour mieux régner.
    Je lis dans les commentaires qu'il serait bon pour les profs qu'ils se résolvent à diminuer leurs salaires pour permettre un meilleur budget à l'éducation. Encore une division.
    D'autres proposent une division par âge: "ils sont trop jeunes", d'autres "les classes moyennes" contre les autres ... division, division,division.
    Question bête: des banquiers ou des profs, qui s'approprie la plus grosse part du gateau du PIB québecois ?
    Répondre à cette question unit la population qui pâtit de cette situation. Les classes moyennes, comme les plus défavorisées en prennent plein la gueule dans tous les pays du monde où cette idéologie propose la dictature du nombril de certains contre l'humanité. Et comme j'entends déjà les bêlements outragés des défenseurs de la liberté

    • Antoine Doyon - Inscrit 19 mars 2012 09 h 10

      Effivement soyons solidaire des professeurs, des retraités, des travailleurs, des femmes, des indignés, des familles... L'injustice à assez fait et il faut maintenant renverser le rapport de force de l'autorité sur le peuple. Nous sommes les citoyens du québec et nous n'acceptons pas que les gouvernements prennent invariablement le partie des patrons en négligeant les ententes.

  • glanglais - Inscrit 19 mars 2012 07 h 27

    Augmentations raisonnables si...

    Bonjour,

    Les augmentations des droits de scolarité seraient plus acceptables par les étudiants si le Gouvernement du Québec gérait nos affaires en "bon père de famille". Mais il continue de gaspiller sans réserve. Regardons aussi de quelle façon l'Université Concordia jette des barils d'huile sur le feu. Des cadres à mi-mandat qui empochent des fortunes en quittant leur fonction pour redevenir, sans délai, professeur dans la même institution.

    La ministre de l'Éducation, Mme. Lyne Beauchamps nous dit des niaiseries. J'ai appliqué une pénalité de 2 000 000$ à l'Université Concordia dit-elle et je suis prête à refaire la même chose ailleurs. Pauvre Mme. la Ministre. Les bénéficiaires garderont leurs petites fortunes en provenance des coffres de Concordia qui se verra imposer une amende pour autant. L'Université Concordia accusera donc un déficit d'opérations de 2 000 000$ plus élevé que le Gouvernement du Québec comblera dans moins de 15 mois. Voilà une punition exemplaire. Félicitations Mme. La Ministre.

    Gaston Langlais - Gaspé.

    • Sebas124 - Inscrit 19 mars 2012 09 h 22

      C'est exactement ce que je me suis dit hier soir...Elle coupe $2M à une Université...Qui paie la note? Les étudiants en fin du compte...Pas les personnes qui s'en sont mis plein les poches...Méchante championne!

      Tous les points qu'elle a amené hier étaient imbéciles...Elle ne veut pas négotier avec les étudiants car son bureau a été envahi par des étudiants et les lunettes de sa secrétaire on été brisé? Elle fait la fi-fille victimisée? Voyons! Si elle a démontré quelque chose c,est qu'elle n'a ni la maturité émotionelle ni la colonne vertébrale de quelqu'un en qui on mets les mains d'un tel dossier.

      Je suis en faveur d'un dégel et d'une indexation des frais de scolarité et les raisons le justifiant sont multiples mais l'inflexibilité de gouvernement, la brutalité policière et l'incapacité de cette ministre à argumenter et vendre ce dossier vont polariser l'opinion publique en faveur des étudiants...

      La grande compétence du gouvernement Charest...

      Sébastien