Droits de scolarité - Policiers et manifestants s'affrontent dans les rues de Montréal

Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir

La tension s'accentue entre les étudiants qui s'opposent à la hausse des droits de scolarité et le gouvernement Charest, qui ne donne aucun signe de fléchissement.

Cet après-midi, quelques centaines d'étudiants en grève ont investi l'édifice de Loto-Québec au centre-ville de Montréal, là où sont logés les bureaux de la Conférence des recteurs et principaux des universités du Québec (CREPUQ), et ont refusé de quitter les lieux malgré l'injonction des policiers. Ceux-ci sont ensuite intervenus afin de les expulser de force.

«La CREPUQ, ce sont des gens qui depuis plusieurs années demandent une hausse des frais de scolarité alors que ce sont les premiers à gaspiller l'argent que les contribuables et les étudiants mettent dans les universités au Québec», a expliqué le porte-parole de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ), Gabriel Nadeau-Dubois.

Les étudiants avaient même érigé des barrières métalliques d'environ 2 mètres, semblables à celles que l'on retrouve parfois autour des chantiers de construction. C'est d'ailleurs l'érection de ces clôtures en pleine rue Sherbrooke qui a mené les policiers à intervenir.

Les policiers ont utilisé du gaz-poivre et de nombreuses bombes sonores pour soutenir leur opération. Un nombre indéterminé d'arrestations a été effectué en marge de l'événement et au moins quatre personnes ont subi des blessures, dont deux qui ont été transportées à l'hôpital.

Les étudiants se sont ensuite dispersés et regroupés plus loin pour poursuivre leur manifestation, obligeant les policiers à jouer au chat et à la souris dans les rues de la métropole, une tactique dont les leaders de l'ASSÉ se lavent les mains.

«Quand une action est terminée, on en avise les étudiants qui sont présents. On invite les gens à se disperser. Après ça, si les gens veulent rester et veulent continuer à manifester, ce n'est pas notre rôle à nous de les contrôler et de leur dire quoi faire», a indiqué Gabriel Nadeau-Dubois.

Les différentes associations étudiantes ont promis des actions d'éclat dans les jours à venir. Celle de mercredi était pilotée par les associations étudiantes en sciences politique et en droit de l'UQAM.

Jusqu'à maintenant, 126 000 étudiants se sont prononcés pour la grève. Les votes des 30 000 étudiants de l'Université Concordia sont attendus dans les prochaines heures, tout comme ceux des cégeps Lévis-Lauzon et Sainte-Foy, qui se prononcent cette semaine.

Malgré tout, un peu plus tôt mercredi, le premier ministre Jean Charest avait réitéré l'intention de son gouvernement d'aller de l'avant avec l'augmentation des droits de scolarité - de 325 $ par année pendant cinq ans.

M. Charest a affirmé que la décision n'était motivée que par un seul facteur, soit de préserver la qualité de l'éducation postsecondaire.

«Et dans la solution proposée par le gouvernement du Québec, c'est l'État québécois à travers les contribuables qui, à travers leurs impôts, vont faire la part du lion en termes de financement des universités et des collèges, a répété le premier ministre. Et nous demandons aux étudiants d'assumer leur juste part.»

Le premier ministre a par ailleurs rejeté l'argument voulant que les démunis et la classe moyenne voient leur accessibilité aux études supérieures compromise.

«Tous ceux qui sont boursiers vont recevoir un montant équivalent additionnel qui représente [l'équivalent de] l'augmentation des frais de scolarité, pour protéger l'accessibilité», a soutenu M. Charest.

La première des augmentations doit être comprise dans le budget du ministre Raymond Bachand, qui sera déposé le 20 mars.

Selon Gabriel Nadeau-Dubois, toutefois, les étudiants n'ont aucunement l'intention de considérer l'augmentation comme un fait accompli même si elle est comprise dans le budget Bachand. Le mot d'ordre pour une grande manifestation le 22 mars est maintenu.

«Le ministre Bachand essaie probablement de nous prendre de court en annonçant le budget aussi tôt. Nous avons une mauvaise nouvelle pour lui: ça ne fonctionnera pas. Nos mandats de grève sont forts, ils sont renouvelés à des pourcentages extrêmement intéressants et nous on est prêts à faire durer la grève après le 20 et le 22 mars s'il le faut», a dit le leader étudiant.

Une trentaine d'étudiants occupaient également cet après-midi les bureaux du rectorat de l'Université de Montréal, afin de dénoncer la non-reconnaissance de leur grève.


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