Selon l'Institut Simone de Beauvoir - Hausse des droits de scolarité: les femmes écoperont

Les femmes seront les premières touchées par la hausse des droits de scolarité. Pire, celle-ci perpétuera les inégalités entre les hommes et les femmes, croit l'Institut Simone de Beauvoir (ISDB), une chaire de recherche consacrée aux études féministes de l'Université Concordia.

Dans un cri du coeur lancé à l'unisson, les étudiantes, professeures et assistantes de recherche de l'Institut sortent aujourd'hui sur la place publique pour dénoncer cette injustice et relancer le débat sur la hausse des droits de scolarité. Elles estiment que leur voix, celle des femmes, s'est très peu fait entendre jusqu'ici.

«On revendique le droit à un débat. Le discours est tellement déformé que nous n'avons pas l'occasion de prendre connaissance de toutes les conséquences de cette politique sociale, souligne Viviane Namaste, professeure à l'Institut Simone de Beauvoir. Nous ajoutons notre voix au débat et disons à tout le monde que la réflexion n'est pas finie sur le sujet... On a oublié les femmes.»

Les chercheuses de l'ISDB ont passé en revue la littérature scientifique et les plus récentes études produites sur l'impact de la hausse des droits de scolarité et l'endettement étudiant, en portant une attention particulière aux femmes. Premier constat: l'endettement est plus élevé chez la gent féminine car, à travail égal, leur salaire est toujours moindre. Selon les plus récentes données tirées du service d'information et de recherche parlementaires, en 2008, les femmes âgées de 15 à 24 ans gagnaient 71 % de chaque dollar gagné par un homme. «Sachant que les femmes ne gagnent pas autant que les hommes, on voit qu'elles contribuent financièrement plus, en proportion, que les hommes», soutient Mme Namaste.

Au terme des études, le diplôme universitaire en poche, une femme aura gagné en moyenne 863 268 $ de moins qu'un homme titulaire du même diplôme à la fin de sa vie. «Imaginons que deux étudiants, un homme et une femme, terminent leur baccalauréat avec une dette de 25 000 $: tous les mois, la femme devra dépenser une plus grande part de son revenu pour rembourser cette dette», peut-on lire dans la déclaration de l'ISDB rendue publique aujourd'hui. Le gouvernement exige ainsi davantage des femmes lorsqu'il demande aux jeunes d'«investir» dans leur avenir.

Inégalités jusque dans les classes

L'ISDB s'est aussi penché sur le sort des personnes en situation de monoparentalité, des femmes en très grande majorité, qui écopent d'un plus lourd fardeau. Citant les auteurs d'Université inc. [E. Martin, M. Ouellet], il rappelle que, alors qu'une famille biparentale doit allouer 10 % de ses revenus aux études de baccalauréat d'un seul enfant, la mère célibataire doit en allouer 18 % pour le même diplôme. «La hausse des droits de scolarité vient donc pérenniser les inégalités à l'égard des mères chefs de famille et de leurs enfants, les familles monoparentales devant consacrer une plus grande part de leur budget à l'accessibilité à l'université publique», mentionne la déclaration de l'ISDB.

L'impact de la hausse des droits de scolarité se ressentira jusque dans la composition des groupes-classes, qui perdront en diversité si les femmes sont moins nombreuses à fréquenter l'université. «C'est notre rôle en tant que prof de parler de l'impact de la hausse des droits sur l'apprentissage et de ses conséquences pédagogiques. Et nous constatons qu'il y aura une moins grande diversité. Il y aura moins de femmes surtout de certaines communautés et de certaines classes sociales», fait remarquer Mme Namaste.