Manifestations étudiantes: pas de répit aujourd'hui malgré les affrontements

Les étudiants sont de nouveau descendus dans la rue à Montréal, aujourd'hui.<br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Les étudiants sont de nouveau descendus dans la rue à Montréal, aujourd'hui.

Les manifestations étudiantes se poursuivent de plus belle aujourd'hui à Montréal, ainsi qu’à Sherbrooke, malgré les affrontements d'hier au centre-ville de la métropole qui s’est soldé par l’arrestation de sept jeunes lors de deux événements distincts visant à dénoncer la hausse des droits de scolarité.

À Montréal, deux manifestations sont prévues, une en soirée et l’autre qui a pris le départ en après-midi. Cependant, les étudiants manifestent sous un autre parapluie puisqu’ils se joignent à des marches organisées pour souligner la Journée internationale des femmes.

La première manifestation s’est rendue devant les bureaux montréalais de la ministre de l’Éducation, Line Beauchamp. À Sherbrooke, quelque centaines de manifestants ont paradé dans le calme devant les bureaux du ministère de l’Éducation de la municipalité.

Selon le porte-parole de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ), Gabriel Nadeau-Dubois, les mêmes consignes que d’habitude sont données aux étudiants. Selon lui, il n’en tient qu’aux policiers d’éviter les débordements.

«La meilleure manière de s’assurer que ça ne dégénère pas en violence policière comme hier (mercredi), c’est que les policiers acceptent d’avoir une attitude un peu plus compréhensive et un peu plus calme, a-t-il indiqué. Hier, avant que les policiers ne se présentent, tout allait bien. C’est vraiment leur présence qui fait monter la tension. On leur demande donc d’être discrets, respectueux de nos manifestations, et s’ils adoptent cette attitude, nous sommes convaincus que ça va bien se passer.»

Hier, les manifestations de la métropole se sont soldées par l’arrestation de sept jeunes lors de deux événements distincts visant à dénoncer la hausse des droits de scolarité.

Ils ont tous été relâchés sous promesse de comparaître et devraient faire face à divers chefs d’accusations, notamment d’avoir troublé la paix ou commis des méfaits.

Quatre personnes, dont un policier, ont été blessées lors de la première manifestation de la journée organisée par la Coalition large de l’ASSÉ (CLASSE), devant l’édifice de Loto-Québec sur la rue Sherbrooke, à Montréal. L’une d’elles, un étudiant du cégep de Saint-Jérôme, a été blessé plus sérieusement au visage. Il a dû être opéré à un oeil ce matin pour réparer un décollement de la rétine.

Le jeune homme âgé dans la vingtaine a été rencontré par les enquêteurs du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) qui doivent déterminer si c’est un dispositif déployé par les policiers qui est à l’origine de ses blessures, selon ce qu’a indiqué le porte-parole du SPVM, Raphaël Bergeron. Les trois autres blessés ont été soignés pour des blessures mineures.

Deux autres personnes ont été arrêtées en soirée lors d’une manifestation devant le quartier général du SPVM où des clôtures métalliques ont été utilisées pour briser des vitres. L’une d’elles devrait faire face à une accusation d’agression armée.

Charest pointe du doigts les étudiants


À l’instar de la CLASSE, qui a dénoncé «les abus policiers», la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) réclame l’intervention du premier ministre pour «dénoncer la violence policière à l’égard des étudiants qui manifestaient pacifiquement devant les bureaux de Loto-Québec».

«Le premier ministre et la ministre de l’Éducation ont souvent demandé aux étudiants de dénoncer les violences lors de manifestations étudiantes, et de dénoncer certaines actions», a indiqué la présidente de la FEUQ, Martine Desjardins.

«Or, on comprend mal pourquoi le gouvernement est silencieux face à la situation d’hier (mercredi), où, visiblement, il y a eu excès d’utilisation de violence de la part du SPVM pour disperser la foule. On ne comprend pas le silence du gouvernement à ce sujet, et nous demandons au premier ministre de sortir et de dénoncer cette violence justement pour éviter de la cautionner.»

Le premier ministre Jean Charest n’a toutefois pas répondu à cet appel, bien au contraire. De passage à Gatineau, aujourd'hui, M. Charest a plutôt pointé du doigt les étudiants.

«Les étudiants, lorsqu’ils manifestent, refusent malheureusement de travailler avec les policiers pour s’assurer de la sécurité des gens qui manifestent», a déclaré le premier ministre.

«J’invite les manifestants à travailler avec les policiers pour les informer, comme il se fait habituellement, de l’itinéraire et à respecter la paix publique également.

«Envahir un édifice, faire peur aux gens, évidemment ç’a des conséquences. Il faut que les leaders étudiants agissent de manière responsable également. Les policiers font leur travail aussi bien qu’ils le peuvent», a ajouté M. Charest.

