Droits de scolarité - Une hausse «sale et sexiste»

Les étudiantes ont fait d’une pierre deux coups en dénonçant la hausse des droits de scolarité tout en soulignant la Journée internationale de la femme. <br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Les étudiantes ont fait d’une pierre deux coups en dénonçant la hausse des droits de scolarité tout en soulignant la Journée internationale de la femme.

«C'est une sale hausse sexiste!» Les femmes ressentiront au premier chef les effets de la hausse des droits de scolarité, ont dénoncé, hier, à l'occasion de la Journée internationale de la femme, près d'un millier de manifestants devant le siège montréalais du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS).

L'augmentation des droits de scolarité à hauteur de 325 $ annuellement pendant cinq ans freinera inexorablement l'émancipation des femmes, a souligné la porte-parole de l'Action féministe pour l'indépendance du Québec, Kathleen Nadeau-Richard.

«C'est par l'éducation qu'elles vont être mieux outillées pour faire face à une société qui est encore inégalitaire envers elles», a-t-elle déclaré, précisant que pour chaque dollar gagné par un homme, la femme gagne, elle, 71 cents. «Les décisions qui se prennent en ce moment vont avoir un impact décisif dans les prochaines années», a-t-elle ajouté.

Des femmes du cortège ont déposé au moins deux douzaines de roses rouges au pied des policiers qui montaient la garde devant l'entrée principale de l'établissement abritant notamment les bureaux de la ministre Line Beauchamp.

Les manifestants opposés à la hausse des droits de scolarité ont ensuite gagné sans heurts importants le carré Norman-Bethune à un jet de pierre de l'Université Concordia, où quelque 30 000 étudiants se joindront dès la semaine prochaine au mouvement de grève générale illimitée.

Plusieurs manifestants ont dénoncé la force exercée par les policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) au lendemain d'une manifestation émaillée par des actes de violence.

Une bombe assourdissante avait explosé devant l'édifice Loto-Québec au milieu de trois manifestants, en blessant deux légèrement au bras et un troisième, Francis Grenier, à l'oeil droit. «Son oeil semble beaucoup mieux. L'opération [qui consistait à recoller sa rétine] est réussie. On va avoir des nouvelles dans six semaines à savoir si sa vision a changé ou non», a fait savoir hier soir le père de l'étudiant, Gilles Grenier.

Le porte-parole de la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), Gabriel Nadeau-Dubois, n'écartait pas hier d'entreprendre des recours légaux, mais «attend que la tension diminue un peu avant de s'asseoir avec Francis et sa famille et de regarder ce qu'ils veulent entreprendre».

Alors que certains arboraient un cache-oeil lors des manifestations dans les rues de la métropole, des professeurs de cégeps et d'universités ont lancé un appel à leurs confrères afin qu'ils ajoutent leur nom à une lettre jugeant «l'attitude» du gouvernement libéral envers les étudiants «déplorable» et «inquiétante». Le document sera aujourd'hui remis au député péquiste de Prévost, Gilles Robert.

Pour sa part, le premier ministre Jean Charest a appelé hier les manifestants à faire connaître leur itinéraire aux autorités avant de descendre dans la rue, se refusant de «dénoncer la violence policière contre les étudiants» comme le lui demandait la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ).

D’ailleurs, des manifestants réclamant l’abolition de la hausse des droits de scolarité, mais également de la «taxe santé», et la baisse des tarifs d’Hydro-Québec ont exprimé leur mécontentement à Gatineau, où se trouvait le chef du gouvernement, mais aussi, dans sa circonscription, Sherbrooke.
16 commentaires
  • André Michaud - Inscrit 9 mars 2012 00 h 31

    prêts et bourses

    Les prêts et bourses sont aussi pour les femmes les plus démunies..

  • Jacques Morissette - Abonné 9 mars 2012 04 h 35

    Le Québec, avec les Libéraux, on dirait qu'on cherche à le faire reculer plutôt que d'avancer.

    Tout à fait d'accord avec ce titre de votre article: «Droits de scolarité - Une hausse «sale et sexiste». Pour ma part, ce sont les femmes qui ont le plus à recevoir et à donner à la société de faire des études à l'université. D'autre part, la taxe dans la santé de $200 par personne, indépendant de son revenu, est une taxe on ne peut plus inéquitable pour les moins nantis.

    Quant à faire descendre les tarifs d'Hydro Québec, la régie de l'énergie a demandé à Hydro Québec de réduire ses tarifs d'électricité de 0.5% pour le premier avril prochain. Du moins, c'est ce que j'ai entendu, hier soir je crois, aux Nouvelles de Radio-Canada. Y a-t-il un lien entre cela et les élections prochaines au Québec, c'est certain que ça m'a passé par la tête.

    En résumé, c'est flagrant, Jean Charest et les Libéraux sont en train de faire entrer le Québec dans un moule néolibéral. On dirait que leur but est de faire du Québec une jungle à l'exemple des États-Unis. Le néolibéralisme n'est vraiment pas un exemple à suivre si l'équipe libérale se cherche des idées pour faire avancer le Québec.

    Avec les Libéraux, Jean Charest en tête, sont-ils en train d'habiller le Québec avec les haillons du néolibéralisme? Le néolibéralisme, en effet, est en train de nous diriger droit sur un mur à vitesse grand V. Le pire est de constaté que des pouvoirs en place n'ont que cette manière de voir en tête un peu partout dans le monde. Tout est question d'interprétation pour eux et, croyez-moi, ils ont vraiment l'esprit assez tordu pour penser que les problèmes de la société viennent de tout ce qu'ils comprennent de leur point de vue on ne peut plus étroit et minable.

  • bourgeoisgentilhomme - Inscrit 9 mars 2012 07 h 43

    Et j'y pense

    Pendant plus d'un an, des étudiants qui ont de la graine de syndicaliste se sont déplacés partout au Québec pour dénoncer la hausse des frais descolarité. Et bien, si ceux-ci avait économisé l'argent dépensé pour se rendre à toutes ces manifestations, il aurait de l'argent aujourd'hui pour payer ces frais. Donc, l'objectif de ces étudiants est tout autre que financier. Il faut chercher ailleurs peut-être du côté lutte au capitalisme.

  • Jacques Morissette - Abonné 9 mars 2012 08 h 10

    Le monde de certains est d'une petitesse que c'en est presque accablant.

    Conversation dans un salon: "Comment tu vois le monde? dit le premier. Pas très compliqué, répond l'autre: "J'aimerais beaucoup que les gens le voient aussi mesquin que moi-même je le vois." Pour certains, vraiment, le monde est d'une petitesse que c'en est quasi accablant.

  • Andre_B - Inscrit 9 mars 2012 08 h 26

    Dans le pétrin

    Le problème des frais de scolarité touche surtout les étudiants de la classe moyenne qui n'ont pas droit aux prêts et bourses car le revenu de leurs parents est trop élevé. Quand les parents ne font pas leur part, comme c'est souvent le cas, l'étudiant est vraiment dans le pétrin. Va-t-il poursuivre ses parents devant les tribunaux pour leur forcer la main ??? Pas facile...