Il y a du cirque au cégep

Assïa Kettani Collaboration spéciale
La formation compte trois volets, dont «aréna». <br />
Photo: Photos Collège Lionel-Groulx La formation compte trois volets, dont «aréna».

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Un mélange d'escalade, de techniques de scène, de monde du spectacle et une pincée d'acrobatie: une formation continue en gréage de spectacles, qui s'adresse aux mordus des hautes voltiges à la lumière des projecteurs, est proposée par le collège Lionel-Groulx, en partenariat avec le Cirque du Soleil.

Le gréage de spectacles est longtemps resté un métier d'autodidacte: mise sur pied en 2009 par le collège Lionel-Groulx, la formation complète en gréage est unique au Québec. Spécialiste de l'accrochage du matériel, le gréeur est celui qui organise le plafond et qui suspend les équipements, que ce soit pour accrocher des éléments de décor, d'éclairage ou de son, ou encore des humains. Au cirque, sur les plateaux de tournage de cinéma ou d'émission de télé, dans les arénas ou encore dans de grands spectacles ou festivals, les besoins en matière de gréage sont pourtant nombreux. Pour un métier très spécialisé, le collège Lionel-Groulx a donc misé sur une formation très spécialisée, qui débouche sur une attestation d'études collégiales (AEC).

Combler des lacunes

Ce sont précisément les besoins en la matière qui ont incité André Simard, coordonnateur de l'AEC en gréage de spectacles et enseignant au département de théâtre du collège, à lancer l'idée de la formation. «Lors d'une assemblée annuelle d'En piste, l'association des artisans du milieu du cirque, des discussions ont abordé le thème du gréage. J'ai vu qu'il y avait des besoins dans le milieu et des lacunes dans l'enseignement. Toutes les compagnies de cirque cherchaient des gréeurs d'expérience. Il y en avait, mais la plupart étaient autodidactes, et il n'y avait aucune formation.»

Deux ou trois ans plus tard, le collège Lionel-Groulx accouchait de son AEC en gréage de spectacles. Le programme, d'une durée totale de 750 heures, se veut très complet afin de répondre aux besoins de tous les milieux qui sollicitent des gréeurs. «Même si le milieu du cirque a beaucoup de gréeurs, il ne s'agit pas du seul milieu concerné par la formation: le Centre Bell, les grands spectacles extérieurs, le cinéma avec ses effets spéciaux, par exemple, utilisent le gréage», précise André Simard. La formation compte ainsi trois volets: un volet acrobatique, destiné au milieu du cirque, un volet «aréna» et un autre volet qui couvre tout le reste, comme le cinéma ou les plateaux de télévision. «Nous voulons montrer un aspect complet du milieu.»

Avec le milieu

La formation a été conçue en collaboration avec plusieurs milieux professionnels. Au premier plan, le Cirque du Soleil et l'École nationale du cirque ont contribué à identifier les besoins de formation et à créer le programme. «Le Cirque du Soleil a beaucoup d'exigences en matière de gréage et nous a aidés à stimuler le travail de ce côté. Il nous a aidés à monter la formation, il nous prête des locaux, et plusieurs formateurs travaillent au Cirque du Soleil ou à l'École nationale du cirque», poursuit André Simard. Les professionnels du Centre Bell et du Palais des congrès font aussi partie des collaborateurs qui participent aujourd'hui en tant que formateurs.

Les 750 heures prévues par la formation sont réparties sur 40 semaines, de septembre à juin, surtout les soirs et les fins de semaine, et comprennent un stage de 120 heures. Du côté du contenu, la formation comporte deux aspects essentiels, nous explique André Simard. «Il y a l'aspect théorique, qui concerne la manière de procéder, les lectures de plan et l'information sur l'équipement. On apprend quels sont les différents types de câbles, par exemple, ou comment s'accrochent les crochets.» La formation compte aussi un cours d'introduction aux techniques de la scène, ainsi qu'un «bon rappel en matière de mathématiques, pour tout ce qui touche aux calculs de charge».

Pratique


L'autre aspect de la formation est d'ordre pratique. «C'est un aspect de la formation qui se rapproche des cours d'escalade: nous utilisons le même type de câbles, mais plus gros. Nous leur montrons comment monter au plafond, comment être suspendu, comment accrocher des câbles. Nous les familiarisons avec l'équipement qu'il faut acheter.»

La formation passe également par un travail pratique en laboratoire, avec du montage d'équipement. En juin, les étudiants participent au spectacle de fin d'année de l'École nationale du cirque et complètent leur formation pratique avec un stage en été au sein de compagnies comme le Cirque du Soleil, l'École nationale de cirque, le cirque Éloize, les 7 doigts de la main, APL Multimédia, le Palais des congrès, le Festival de jazz, Solothech, ou sur des plateaux de tournage.

Au coeur de la formation, l'accent est mis avant tout sur l'aspect sécuritaire du métier. «La sécurité est très importante, puisque le matériel est installé au-dessus des artistes et du public.» Les questions de sécurité président également à l'organisation de la formation elle-même: la formation compte une vingtaine d'étudiants, un nombre que le collège ne vise pas à dépasser en raison des exigences en matière d'encadrement.

Expérience

Pour acquérir la formation, une expérience dans le milieu ou en technique de scène est un atout. «Une formation en gréage peut venir compléter un travail en technique de scène. C'est un bon complément. Ainsi, les étudiants connaissent déjà les termes du milieu et savent comment ça fonctionne», précise André Simard.

Mais, avant tout, l'élément indispensable pour suivre cette formation est une bonne condition physique. «C'est un métier physique, avec des charges à soulever, un travail de terrain. Tous nos étudiants doivent être en bonne forme. Au moment de la sélection d'embauche, nous regardons le profil des candidats: nous faisons des tests pour savoir s'ils n'ont pas le vertige, s'ils aiment bouger. S'ils font de l'escalade, par exemple, c'est un bon atout.»

En lançant la formation, le collège Lionel-Groulx ne s'y est pas trompé: aujourd'hui, le programme accueille sa 3e cohorte, et 80 % des diplômés ont trouvé un emploi qui correspond à leur formation. «C'est normal: les besoins dans le milieu, on les sentait», rappelle André Simard.

Et, pour rester à la page des besoins du milieu ou des dernières techniques, la formation s'ouvre aux contacts à l'échelle internationale, notamment la France, pour voir ce qui se fait dans le même domaine, établir des contacts avec des gréeurs d'expérience et échanger des informations.

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Collaboratrice du Devoir