Les enseignants s'opposent à l'anglais intensif en 6e année

Le ministère de l’Éducation a demandé à ce que le programme d’anglais intensif soit implanté dans au moins une classe de 6e année par commission scolaire pour la rentrée 2012.
Photo: Agence France-Presse (photo) Frank Perry Le ministère de l’Éducation a demandé à ce que le programme d’anglais intensif soit implanté dans au moins une classe de 6e année par commission scolaire pour la rentrée 2012.
La Fédération autonome de l'enseignement souligne pour sa part que la mesure est venue d'en haut, sans «qu'aucune consultation préalable n'ait été menée auprès des acteurs de l'éducation».

Que va-t-on faire avec les élèves déjà bilingues? Comment va-t-on aménager la grille-matière? Comment recruter suffisamment d'enseignants d'anglais? Les syndicats estiment qu'ils ont encore trop de questions demeurées sans réponse. Manon Bernard s'inquiète aussi du flou entourant le soutien aux élèves et aux enseignants qui devrait normalement accompagner une telle mesure. «Le nécessaire soutien pour les élèves en difficulté, va-t-il être là? Il n'y en a déjà pas de soutien, en 6e année. Est-ce qu'on va devoir l'enlever au 1er ou 2e cycle?» a-t-elle lancé.

La spécialiste de la didactique des langues secondes Zita de Koninck partage cette inquiétude. «Selon le ministère de l'Éducation, en 2006, la moitié des enseignants qui enseignaient l'anglais parlaient encore français dans leurs cours. On peut donc bien se demander qui va enseigner dans les classes intensives», a-t-elle souligné en entrevue au journal de l'Université Laval, Au fil des événements. «En 2006, cela a été la panique dans les commissions scolaires lorsqu'il a fallu trouver des enseignants pour offrir des cours d'anglais dès la maternelle.» Plutôt que de se lancer dans une nouvelle réforme, on devrait s'efforcer de respecter les heures d'enseignement de l'anglais prévues au primaire et au secondaire, trop souvent tronquées de moitié, a-t-elle avancé.

Implantation commencée

Ce n'est pas l'idée de posséder une deuxième langue, voire une troisième, qui fait tiquer les enseignants. Ni que cet apprentissage se fasse en concentré. Le malaise réside dans la façon dont s'implante le programme, du haut vers le bas, sans que cela vienne de l'école ou passe par le Conseil d'établissement. «En ce moment, ce sont les commissions scolaires qui décident», a rappelé Manon Bernard.

À la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ), on confirme que le ministère de l'Éducation a demandé à ce que le programme d'anglais soit implanté dans au moins une classe par commission scolaire pour la rentrée 2012. «La très grande majorité des commissions scolaires avaient l'intention de le faire. [...] Certaines avaient l'intention d'en implanter plus», a indiqué Caroline Lemieux, porte-parole de la FCSQ.

D'autres ont plutôt reculé devant la pression des enseignants. C'est le cas de la Commission scolaire de la capitale, qui n'imposera pas l'anglais intensif à la moitié de ses 80 classes de 6e à l'automne.

La ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, n'entend pas faire marche arrière. Apprendre une langue seconde, ça répond à une demande de la société, a indiqué son attachée de presse, Hélène Sauvageau. «Le comité de suivi est toujours là. Il y a des questionnements et on va donner des réponses», a-t-elle assuré.

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