Places en garderie - Les pressions politiques ont fait dérailler le système

L'ex-ministre de la Famille, Michelle Courchesne, a exercé une pression sur le ministère pour que l'évaluation des nombreux projets de garderies se fasse au plus vite, malgré les avertissements des fonctionnaires qui jugeaient la chose complètement irréaliste, a confirmé au Devoir une source au cœur du dossier.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir L'ex-ministre de la Famille, Michelle Courchesne, a exercé une pression sur le ministère pour que l'évaluation des nombreux projets de garderies se fasse au plus vite, malgré les avertissements des fonctionnaires qui jugeaient la chose complètement irréaliste, a confirmé au Devoir une source au cœur du dossier.

L'ex-ministre de la Famille, Michelle Courchesne, a exercé une pression sur le ministère pour que l'évaluation des nombreux projets de garderies se fasse au plus vite, malgré les avertissements des fonctionnaires qui jugeaient la chose complètement irréaliste, a confirmé au Devoir une source au cœur du dossier. C'est ce qui aurait mené aux nombreux dysfonctionnements constatés par le Vérificateur général et l'Association des garderies privées du Québec (AGPQ), qui a révélé hier de nouvelles incohérences dans l'évaluation des dossiers.

«C'était une très grosse opération, et on était pressés dans le temps. Je ne sais pas si vous savez ce que c'est quand la ministre appelle et dit que ça ne va pas assez vite, mais on n'a pas eu le choix», a indiqué cette personne qui désire garder l'anonymat. Les fonctionnaires devaient travailler les fins de semaine et arrivaient le lundi «complètement brûlés». «C'était au-delà du raisonnable. Tout le monde a travaillé très fort et sous pression. Je veux bien croire qu'il y ait eu des erreurs», a-t-elle reconnu.

La peur aurait vite gagné les rangs des fonctionnaires devant l'ampleur de la tâche à accomplir. «On s'était préparés à recevoir 500 projets. Mais on en a eu quatre fois le nombre prévu. Ça met des tensions», a-t-elle poursuivi. «On a perdu le contrôle de l'opération. Il n'y a pas eu de contrôle de qualité et il n'y a pas eu de révision des dossiers.»

Voilà comment, explique cette source, ont pu se produire des erreurs d'évaluation telles que celles montrées du doigt par l'Association des garderies privées hier en conférence de presse. Son président, Sylvain Lévesque, a d'ailleurs réclamé la révision complète du processus d'attribution des places, afin de dissiper les doutes quant à la qualité des services de garde actuellement en fonction. «Qu'on arrête, pour des questions politiques, de ternir tout un réseau de garderies qui travaille fort et qu'on s'attarde aux déficiences du réseau. On demande donc que tout l'exercice soit revu [...] dans une commission sur l'administration publique», a lancé M. Lévesque. «On veut que l'Assemblée nationale et les députés reçoivent les fonctionnaires pour qu'ils expliquent comment ils ont fait leur choix.»

Visiblement en colère, le président de l'AGPQ s'est dit agacé des propos du vérificateur, repris par le député péquiste Nicolas Girard, qui concluaient que les trois quarts des projets retenus avaient obtenu une évaluation insatisfaisante en ce qui concerne la qualité. «Comment peut-on affirmer que 74 % des places développées étaient de piètre qualité? Nous, ce qu'on voit, ce n'est pas ça», s'est défendu M. Lévesque qui a demandé que l'on arrête de «faire peur aux parents».

Des irrégularités d'évaluation

Des documents obtenus grâce à la Loi sur l'accès à l'information démontrent qu'une propriétaire de garderie qui a présenté neuf projets dans différents endroits sur la Rive-Nord et à Montréal a reçu des notes complètement différentes malgré le fait que les demandes étaient identiques. Par exemple, sur deux projets de garderie de 80 places à Mirabel, l'un d'eux a reçu un «B» pour sa faisabilité et l'autre, une note plus faible, soit un «D». «Les fonctionnaires ne sont pas au diapason. On dit noir et on dit blanc au sein du même ministère pour les mêmes projets. Ça devient subjectif», a dénoncé le président de l'AGPQ.

La dame, dont le nom a été biffé dans les documents, est déjà gestionnaire de garderie et détient un diplôme en technique de la petite enfance. Elle a pourtant obtenu un pointage allant de 0/2 à 2/2 pour ses capacités de gestion dans les diverses demandes qu'elle a déposées, une évaluation non méritée, croit l'AGPQ. De plus, des rapports d'inspection du Bureau des plaintes ont été annexés à ses demandes, mais ceux-ci ne concernent pas des établissements dont elle est la propriétaire, indique-t-on.

L'AGPQ s'est également montrée très critique quant aux critères d'évaluation. Elle aurait souhaité que les besoins réels soient précisés en fonction des territoires afin de s'assurer de créer des garderies là où il y a un manque. «On a visé la pertinence des places au lieu de la qualité des services éducatifs», a déploré Sylvain Lévesque. Il ne cache pas qu'il aimerait revenir à la situation qui prévalait avant que les libéraux ne prennent le pouvoir, où des comités régionaux avaient leur mot à dire sur les places créées. «On décrie la situation depuis 2004, à partir du moment où le gouvernement n'a plus fait de consultation régionale. C'était une erreur majeure.»

Mercredi dernier, le vérificateur général du Québec, Renaud Lachance, avait souligné des irrégularités dans la planification et l'octroi de nouvelles places en CPE, en garderies subventionnées et dans les services de garde en milieu familial. En 2008, 18 000 places avaient alors été promises par la ministre Courchesne.

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