La CSQ souhaite faire le point sur les véritables défis en éducation

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le Québec se compare avantageusement avec le Canada, en ce sens qu’il contribue à la performance canadienne en matière de réussite scolaire.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le Québec se compare avantageusement avec le Canada, en ce sens qu’il contribue à la performance canadienne en matière de réussite scolaire.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

L'école québécoise est certes perfectible, mais elle se porte mieux que ce que montre d'elle le discours catastrophiste à son sujet qui a cours sur certaines tribunes. La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) entend plutôt travailler sur les stratégies qui sont raisonnablement susceptibles de bonifier le système. Le temps est venu de réfléchir sur les bouleversements systémiques en éducation prônés par certains.

Bonifier le système scolaire. Avec cet objectif en tête, la Centrale des syndicats du Québec a donné rendez-vous, les 21 et 22 février prochains, à plusieurs partenaires du milieu de l'éducation. Son président, Réjean Parent, analyse la situation et cerne en premier lieu l'enjeu majeur qui pèse actuellement lourd dans la balance pour le futur: «On va devoir être de plus en plus instruit pour obtenir des emplois de qualité. On parle à court terme, soit au cours de la prochaine décennie, de plus d'un million de postes qui seront à combler, quand on sait que les emplois de demain vont nécessiter l'obtention d'un diplôme d'études supérieures de niveau collégial, voire universitaire.»

Le Québec fait face sur ce plan à un défi de société, qui consiste à posséder un système d'éducation de qualité qui soit en mesure de former des diplômés: «On devrait rehausser le taux de diplomation et maintenir de la sorte le même objectif qu'on avait en 1997, qui était de tendre vers les 85 % avant les 20 prochaines années; on serait sur la bonne voie si on pouvait accélérer le processus comme les Ontariens et les Albertains l'ont fait.»

Le taux de décrochage ou d'abandon est passé de 30 %, dans les années 1990, à environ 20 %, aujourd'hui: «Il y a eu des progrès considérables en cette matière au cours des dernières années, mais il y a encore des efforts à faire de ce côté-là pour augmenter le taux de réussite et d'obtention de diplômes.»

La raison plutôt que l'improvisation

La CSQ s'insurge contre les remèdes prescrits par des apprentis sorciers et fait plutôt appel à la raison pour aplanir les difficultés rencontrées, comme le laisse savoir le président: «Quand on se penche sur les études réalisées par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le Québec se compare avantageusement avec le Canada, en ce sens qu'il contribue à la performance canadienne; et quand on compare le Canada au reste du monde, on figure dans le peloton de tête, alors qu'on se classe parmi les cinq premiers sur l'ensemble de la planète. En examinant ces données, on voit qu'on a quand même un système d'éducation qui est passablement efficace, même si on investit moins en argent au Québec par habitant dans celui-ci que le reste du pays ou que les Américains. Par rapport à d'autres pays industrialisés, on obtient des résultats qui se comparent ou se rapprochent de ceux des Coréens du Sud, des Chinois et des Finlandais, avec un financement qui est moindre.»

Il prend position: «C'est bien beau de vouloir faire de grandes réformes, mais je dis: assoyez-vous sur votre siège et identifiez clairement ce à quoi vous voulez vous attaquer! Quand on veut réparer un tuyau qui coule dans sa résidence, il est assez rare qu'on démolit la maison au complet pour y arriver. On répare, même s'il est bon de temps en temps de faire du rafraîchissement ou de réaménager une pièce.»

Il sert cette mise en garde: «Quand on veut réformer, il importe de savoir vers quoi on se dirige et de quoi on parle.» À titre d'exemple, il reconnaît notamment qu'il est impérieux de se doter ici d'un système de formation continue qui soit beaucoup plus accessible.

Une centrale dans le feu de l'action

Réjean Parent assure que la CSQ conduit plusieurs démarches en vue de bonifier le système: «On s'ingénie à faire des démarches auprès du ministère de l'Éducation.» Il en va de même au sujet des problèmes de lecture rencontrés au primaire, qui seront cause de décrochage plus loin dans le parcours scolaire: «On a vu où il y avait des carences dans le programme actuel, et il y a des discussions qui sont menées pour apporter les ajustements conséquents qui vont servir à rehausser la réussite dès la première ou la deuxième année.»

Il y va de cette recommandation sur le plan des interventions professionnelles de diverses natures: «Il importe de s'attaquer à tous les problèmes d'apprentissage de façon musclée et de faire de ces derniers une priorité nationale, parce que, en bout de course, on n'a plus les moyens de perdre personne. Il est fini, le temps de dire que c'est le prof qui fait la différence à lui tout seul, dans un monde où la science éducative a démontré qu'on a besoin de toute une armée pour contourner des problèmes de ce genre.»

La CSQ, par le biais de ses membres, est bien au fait de toute la problématique des comportements qui a envahi l'école de 2012; ces troubles sont de plus en plus nombreux: «Sans que leurs causes soient vraiment bien documentées, quand il y a une maladie, il faut s'y attaquer, et, à ce propos, il y a toute une stratégie qui doit être déployée, que ce soit pour contrer la violence dans les établissements ou savoir comment intervenir envers les élèves qui éprouvent de telles difficultés.»

Le regroupement syndical s'active aussi dans le dossier de la motivation des élèves du secondaire, qui passe par la gamme des activités à mettre en place, mais aussi par la mobilisation de la communauté envers ces jeunes pour leur faciliter la réussite: «À cet égard, les études démontrent qu'ils échouent s'ils se livrent à un trop grand nombre d'heures de travail; c'est majeur de se donner des règles communes à ce sujet.»

Le dossier de l'accessibilité aux études supérieures retient l'attention: «Dans les prochaines semaines, ce sera un défi majeur pour nous que celui des droits de scolarité à l'université. On s'attaque là à la classe moyenne, et ce sont les enfants d'ouvriers qui vont subir des pressions supplémentaires; il y en a parmi eux qui finiront par ne pas poursuivre des études universitaires, alors que notre société aurait eu besoin qu'ils le fassent.» Enfin, il invite au refinancement des cégeps en région afin d'éviter la disparition d'établissements qui sont actuellement en péril, ce qui pourrait avoir des conséquences néfastes sur le développement économique régional en privant les jeunes d'un accès à des études supérieures.

Bâtir sur des acquis

À la suite de quoi, Réjean Parent résume ses attentes par rapport au rendez-vous: «C'est pour mettre de la raison dans tout cela, c'est pour faire appel au rationnel; il s'agit de sortir des perceptions et des préjugés.»

Il renvoie à cette image: «"Il enfourcha son cheval et il s'en alla dans toutes les directions": c'est ce à quoi ressemblent certaines positions prises au Québec actuellement. On se calme et on va réfléchir. Voilà l'état des lieux: notre école va bien, mais elle est perfectible sur certains points, où doivent porter nos efforts; il y a des stratégies à mettre en place qui seraient gagnantes pour les prochaines années.»

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Collaborateur du Devoir