Une autre école avec des moisissures?

La Direction de la santé publique (DSP) s'est réunie la semaine dernière avec les enseignants de l'établissement montréalais et doit rencontrer ce soir l'ensemble des parents afin de discuter de la qualité de l'air. Plusieurs enfants de l'école et des membres du personnel souffriraient d'affections aux poumons, comme des bronchites, des pneumonies et des crises d'asthme.

Tout a commencé par un bris de tuyau qui a détrempé les murs et les planchers de l'école sur trois étages, en novembre 2010. Si des réparations temporaires ont été effectuées rapidement pour colmater les dégâts, les travaux d'une deuxième phase devaient être réalisés par la suite pour enlever les matériaux imbibés d'eau et reconstruire les locaux endommagés. Or, cette deuxième phase n'a été amorcée que six mois plus tard et n'est toujours pas terminée, plus d'un an après le sinistre.

La présidente du Conseil d'établissement (CÉ) de l'école Saint-Gérard, l'avocate Chantal Laperrière, a fait «1 + 1 = 2». «La CSDM savait depuis juin 2011 qu'il y avait des risques de contamination. J'ai demandé trois fois s'il y avait eu des tests pour savoir s'il y avait de la moisissure. On ne m'a pas répondu et l'expert a baissé les yeux», a-t-elle raconté, visiblement exaspérée par la situation. Son fils doit recevoir des injections de cortisone pour contrôler son asthme et sa fille a également des problèmes respiratoires.

«Pour eux, c'est comme si ce n'était pas important qu'il y ait de la moisissure, parce que la procédure était de tout enlever lorsqu'il y avait de l'eau», a-t-elle ajouté, en faisant remarquer que les travaux ont tout de même commencé six mois après le dégât d'eau. Selon elle, la CSDM a agi avec négligence dans le dossier.

Le comble, pour ces parents en colère, c'est que les travaux, en plus d'avoir traîné, auraient été bâclés. Cet automne, il y a eu un transport de matériaux possiblement contaminés et du sablage de béton pendant qu'il y avait des élèves dans l'école. À la suite de plaintes concernant la poussière, la CSST est intervenue pour exiger que les locaux endommagés soient scellés et qu'aucun travail ne soit effectué en présence d'enfants. Là encore, on aurait tardé à mettre ces recommandations à exécution.

Selon la CSDM, le problème à l'école Saint-Gérard n'aurait rien à voir avec ce qui se passe dans les écoles Hochelaga et Baril, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, qui ont dû évacuer leurs élèves en raison de la présence de moisissures dans l'air. Le problème en serait un uniquement de poussières, lié au sablage par les ouvriers. «Des tests de qualité de l'air ont été faits cet automne et il n'y aurait pas de problèmes», assure le porte-parole de la CSDM, Alain Perron, sans pouvoir dire ce que ces tests ont analysé.

Par ailleurs, il se dit incapable d'affirmer hors de tout doute qu'il n'y a pas une présence de moisissures dans l'établissement. «Mais je ne pense pas qu'il y ait d'approximations dans nos façons de faire», s'est-il défendu.

La secrétaire du Conseil d'établissement, Katherine Fréchette, n'en croit pas un mot. «En allant à un concert de l'école, j'ai vu une grosse grue et j'ai interrogé les travailleurs. L'un d'eux m'a dit qu'il y avait de la moisissure et qu'ils devaient tout démolir», a-t-elle raconté. Lors de la rencontre entre la DSP et les enseignants, la semaine dernière, la présence de moisissures aurait également été évoquée. D'autres tests de qualité de l'air seront effectués à la fin des travaux. «C'est inconcevable. C'est maintenant qu'il faut savoir si la qualité de l'air met en danger la vie des enfants», a insisté Mme Fréchette.

Chantal Laperrière refuse qu'on hypothèque la santé des enfants pour des questions d'argent. «La commission scolaire me dit que son parc immobilier coûte deux milliards et qu'il lui faut déjà injecter 500 millions en rénovations. Mais les trois visites de mon fils à Sainte-Justine et les enseignants retirés, ça coûte combien, ça? Ça doit certainement valoir un test de qualité de l'air.»

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