Le décrochage scolaire s'est amplifié dans plusieurs régions

Québec — Au cours de la décennie 2000, loin de se résorber, le taux de décrochage scolaire a grimpé dans plusieurs régions du Québec.

Au total, 20 commissions scolaires sur 72 affichaient en 2009 un taux de décrochage supérieur à ce qu'il était 10 ans plus tôt, selon une compilation des données officielles fournies par le ministère de l'Éducation et effectuée par La Presse canadienne.

Non seulement le problème s'amplifie dans bien des coins du Québec, mais il atteint souvent des proportions inquiétantes. Au terme de la décennie, dans l'ensemble du réseau public, 30 commissions scolaires — soit 42 % du total — affichaient toujours un taux supérieur à 20 %.

L'objectif du gouvernement consiste à ramener à 20 % le taux d'abandon scolaire d'ici 2020.

Pour l'ensemble du Québec, la tendance est cependant à la baisse. De 1999 à 2009, dans le réseau public, le taux de décrochage, pour les garçons et les filles, a chuté de 24,5 à 21,3 %. Il serait aujourd'hui de 17,4 %.

Mais cette bonne performance peut masquer une aggravation du problème, quand on l'examine de plus près sur une base régionale ou en comparant la situation des garçons et des filles. Le pire tableau apparaît en milieu autochtone, alors que durant la période observée, le taux de décrochage a bondi à la commission scolaire Kativik de 78 à 80 %, et chez les Cris de 70 à 91 %.

Ailleurs aussi, dans une moindre mesure, la situation a empiré. Quelques exemples parmi la vingtaine de commissions scolaires affichant en 2009 une performance pire qu'en 1999: la commission scolaire des Samares (de 32,8 à 33,4 %), la commission scolaire des Chênes (de 26,5 à 28,8 %), la commission scolaire de la Riveraine (de 19,7 à 25,6 %), la commission scolaire Eastern Shores (de 26,1 à 32,2 %), celle du Lac-Témiscamingue (de 16,4 à 18,5 %), celle des Navigateurs (de 13,1 à 15,6 %), celle du Pays-des-Bleuets (de 15,6 à 17,6 %), celle du Lac-Saint-Jean (de 11,4 à 13,3 %), de La Jonquière (de 11,4 à 13,6 %), celle de la Capitale (de 20 à 21 %) ou encore celle de Sherbrooke (de 23,1 à 24,1 %).

Les régions où on trouve des taux d'abandon dépassant les 30 % sont: Montréal, une partie de l'Outaouais, les Laurentides et le Nord du Québec.

Celles où le taux dépasse les 20 %, malgré tous les efforts entrepris, sont: la Basse-Côte-Nord, Québec, l'Estrie, la Côte-Nord, les Basses-Laurentides, la Montérégie, Drummondville et Nicolet.

Le phénomène continue à frapper davantage les garçons que les filles. En 2009, dans l'ensemble du Québec, on calcule qu'environ un sur quatre quittait l'école sans aucun diplôme, contre seulement 15 % des filles. Sur le total des 72 commissions scolaires, il n'y en a que 14 (19 %) où le taux de décrochage des garçons se situe sous la barre des 20 %.
15 commentaires
  • Chantal_Mino - Inscrite 20 février 2012 06 h 04

    La situation de nos enfants québécois est plus dramatique et il faut faire quelque chose! Ergothérapeutes, psychoéducateurs, psychologues, orthophonistes doivent être en prévention afin de prévenir l'effet Pygmalion et le décrochage

    ''Pour l'ensemble du Québec,la tendance est cependant à la baisse.''

    Je n'y crois pas!

    Vers 1995,le taux de décrochage était de 36% à travers la province. Est-ce que quelqu'un du MELS peut expliquer comment il se peut que cela est baissé autant?

    Voici quelques raisons de cette baisse fulgurante magique utopique. Un élève qui n'a pas même pas son niveau 6ème année,réussira à obtenir son diplôme avec un stage en milieu de travail et ne sera pas compté parmi les décrocheurs,même s'il en est un.Un autre doublera sans cesse son secondaire I pour finir avec un stage à l'emploi et ne sera jamais compté parmi les décrocheurs.Etc.

    Le vrai pourcentage de décrocheurs ou le reflet de l'échec de notre école publique au Québec est représenté par tous ses élèves qui décrochent dès le primaire en étant non loin de l'échec, en échec ou en doublant leur année scolaire,facteurs de risque du décrochage scolaire.

