L'éducation tout au long de la vie - Le désir d'apprendre ne disparaît pas à 65 ans

Assïa Kettani Collaboration spéciale
Paul Bélanger, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’UQAM
Photo: Source UQAM Paul Bélanger, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’UQAM

Ce texte fait partie du cahier spécial Éducation - La CSQ en colloque

L'image du jeune, diplôme en poche, qui quitte à jamais les bancs de l'école pour se lancer dans la vie? Dépassée, selon Paul Bélanger, professeur à la Faculté des sciences de l'éducation de l'UQAM. C'est une image qui ne correspond pas à la réalité d'aujourd'hui, à l'heure où aucune vie n'est tracée d'avance.

«Nous avons constamment besoin d'accroître des compétences qui n'ont pas été prévues au départ, puisque nos parcours de vie n'ont jamais été aussi incertains. Demain, quels seront notre emploi, notre situation familiale, le pays où nous vivrons, la langue que nous parlerons? Nous avons tous une capacité de développement, et il faut utiliser ce potentiel», affirme Paul Bélanger, qui est également directeur du Centre interdisciplinaire de recherche et développement sur l'éducation permanente.

Le chercheur de l'UQAM souligne donc l'importance des différents types de formation. Après notre formation initiale, scolaire ou non, la formation continue est indispensable à notre parcours professionnel. «Aujourd'hui, un travailleur est amené à changer d'emploi plusieurs fois au cours de sa carrière. La possibilité de se requalifier, d'exercer son droit au travail est fondamentale», explique-t-il. De ce côté, le Québec fait bonne figure. «De grands pas ont été faits en matière de formation des adultes: nous avons des centres de formation exceptionnels, et la création de la Commission des partenaires du marché du travail, des comités sectoriels, et la loi du 1 % ont été des pas majeurs. Le Québec a rattrapé son retard par rapport au reste du Canada.»

Mais, nuance le chercheur, «pourquoi faut-il que l'éducation continue soit uniquement reliée au monde du travail?» Il reste donc à s'occuper de la frange délaissée de la population: la plus âgée.

Le droit à la formation


En effet, au Québec, la retraite sonne le glas de notre carrière, mais aussi de notre droit à se former: alors que les centres de formation continue n'accueillent que ceux qui exercent une activité professionnelle, les cégeps ont progressivement fermé leurs cours accessibles aux aînés, faute de ressources.

Autre obstacle de taille: le coût, puisque les formations qui existent ne se destinent qu'aux plus fortunés. Par exemple, l'Université du 3e âge, à Sherbrooke, qui attire environ 20 000 étudiants, s'adresse avant tout à une élite. «Il y a une nouvelle classe pauvre au Québec: les personnes âgées sans pension complémentaire.» Elles ont du temps libre, mais elles ne peuvent s'offrir ni livres, ni places de cinéma, ni billets d'autocar, car leur revenu frise souvent le seuil de la pauvreté. «Ceux qui en ont les moyens peuvent poursuivre. Pour les autres, la vie intellectuelle s'arrête à 65 ans, à la porte du marché du travail.» Or il s'agit là d'une erreur grave, selon Paul Bélanger. «On enterre la curiosité de ceux qui sont à la retraite. C'est inacceptable! La retraite, ce n'est pas la fin de la vie intellectuelle!»

Avec l'augmentation de l'espérance de vie, les aînés sont en possession de leurs pleines facultés au moment d'atteindre l'âge de la retraite: «Une bonne partie des 65 ans ou plus sont de jeunes vieux, pleins d'énergie et de curiosité», poursuit-il, avant de souligner le fait que le Québec se prive ainsi d'une source importante de créativité et de compétence. «Le Québec a besoin de la créativité de tous ses citoyens. Permettre aux aînés de se former pourrait créer des biens, des services dans l'économie, comme dans les réseaux associatifs ou communautaires.»

Porte ouverte

Paul Bélanger appelle donc le gouvernement à ouvrir les portes de l'éducation à tous. «Il faut une politique d'éducation des adultes tout au long de la vie, pour permettre aux aînés qui veulent se former de le faire.»

Il ne s'agit pourtant pas d'une idée nouvelle: en 1983, un rapport de la commission Jean sur la formation professionnelle et socioculturelle des adultes prônait une éducation accessible à l'ensemble de la population et élargie à ses besoins. «Ce rapport n'a jamais été mis en application. En matière d'éducation tout au long de la vie, nous régressons depuis les grandes coupes du gouvernement à partir de 1985», déplore-t-il. Un long naufrage, qui, de gouvernement en gouvernement, de coupe en coupe, a mené à la situation que connaît le Québec aujourd'hui: à peine 10 % des plus de 65 ans profitent encore d'un programme de formation.

À l'inverse, les bons élèves sont les pays de l'Europe du Nord, qui affichent des taux nettement supérieurs: l'Angleterre, avec 35 à 40 % des 65 ans ou plus qui se forment, et la Scandinavie sont en tête du peloton.

Vieillir dans la dignité


Un débat qui, selon lui, pose une question plus profonde: et si vieillir dans la dignité, c'était aussi cela? «Qu'est-ce qui fait la dignité humaine, sinon l'intelligence, la curiosité, la capacité de se développer intellectuellement?», demande-t-il.

De plus, les compétences qui pourraient être acquises à l'âge de la retraite seraient essentielles pour l'autonomie et la qualité de vie des aînés, ne serait-ce qu'en permettant à certains de réactualiser leurs compétences de base en calcul et en lecture. Un exemple: celui de la santé, puisque les personnes concernées seraient capables de mieux s'informer sur les moyens de protéger leur santé. Plusieurs études montrent ainsi que l'«état de santé des gens est lié aux compétences de base en matière de santé», avec toutes les implications économiques qui en découlent. «Savoir déceler les signaux de rechute, trouver rapidement le bon service auquel il faut s'adresser, comprendre une posologie: ces compétences sont maîtrisées de façon très inégale. Quelque 45 % de la population retraitée ne dépasse pas le niveau requis pour pouvoir s'informer correctement de son état de santé», souligne Paul Bélanger.

Certaines formations pourraient être calibrées pour répondre de près aux besoins des aînés. Pourquoi ne pas équiper des centres de retraite d'un accès Internet?, demande le chercheur, tout en insistant sur ce qu'il est possible d'en tirer en matière d'auto-apprentissage et d'information. Et, encore une fois, il invite à observer ce qui se passe outre-Atlantique. «En Europe, les cours les plus appréciés sont les langues vivantes secondes, les formations Internet et l'éducation à la santé.»

Face à l'avenir, Paul Bélanger se dit pourtant optimiste, question de logique. «La demande est tellement forte que le gouvernement ne pourra pas rester les bras croisés. Les politiques doivent concorder avec la demande de la population.»

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Collaboratrice du Devoir

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