Ah, les humanités... ou les ambitions du Collège néo-classique

Avec comme visée d'«offrir le meilleur des études classiques aux leaders de la génération montante», le Collège néo-classique se propose de combler les lacunes de notre système d'éducation et des multiples réformes auxquelles est soumis ce dernier. C'est du moins ce que préconise l'instigateur de ce collège, Guillaume Lavoie, jeune trentenaire fringant, originaire de la route rurale no 4 au Saguenay.

L'étincelle de ce projet lui est venue d'une part de sa fascination pour ce qu'étaient les études classiques et d'autre part, de sa frustration. «Je voyage beaucoup et je rencontre des gens qui ont fait les études classiques et je vois toute la profondeur et les outils que ça leur a donnés et que je n'ai pas eus», a-t-il expliqué.

Guillaume Lavoie, aussi chargé de cours à l'École nationale d'administration publique, estime que dans notre société hyperspécialisée et compartimentée, on perd contact avec un sens historique des événements, on a de moins en moins de recul par rapport aux discours ambiants. «Il faut avoir le nez moins collé sur l'arbre et voir la forêt». Les sessions intensives sont d'une journée ou plus et abordent des sujets tels que «nations et nationalismes», «religion et État», «États et pouvoirs».

Nostalgie

Le défi est de taille: concentrer en un cours qu'il qualifie de «cafétéria», en un stage ou plusieurs si l'on s'attaque aux vertus de la rhétorique, tout ce que nous aurions pu savoir, connaître et comprendre en huit années de cours classique. Fort conscient de cela, il affirme tout de même avoir «la nostalgie des choses qui marchent». S'il avait pu suivre «les humanités», comme on les appelait avant, il n'aurait jamais pensé à fonder ce collège.

Les nouvelles réformes de l'éducation, qu'il nomme «les nombreuses déformes», lui apparaissent totalement inefficaces. «Si on regarde le résultat aujourd'hui, versus les 20 réformes, je pense que si on n'avait pas réformé, les résultats seraient meilleurs. Si le but est de rendre les enfants heureux, on se trompe. Ça n'a jamais été le fun d'apprendre la grammaire ou les tables de multiplication», explique-t-il. «Si la logique est de baisser la barre, pour que tout le monde soit au-dessus, tu es condamné à devoir toujours la baisser», renchérit-il.

Une formation à la carte

Donc une formation expresse sous la houlette de Maxime Allard, président du Collège universitaire dominicain, visant et accueillant des jeunes entre 25 et 30 ans qu'il voit comme des gens «curieux, intelligents, mais qui n'ont pas beaucoup de temps», des gens qui occupent actuellement des postes de décision et qui vont exercer, selon lui, énormément d'influence sur ce que le Québec va devenir dans cinq ans.

Cette formation qui, semble-t-il, a déjà eu beaucoup de succès depuis sa création en 2010, n'a toutefois pas été approuvée par le ministère de l'Éducation. Mais Guillaume Lavoie, qui est également directeur général de Mission leadership, espère pouvoir très bientôt en arriver à une attestation d'une instance officielle au Canada.

On peut toujours s'interroger: les réformes jugées défaillantes, par qui ont-elles été conçues, prônées et lancées, si ce n'est par des personnes issues précisément du cours classique, des personnes ayant eu beaucoup plus de temps... à leur époque. Et puis, ces «humanités», aussi garantes soient-elles d'une plus grande culture générale, ont-elles pour autant abouti à une meilleure humanité?