    La vraie statistique est combien de pourcentage d'élèves depuis 1995 ont réussi à obtenir leur vrai diplôme des matières de secondaire V à 16 et 17 ans. Le reste représentant les réels décrocheurs au Québec. Je demeure convaincue que la vraie statistique provinciale a augmenté de façon alarmante,non loin de 50%.

    Je ne crois pas du tout que le taux de décrochage ait baissé dans l'ensemble.Cependant,il a sûrement baissé pour les élèves en difficulté grâce au dépistage.Mais il a certainement augmenté pour l'ensemble des élèves à cause de ce même dépistage fait par des personnes non formées à cette fin,tels que des directions, enseignants, éducateurs,etc.,qui jugent de façon personnelle et selon les apparences et excluent certains élèves de leur groupe dès la maternelle,et ce,sans penser que pour certains élèves n'ayant aucune difficulté,cela affectera leur estime de soi et sera le précurseur de leurs difficultés et le moteur d'alimentation pour un effet Pygmalion destructeur de leur avenir scolaire.

  • marc.collin - Inscrit 20 février 2012 06 h 43

    cause

    c'est clair qu'en voulant rien faire, qu'en passant son temps en classe à envoyer des sms sur son mobile que tôt au tard la réalité les rattrapes....

    les futures BS de demain qu'il faudra faire vivre...

    la loi du moindre effort semble être devenu la règle, faudra pas venir pleurer que les immigrés volent les emplois dans quelques années...

    @Chantal_Mino
    une personne qui fait un dep n'a pas à être considéré comme un décrocheur

  • Sanzalure - Inscrit 20 février 2012 06 h 49

    C'est un échec de la société, pas de l'école

    Les jeunes qui décrochent voient très clair : ils sont nés dans une société hypocrite, à plat ventre devant les puissants de ce monde et qui n'a aucune place pour eux de toutes façons.

    À quoi bon perdre le peu de vie qui leur reste dans les écoles alors qu'au mieux ces écoles leur offrent un rôle de figurant dans une société profondément malade.

    D'accord, ailleurs dans le monde, c'est encore pire. Mais les décrocheurs préfèrent le «rien» au «moins pire». Et je ne les blâme pas.

    Serge Grenier

  • Regine Pierre - Inscrite 20 février 2012 07 h 06

    La manipulation des statistiques

    Attention avant de dire que les statistiques de décrochage scolaire se sont améliorées!

    D'abord, les seules statistiques valides sont celles qui portent sur les jeunes de 16 ans qui est l'âge de scolarisation obligatoire selon la loi et la base des comparaisons nationales et internationales. Quand on inclut les jeunes à qui on remet une attestation d'étude à 16-17-18 ans, on fausse les comparaisons.

    Surtout, on masque une triste réalité. La majorité des jeunes qui raccrochent se retrouvent à l'éducation des adultes où on ne leur enseigne pas les matières du secondaire mais les bases du primaire. Autrement dit, ils apprennent à lire, à écrire et à comper.

    Par dessus tout, il faut se rappeler que, pour améliorer les statistiques, la réforme Legault a mis en place une mesure qui élimine du système les jeunes qui arrivent à 15ans en secondaire 2 (autrement dit qui ont redoublé au primaire) et qui ne maîtrisent pas les compétences de base, autrement dit ceux qui ont un trop faible niveau de littératie pour fonctionner dans la société et s'intégrer sur le marché du travail.

    Ces jeunes ne sont pas comptés dans les statistiques sur le décrochage parce que l'école les a décrochés avant qu'ils ne décrochent eux-mêmes. Sans doute ne participent-ils pas non plus aux évaluations nationales et internationales?

    Ces stratégies de manipulations des statistiques étaient typiques des didactures dans les pays en voie de développement, du temps où je collaborais avec l'UNESCO.

  • France Marcotte - Abonnée 20 février 2012 07 h 26

    Y a-t-il une vie après le décrochage?

    Cela fait beaucoup de petits Québécois qui n'auront pas seulement obtenu un diplôme d'études secondaires avant d'entrer dans la jungle du marché du travail.
    Puisque cette réalité est si persistante, il serait peut-être approprié de se demander ce qu'il advient d'eux dans la réalité après le décrochage.

    À quoi se raccrochent-ils, comment se débrouillent-ils, sont-ils le moindrement politisés, vont-ils voter? Sont-ils happés et sans défense devant le discours populiste? Y en a-t-il qui s'en sortent très bien, qui développent des réflexes de survie très aiguisés, un jugement plus personnel?