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Les cégeps ont 44 ans

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Après plus de 40 ans d'existence, qu'en est-il aujourd'hui du réseau des cégeps? Bien que le succès soit au rendez-vous, chiffres à l'appui, certains insistent toujours pour remettre en cause, de temps à autre, la pertinence de ce modèle d'éducation supérieure typiquement québécois. Sans compter que les cégeps ont plusieurs défis à relever dans les années à venir.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Après plus de 40 ans d'existence, qu'en est-il aujourd'hui du réseau des cégeps? Bien que le succès soit au rendez-vous, chiffres à l'appui, certains insistent toujours pour remettre en cause, de temps à autre, la pertinence de ce modèle d'éducation supérieure typiquement québécois. Sans compter que les cégeps ont plusieurs défis à relever dans les années à venir.

Ce texte fait partie du cahier spécial Enseignement supérieur 2012

Les cégeps devront subir des compressions de 80 millions de dollars dans les deux prochaines années. À force de couper dans le réseau, la qualité de l'enseignement ne risque-t-elle pas d'être affectée? C'est du moins la crainte formulée par Jean Perron, président et directeur général de l'Association des cadres des collèges du Québec.

Après plus de 40 ans d'existence, qu'en est-il aujourd'hui du réseau des cégeps? Bien que le succès soit au rendez-vous, chiffres à l'appui, certains insistent toujours pour remettre en cause, de temps à autre, la pertinence de ce modèle d'éducation supérieure typiquement québécois. Sans compter que les cégeps ont plusieurs défis à relever dans les années à venir.

«L'efficacité et l'utilité des cégeps ont été clairement démontrées, affirme Jean Perron, président et directeur général de l'Association des cadres des collèges du Québec. Ce n'est pas moi qui le dis, mais plutôt l'économiste Pierre Fortin. Dans une étude qu'il a réalisée, il a révélé que, au Canada, c'est au Québec qu'on trouve le plus grand nombre de jeunes de 30 ans ou moins ayant un diplôme d'études supérieures. Ce taux s'établit à 72 %, et les cégeps en sont grandement responsables. De plus, si on s'attarde au secteur technique, on constate un taux de placement sur le marché du travail de près de 93 %.»

Avec de pareils résultats, on comprend mal la remise en question du réseau. On croirait plutôt en sa consolidation. «Mais c'est le contraire qui se produit. Les cégeps devront subir des coupes de 80 millions de dollars dans les deux prochaines années. On envisage une pénurie de main-d'oeuvre spécialisée dans les prochaines années, mais cette main-d'oeuvre, c'est en grande partie dans les cégeps qu'on la forme. On coupe donc au moment où on devrait investir. Il y a là une incohérence dans le discours du gouvernement.»

Ces coupes présagent-elles le pire? «Je crains que, à force de couper dans le réseau, la qualité de l'enseignement finira par être affectée. À moins que le gouvernement, pour compenser le sous-financement, ne soit tenté par une hausse des droits de scolarité, ce qui nuirait alors à l'accessibilité d'un réseau conçu dès le départ pour rendre l'enseignement supérieur gratuit pour tous les Québécois. J'ose espérer que non.»

Une pénurie de cadres


La relève du personnel est l'un des importants défis que les cégeps devront relever dans les années à venir. En cela, les cégeps n'échappent pas au problème du vieillissement de la population. «Plusieurs professeurs prendront leur retraite et il faudra assurer une relève de qualité. Mais le problème est encore plus aigu du côté du personnel d'encadrement. Le sous-financement du réseau a fait en sorte que, pour préserver la qualité de l'enseignement, il a fallu réduire le nombre des cadres. Le résultat est que les cadres en poste cumulent les tâches et ont vu leur semaine de travail s'allonger. Les prochaines coupes ne feront rien pour améliorer la situation.»

Ainsi, il devient de plus en plus difficile de recruter des cadres. «La somme de travail accrue dissuade les personnes de postuler pour ces emplois et les gains salariaux ne viennent pas la compenser. On n'arrive plus à recruter dans notre bassin naturel que sont nos professeurs et nos employés des divers services. Ils préfèrent demeurer syndiqués plutôt que de devenir cadres. On doit aller à l'extérieur, et même là, la tâche est difficile. On doit parfois afficher deux ou trois fois un poste avant d'obtenir des candidatures valables.»

Autre irritant qui s'ajoute: le régime de retraite. «Auparavant, les cadres étaient tenus de verser une contribution de 3 % supérieure à celle des syndiqués, mais ils jouissaient de certains avantages. Mais le gouvernement a changé la donne. Il maintient la contribution supérieure mais élimine les avantages. Cela rend le recrutement des cadres encore plus difficile, puisque plusieurs candidats potentiels à ces postes sont sur le marché du travail depuis plusieurs années, et la question du régime de retraite devient alors importante.»

Vers un véritable engagement de l'État


Selon Jean Perron, la solution aux défis que devront relever les cégeps passe par un véritable engagement de l'État dans le réseau des cégeps. «Il faut absolument valoriser cet ordre d'enseignement. On ne doit plus considérer les cégeps comme le prolongement du secondaire. Au contraire, les cégeps sont synonymes d'enseignement supérieur, que ce soit au général, qui mène à l'université, ou en formation technique, d'où sortent plusieurs des emplois de l'économie du savoir.»

Qui plus est, la culture organisationnelle d'un cégep a ses particularités. «Le fonctionnement d'un cégep s'apparente à celui d'une université et non à celui d'une école secondaire. Certains de nos cégeps ont des populations étudiantes qui s'apparentent à certaines petites universités. Quarante-six de nos quarante-huit cégeps ont des centres de transfert technologique où il se fait de la recherche.» De plus, le rôle des cégeps ne se limite pas à la seule formation scolaire. «En région, les cégeps sont souvent le principal pôle économique et culturel. Notre formation technique est très bien adaptée aux réalités et aux besoins du marché du travail et elle tient compte des besoins particuliers des régions.»

C'est pour toutes ces raisons que Jean Perron croit que «l'État doit affirmer de façon claire son soutien au réseau des cégeps et y consentir les sommes nécessaires. Mieux soutenir financièrement le réseau des cégeps ne doit pas être perçu comme une dépense, mais bien comme un investissement. Et un investissement durable, en plus, puisqu'il crée des emplois durables.»

Et une façon de bien signifier son engagement envers les cégeps serait la création, par le gouvernement du Québec, d'un ministère de l'Éducation supérieure. «Ce ministère regrouperait les universités et les cégeps. Ce serait un signal fort que le gouvernement place les cégeps carrément dans le domaine de l'enseignement supérieur et qu'il croit en l'efficacité et la pertinence de cet ordre d'enseignement.»

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Collaborateur du Devoir