Grève étudiante - À la guerre comme à la guerre

Les étudiants entendent maintenir la pression sur Québec.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les étudiants entendent maintenir la pression sur Québec.

À la guerre comme à la guerre. Monopole du micro dans les assemblées, huées et applaudissements pour intimider ou vote à main levée... Tant dans le camp «pour» que celui «contre» la grève, les étudiants rivalisent d'imagination pour influencer l'issue du vote. Ces stratégies parfois déloyales sont-elles un mal nécessaire?

«C'est des manoeuvres qui, malheureusement, arrivent dans plusieurs cas. Mais elles sont souvent utilisées tant par le camp en faveur qu'en défaveur de la grève», a souligné Gabriel Nadeau-Dubois, coporte-parole de la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE).

Dans un débat oratoire entre étudiants qui avait lieu à l'École des hautes études commerciales (HEC) mercredi dernier, l'auditoire semblait «vendu» à l'idée qu'une hausse des droits de scolarité était inacceptable. Certains orateurs plutôt pour ont dû subir les moqueries et huées de leurs compatriotes. «On a interdit les applaudissements et les huées [en assemblée]. Ça ralentit le processus et empêche tout le monde de s'exprimer», a indiqué pour sa part Martine Desjardins, présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ). Mais devant un enjeu aussi «émotif», il est parfois difficile d'éviter les débordements, a-t-elle constaté. «Ça se passe généralement dans le respect, mais quand on veut faire faire passer un point de vue, c'est normal qu'on soit un peu fâché et que le ton monte.»

Un étudiant en histoire de l'UQAM dénonçait dans La Presse la semaine dernière certaines pratiques douteuses du clan favorable à la grève. «[L'association] et son "présidium" se sont transformés en machine de propagande au service d'une seule option (le "pour").» Selon lui, les salles étaient trop petites pour que tous les membres de l'Association puissent y participer et le vote à main levée (et non secret) pouvait inhiber certaines personnes. Il est aussi difficile de faire valoir son point de vue au micro, surtout si les opinions vont à l'encontre de la majorité.

Gabriel Nadeau-Dubois rétorque que la nature du vote est votée en début d'assemblée et dépend des statuts de l'association. Concernant la taille des salles, les associations font de leur mieux, mais elles n'ont pas toujours accès aux plus grands auditoriums. «Et j'ai jamais vu une assemblée refuser des gens», a-t-il assuré.

Comment faire pour que les assemblées de vote de grève ne tournent en foire d'empoigne au profit des pro-grève qui en connaissent généralement parfaitement tous les rouages? «Je sais que les associations font tout ce qu'elles peuvent pour démocratiser les règles de procédures et les rendre plus accessibles», a affirmé M. Nadeau-Dubois.

Le camp «contre» ne donne pas non plus sa place. Résolument en défaveur d'un débrayage, les étudiants de l'École d'aérotechnique du cégep Édouard-Montpetit ont voté pour un moratoire sur la tenue du vote de grève, question d'en finir pour de bon avec le débat. «On est en discussion avec eux pour qu'un vote puisse se tenir. Qu'il soit favorable ou non», a dit le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Léo Bureau-Blouin.

7 commentaires
  • André Michaud - Inscrit 4 mars 2012 11 h 55

    rien de nouveau, hélas

    Depuis mon expérience au CEGEP au début des années 70, jusqu'à mes années comme délégué syndical, les leaders étudiants et les boss syndicaux savent toujours comment utiliser les procédures (code Morin etc..)pour manipuler les assemblées...évidemment pour le bien-être du troupeau d'inconscients qui osent ne pas penser comme eux!!!

    Et je dois avouer que dans mes années gogauche moi aussi je méprisais ceux pour qui je proclamais me battre..et moi aussi je les voyais comme les masses inconscientes que j'allais conscientiser....Je m'en excuse aujourd'hui auprès de mes concitoyens..

  • Carole Dionne - Inscrite 4 mars 2012 13 h 36

    Chu tannée des revendications estudiantes

    C'est un choix de société et la société est composée de bien des gens autres que seulement des étudiants.

    Quand à savoir si cela est un investissement pour la société, j'aurais deux choses à dire:

    1- Un vieux monologue d'Yvon Deschamps, à propos de sa conjointe qui courait les ventes: " Chérie, arrête d'économiser, on va faire faillite"

    2- C'est la société en général qui va choisir ses investissements, pas seulement les étudiants.

  • RobertB - Inscrit 4 mars 2012 14 h 02

    @André

    Bravo pour ton «coming out» haha!; j'étais au Vieux en 76; syndicat étudiant, lutte des classes et sauvons les baleines. Les autres étaient des cons. Y avait presque la manifestation de la semaine...
    Je suis plus centre gauche aujourd'hui. Je m'en excuse.
    ;-)

  • NickGP - Inscrit 4 mars 2012 15 h 02

    Tout ça, c'est bien évident!

    Je ne comprend pas ce que l'auteur de cet article trouve de choquant dans tout ça.

    "Il est aussi difficile de faire valoir son point de vue au micro, surtout si les opinions vont à l'encontre de la majorité."

    Et voici bien le problème n'est-ce pas? La démocratie, c'est bien pratique jusqu'à-ce qu'on se retrouve dans la minorité. Là ça veux plus rien dire et on se sent opprimés. Mais c'est pourtant ça notre système. On commence juste à s'en rendre compte avec Harper.

    En d'autre mots: la raison pour laquelle la minorité a de la misère à faire passer son point, c'est que la majorité est contre. Aka: rien à voir ici, démocratie fonctionnelle en action.

  • Roland Berger - Inscrit 4 mars 2012 18 h 02

    Du pareil au même

    Encore une fois, le pouvoir pousse les citoyens à la révolte pour pouvoir mieux les accuser de manquements à la démocratie. Quelqu'un a-t-il vu chez Charest et compagnie un certains respect de cette démocratie ! A-t-on déjà oublié ?
    Roland berger