Legault invite Charest à maintenir la ligne dure

Par ailleurs, sur le front politique, François Legault a encouragé aujourd'hui le gouvernement Charest à maintenir la ligne dure envers les étudiants sur l’augmentation des droits de scolarité.

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) estime que la ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, doit «rester ferme» et ne pas succomber aux pressions des grévistes opposés à la hausse de 1625 $ des droits de scolarité sur une période de cinq ans.
Le gouvernement ne doit surtout pas reculer sur ce qui est essentiel «à chaque fois que des groupes de pression manifestent», a fait valoir M. Legault lors d’un entretien accordé à La Presse canadienne.

Pour M. Legault, l’augmentation des droits de scolarité est incontournable pour mieux financer les universités et freiner l’exode des meilleurs professeurs.

En revanche, selon le leader de la CAQ, la ministre Beauchamp doit garder ouvert «un canal de communication» avec les associations étudiantes pour convenir des moyens d’assurer l’accessibilité aux études supérieures pour les revenus les plus modestes.

À cet égard, la coalition plaide pour une bonification du programme de prêts et bourses et pour la mise en place d’un mécanisme de remboursement proportionnel au revenu une fois les études complétées.
20 commentaires
  • Éric Jutra - Inscrit 8 mars 2012 11 h 57

    Ils savent ce qu'ils font

    Au sujet du gars qui a perdu un œil. Au fait, la police connaît très bien son matériel et sait très bien ce qu'elle fait quand elle donne l'ordre à ses taupins de faire exploser leurs pétards à hauteur de tête. Ces bombes n'explosent jamais sans faire fuser des débris.

  • P. Boutet - Inscrit 8 mars 2012 12 h 08

    Joyeux d'un printemps...

    Seul un nombre imposant de manifestants les acculera au pied du mur.

    Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux.

    Etienne de La Boétie

  • Marc O. Rainville - Abonné 8 mars 2012 12 h 26

    Comité de salut public

    Ce mouvement d'insurection populaire pacifique et non-violent est en train d'épuiser des forces policières qui sont largement laissées à elles-même. Des dérapages graves sont en train de se produire. Il est temps pour les élites intellectuelles de cette province de se rassembler en comité de salut public afin de démettre ce gouvernement délinquant.


    http://fr.wikipedia.org/wiki/Comité_de_salu

  • Rodrigue Guimont - Abonnée 8 mars 2012 12 h 52

    Attention!

    Le gouvernement du Québec doit cesser de protéger la police provinciale. La PP ne doit pas être au service du gouvernement libéral mais de tous les citoyens.

    Concernant ce jeune étudiant au Québec qui a reçu une «grenade sonore» dans l’œil, un policier français est présentement sous une charge incriminante en France pour avoir éborgné à l’aide d’un fusil lance «flash ball» un étudiant de 17 ans qui protestait contre la réforme des Universités en 2007.

    Dans son réquisitoire, le juge d’instruction avait estimé que "le gardien de la paix avait exécuté un ordre de tir ni illégal, ni disproportionné, l'information judiciaire ayant établi que des pluies de projectiles avaient été jetées sur les forces de l'ordre", ce que contestent les proches de la victime. http://lci.tf1.fr/france/justice/un-policier-juge- Au gouvernement de retenir sa police…

    À la ministre Beauchamp qui dit qu’il n’y avait pas que des étudiants à cette manifestation je dis que bien sûr que non! il y a aussi des professeurs, des parents et des grands parents qui appuient cette grève, et ce ne sont pas des casseurs», parce que casseurs à 60 ans, ce n’est pas évident!

  • Étienne Marcoux - Inscrit 8 mars 2012 12 h 57

    Monsieur JAMAIS UN QUeBEC PAYS

    Je vous invite à regarder les photos et les vidéos des manifestations des derniers jours. On n'y voit aucun manifestant déguisé ou armé d'un bâton ou de pierres. Seuls les policiers sont armés de boucliers, de matraques et de bombes lacrymogènes et assourdissantes, armes qu'ils semblent utiliser sans retenu.

    Je vous invite également à lire l'es articles et les comptes rendus des manifestation. Il n'y est fait mention d'aucun manifestant déguisé ou armé d'un bâton ou de pierres.

    Par ailleurs, dite-moi, en quoi le fait que les policeirs ne conaissent pas l'itinéraire prévu d'une manifestation de plusieurs centaines de personnes (donc très facile à repérer et à suivre) peut justifier les méthodes un peu trop musclées du corps policer?

    Également, j'aimerais vous rappeler que les policiers n'ont pas besoin, contrairement à ce qu'ils affirment, de "protéger" la population contre les étudiants, parce que ceux-ci ne sont pas une bande de dangereux criminels imprévisbles qui à tout moment menacent de s'attaquer aux passants. Ils sont tout simplement une partie de la population (je répète, une partie de la POPULATION; celle-là même que les policiers prétendent vouloir protéger) qui cherche à communiquer son indignation à l'égard d'une décision du gouvernement.