Québec impose une pénalité de 2 millions à l’Université Concordia

La ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, dénonce «le caractère inapproprié de certains choix de gestion» de l’université Concordia. <br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir La ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, dénonce «le caractère inapproprié de certains choix de gestion» de l’université Concordia.

La générosité de l’Université Concordia envers ses cadres supérieurs va lui coûter cher. En plein coeur d’un conflit qui l’oppose aux étudiants sur les droits de scolarité, Québec vient d'annoncer une pénalité financière de 2 millions à l’institution anglophone pour l’année 2012-2013.

La prodigalité de l’Université Concordia, qui a accordé des indemnités de départ totalisant 3,1 millions à cinq membres de son personnel au cours des dernières années, est venue à bout de la patience du gouvernement.

Dans une lettre datée du 8 mars et transmise au président du conseil d’administration, Peter Kruyt, la ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, dénonce «le caractère inapproprié de certains choix de gestion» de l’université.

«J’ai mentionné à plusieurs reprises mon inquiétude relativement à la succession de départs à l’Université Concordia et à l’incidence budgétaire qui en découlait. L’Université Concordia a fait preuve d’un manque de rigueur et elle doit faire face aux conséquences», a déclaré la ministre Beauchamp.

Invoquant les principes de saine gestion des fonds publics, la ministre informe aussi M. Kruyt qu’elle «prescrira» à l’université «ses obligations en matière de croissance de la rémunération globale» de ses dirigeants.

Le message doit être compris par l’ensemble des universités, a statué Mme Beauchamp.

«Le signal, c’est de dire aux universités: vous gérez avant tout des sommes qui proviennent des impôts, on ne peut pas gérer ça comme une entreprise comme une autre. Les universités sont autonomes, j’en conviens, mais il y a une responsabilité dans la gestion des sommes publiques. C’est un signal sans équivoque», a-t-elle affirmé à La Presse canadienne.

Le PQ surpris

La décision du gouvernement de sévir contre Concordia a pris par surprise l’opposition péquiste qui soulève depuis des mois des questions sur la gestion des dirigeants universitaires.

La députée Marie Malavoy soupçonne la ministre Beauchamp d’avoir posé ce geste inattendu pour calmer la grogne des étudiants opposés à la hausse des droits de scolarité.

Les associations étudiantes en grève reprochent au gouvernement Charest de vouloir endetter davantage les étudiants alors qu’il fait preuve de laxisme envers les gestionnaires du réseau universitaire.

«On est au niveau de la petite tactique politicienne pour enlever un argument aux étudiants. Mais la cause des étudiants est plus profonde et ce n’est pas parce que Concordia subit une pénalité que la mobilisation va s’essouffler», a dit Mme Malavoy, porte-parole du Parti québécois en matière d’enseignement supérieur.

Pour s’assurer de la saine gestion des universités, la ministre de l’Éducation ne doit pas se limiter à des actions «à la pièce», selon la députée de Taillon.

«Les questions concernant les universités doivent être vues dans leur ensemble. Il y a Condordia mais il y a aussi McGill qui a des comportements similaires à certains moments, il y a les débordements dans les investissements. [...] Qu’on regarde l’ensemble», a-t-elle relevé.

La Coalition avenir Québec (CAQ) voudrait pour sa part qu’un œil soit jeté immédiatement du côté des gestionnaires de l’Université de Sherbrooke.

Dans un communiqué, le porte-parole de la CAQ en matière d’éducation, Éric Caire, pointe du doigt le candidat péquiste dans la circonscription de Saint-François, Réjean Hébert.

«Réjean Hébert a touché une indemnité de départ de 115 445 $ après avoir quitté son poste de doyen de la faculté de médecine en septembre 2010. Or, la nouvelle recrue de Pauline Marois n’a jamais quitté l’Université de Sherbrooke», s’est insurgé le député de La Peltrie.

Le PQ s’oppose à ce que le gouvernement demande aux étudiants de contribuer davantage au financement de leur parcours mais tolère «qu’un des leurs pige dans le plat à bonbons», a accusé M. Caire, exigeant des explications de la part de la chef Pauline Marois.
14 commentaires
  • michel lebel - Inscrit 9 mars 2012 17 h 19

    La gestion universitaire...

    Mais qui va payer au bout du compte pour pour cette générosité des gestionnaires à leur propre égard? C'est toujours évidemment le cochon de contribuable! C'est proprement scandaleux! Mais les universités, toujours au nom de leur légendaire et ancestrale autonomie, ont toujours eu un mode de gestion bien particulier... Lse secrets, les mystères, sans oublier les coups fumants, y sont nombreux. Tradition séculaire oblige! Pour s'y retrouver quelque peu dans leur gestion,une chatte perdrait certainement tous ses petits!

    Enfin je me demande bien quelle est la stratégie de Mme Beauchamp en publiant à ce moment cette lettre? Mystère? Elle donne certainement de l'eau au moulin étudiant: continuons le combat!!

  • toujoursopti - Inscrit 9 mars 2012 17 h 29

    Un bon départ

    Enfin on se rend compte que l'on gaspille l'argent des citoyens sans raison. On dit au peuple de se serrer la ceinture et de l'autre côté on garroche à tout vent l'argent des Québécois. Pour certaines personnes il est normal de se payer des primes de départ éhontées et en plus un mandat non terminé. C'est un scandale.
    Pourtant tous ces gens sont payés à gros salaire et en plus un compte de dépense que bien peu de citoyen ne font en un an. Les étudiants sont en droit de demander un gel. Si le gouvernement coupe tout les primes de départ et les primes aux rendement injustifiées il est certain qu'il resterait de l'argent sans augmenter les frais. C'est un bon départ pour le gouvernement et espérons qu'il y aura d'autres suites. Il est temps de regarder plus haut que son épaule.

  • M. Julien - Abonné 9 mars 2012 17 h 32

    Chapeau Madame la Ministre!

    Il y a des limites au gaspillage de fonds publics, notamment de la part des universités dont le prestige et la notoriété ont bien pâli ces dernières années.

    Il était temps que le gouvernement mette ses culottes!

    Voilà de quoi donner des munitions aux étudiants qui ne veulent pas payer pour la mauvaise gestion de nos universités dont plusieurs gestionnaires se croient tout permis.

  • Y Gody - Inscrit 9 mars 2012 17 h 40

    Les petits cadeaux

    En passant Mme Beauchamp qu`allez vous faire pour la Normandeau qui a recu $150,000. de prime de départ après avoir quitter le navire c`était une belle récompense sur le bras des payeurs de taxes.

  • Louka Paradis - Inscrit 9 mars 2012 17 h 41

    Enfin !

    Ce n'est pas trop tôt. Et oui, il nous a fallu attendre la veille des élections. J'ai bien hâte de voir si, comme le dit le dicton populaire, «les bottines suivront les babines», surtout qu'il s'agit du PLQ et des Anglos-Québécois minoritaires qui imposent leurs petits privilèges à la majorité. À suivre...