La survie du cégep Gérald-Godin menacée

Le cégep Gérald-Godin est le seul établissement collégial francophone de l’ouest de l’île de Montréal.<br />
Photo: Source: Marc Crammer Le cégep Gérald-Godin est le seul établissement collégial francophone de l’ouest de l’île de Montréal.

Déficitaire, le cégep Gérald-Godin, seul cégep francophone de l'ouest de l'île de Montréal, pourrait être contraint de fermer ses portes. Selon son directeur général, Christian Roy, ce petit collège de 1100 étudiants ne survivra pas aux coupes de 30 millions (réduites à 19,5 millions par la suite) qu'a imposées le ministère de l'Éducation, en vue d'atteindre l'équilibre budgétaire au gouvernement.

«Est-ce que vous voulez qu'on disparaisse? C'est ce qu'on dit au ministère. Je viens de réécrire à la ministre pour lui demander c'est quoi ses attentes et son plan. S'ils pensent qu'on est mieux de fermer, qu'ils le disent», a dit M. Roy, visiblement exaspéré.

Déjà aux prises avec un déficit de 770 000 $, la part de compressions que devra absorber le cégep Gérald-Godin, si l'exercice est mené de façon paramétrique (au prorata du nombre d'étudiants), soit 166 000 $, creuserait un déficit impossible à rattraper à court terme. «Pour la plupart des 48 cégeps, ce montant n'est pas grand-chose, mais pour les petits collèges en déficit comme nous, c'est pas possible. Ça nous prendrait dix ans à retourner à l'équilibre budgétaire», a-t-il indiqué en disant craindre pour la qualité de la formation.

Le casse-tête paramétrique


Deux autres cégeps, de Maisonneuve et de Gaspé, sont dans le rouge, mais pour diverses raisons, ne craignent pas autant pour leur survie, croit M. Roy. «Le cégep de Gaspé ne peut pas fermer, il n'y en a pas d'autres dans la région. Ça deviendrait politique. Mais moi, je ne peux pas dire à la ministre de me mettre sous tutelle. Il y a plein d'autres cégeps sur l'île de Montréal. Certains vont dire "pourquoi on le maintient en vie s'il n'est pas rentable?"»

Tout a commencé lorsque, sommée par sa collègue au Conseil du trésor de réaliser des économies dans son réseau, la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, a demandé aux cégeps de couper à même leurs fonds de réserve, d'autant que la loi leur interdit de faire des profits ou des déficits. Ces surplus étaient des sommes, entre autres versées par le fédéral pour l'éducation supérieure et la rénovation des bâtisses, que certains cégeps avaient décidé de ne pas utiliser immédiatement.

Mais la Fédération des cégeps, qui représentent 48 collèges, a bataillé ferme et a alors proposé que les montants de la compression soient retranchés à même les prochains budgets de fonctionnement de tous les établissements, y compris ceux en déficit. En désaccord, le directeur général du cégep Gérald-Godin a interpellé la ministre Beauchamp. Sensible aux arguments de ce dernier, elle a exigé une entente à l'unanimité des conseils d'administration des cégeps pour donner le feu vert à des coupes paramétriques.

Et voilà que point d'unanimité il n'y a, puisque le cégep Gérald-Godin, devenu le «bum de Montréal» comme le dit lui-même Christian Roy, est le seul à s'opposer. «Certains m'ont dit qu'en refusant les compressions paramétriques, je mettais en péril le réseau collégial!, s'est-il étonné. Je comprends que certains cégeps, qui ont réussi à accumuler des surplus, veulent pouvoir continuer à bien faire profiter leur institution, mais de là à dire qu'on brise la solidarité...»

Seul cégep francophone


Rien pour rassurer M. Roy, la Fédération des cégeps aurait été informée que le ministère de l'Éducation va quand même procéder à des ponctions de façon paramétrique, et ce, dès janvier. «Ce qu'on ne comprend pas, c'est pourquoi, tout d'un coup, le ministère va contre ce que dit la ministre. Pourquoi on nous a demandé d'aller demander l'avis de nos C.A. si finalement on se fait couper quand même», a-t-il déploré.

Cet ancien consultant spécialisé en développement stratégique chez SECOR trouve dommage qu'un tel établissement, aussi petit soit-il, disparaisse du paysage à prédominance anglophone et allophone de l'Ouest-de-l'Île. «Une institution qui préserve la culture francophone comme Godin, c'est fondamental dans l'Ouest-de-l'Île. Je ne comprends pas qu'on ne veuille pas préserver cet équilibre-là, a soutenu M. Roy. On ne pourra pas gagner cette bataille-là si personne ne nous aide.»
 
24 commentaires
  • François Ricard l'inconnu - Inscrit 24 décembre 2011 06 h 00

    Sur-financement et sous-financement

    Le monde de l'enseignement anglophone est. depuis toujours, considérablement sur-financé. Et par Québec et par Ottawa.
    Et le réseau francophone, lui, souffre d'un sous-financement chronique.
    Pourtant, l'économie repose de plus en plus sur le savoir. Plus que jamais, pour tirer son épingle du jeu, le Québec doit compter sur une main d'oeuvre hautement qualifiée.
    A la lumière de ce déséquilibre financier existant entre les deux réseaux, le francophone est pratiquement forcé de joindre le réseau anglophone pour s'assurer d'une formation de pointe.
    Quel désastre que ce gouvernement PLQ-Charest.
    Il est plus que temps que nous fassions notre LIT.
    LOIS : Donnons-nous les lois qui correspondent à nos besoins et qui respectent nos valeurs
    IMPÔTS : Récoltons tous nos impôts et taxes et décidons nous-mêmes de leur utilisation en fonction de nos besoins et priorités.
    IMMIGRATION: Choisissons nous-mêmes les personnes que nous voulons, aux conditions qui seront nôtres.
    TRAITÉS : Négocions ententes et traités qui nous permettront d'occuper notre place en ce monde.
    Devenons maîtres chez nous.

  • nb165 - Inscrit 24 décembre 2011 07 h 14

    Ben voyons donc

    Croyez-vous que ce gouvernement va faire un effort pour sauver ce CEGEP? Le nom, l'endroit où il est situé dans les châteaux forts du Parti Libéral du Québec et surtout, c'est un CEGEP français pas un CEGEP anglais...Ouf tout joue contre lui...Oubliez cela fermeture certaine et Vive le Québec des mafieux!

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 24 décembre 2011 08 h 07

    Et la fréquentation?

    Quelle était la fréquentation du CEGEP il y a 5 ans?

    La dénatalité des années 80 et surtout 90 entraine évidemment une baisse de fréquentation au CEGEP. Or, au lieu de couper et de transférer les sommes pour les soins de santé de nos ainés, qui eux sont en explosion démographique, les directeurs de CEGEP ont protégé leurs jobs en allant chercher des étudiants à l'étranger, jusqu'à Madagascar! En région, comme à Gaspé ou en Beauce, plus de 10% des étudiants sont maintenant des étrangers! Ils viennent étudier sur notre bras pour la plupart grâce à des ententes gouvernementales, des ententes-bidons

    Bref, on paie pour sauver les jobs des nomenklaturistes. Mais personne n'en parle.

  • Jean Alfred Renaud - Inscrit 24 décembre 2011 08 h 25

    Investire en nous-mêmes ou se laisser déconstruire encore un peu plus?

    Il faudra voir qui sera pour la disparition du cégep Gérald Godin dans l'ouest de l'Île de Montréal, et pour quelles raisons? Parions que ce sera la base électorale du Parti libéral collusionnel... pour des raisons d'économie à courts termes.
    Et qui sera contre et pour quelles raisons? Ici, ce devrait être la majorité francophone québécoise... certainement pas pour des raisons d'économie à courts termes. Ce ne peut être que pour des raisons d'affirmation nationale.
    "La" question, d'autres avant moi l'ont posée, c'est "être ou ne pas être"!

  • dense simard - Abonnée 24 décembre 2011 08 h 55

    cégep

    politique, politique, politique! Tout est politique. Comment se fait-il que par harsard l'on ferme un établissement francophone. Le seul qu'il y ait dans l'ouest de Montréal. J'peux-tu dire que je suis contre, malgré le fait que je n'habite pas cette ville?