Laboratoire Mus-Alpha - Mots et musique cohabitent favorablement

Frédérique Doyon Collaboration spéciale
Jonathan Bolduc a fondé le Laboratoire Mus-Alpha avec une poi-gnée de collaborateurs. <br />
Photo: Source Mus-Alpha Jonathan Bolduc a fondé le Laboratoire Mus-Alpha avec une poi-gnée de collaborateurs.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

L'éducation musicale contribue au développement global dès la petite enfanceLa musique est douce aux jeunes oreilles. Les enfants d'âge préscolaire apprendront plus aisément à lire et à écrire s'ils s'engagent quotidiennement dans une activité musicale. Le constat dérive d'une étude menée par Jonathan Bolduc, chercheur et professeur à l'Université d'Ottawa, qui en présentera les tenants et aboutissants au congrès de la Fédération des associations de musiciens éducateurs du Québec.

On connaissait déjà les vertus de l'écoute de la musique pour le cerveau et l'intelligence. Et celles de l'apprentissage de la musique pour le développement des facultés cognitives. On sait que langage et musique stimulent des zones connexes du cerveau. Mais on ne sait pas exactement comment tout cela s'opère.

L'équipe de Jonathan Bolduc a poussé l'hypothèse un peu plus loin. Le postulat de départ? «Le lien entre l'apprentissage de la musique et l'apprentissage du langage», explique M. Bolduc. Oui, le lien s'est avéré. Mais les résultats n'ont pas abouti tout à fait là où on les attendait...

Jonathan Bolduc est professeur agrégé en culture et littératie depuis 2006. Grâce à une subvention récente, il a fondé le Laboratoire Mus-Alpha avec une poignée de collaborateurs. Le laboratoire lui permet de mener des recherches de pointe en éducation musicale et en langage auprès d'enfants âgés de quatre à douze ans, soit des terrains encore peu explorés en pédagogie. Des ateliers y sont aussi offerts aux enseignants et éducateurs de la petite enfance pour assurer une meilleure éducation musicale en contexte éducatif.

Une comptine par semaine

En janvier dernier, l'équipe du professeur Bolduc y a reçu pendant dix semaines 160 élèves âgés de quatre ou cinq ans. À chaque période hebdomadaire de 40 minutes, ils découvraient une nouvelle comptine.

Pourquoi si jeunes? «À cet âge, comme ils n'ont pas encore appris la lecture, on voit plus facilement l'impact de la musique sur les habiletés de littératie», note M. Bolduc.

Les élèves ont été répartis dans quatre groupes. Le premier groupe apprenait la comptine en conjonction avec une stimulation musicale (rythmique et mélodique). Le second découvrait la comptine à travers la stimulation langagière, avec une orthophoniste qui décomposait les mots en syllabes, en rimes et en phonèmes. Le troisième recevait une éducation combinée, musicale et langagière, tandis que le quatrième groupe formait le groupe témoin, écoutant la comptine pendant des activités libres, sans stimulation particulière.

Lorsqu'ils ont repassé les tests langagiers auxquels ils avaient été soumis avant les ateliers, «les enfants des trois groupes à intervention ciblée ont amélioré leurs habiletés de conscience phonologique (identification des syllabes, des rimes et des phonèmes), indique M. Bolduc. [À ce titre], les résultats des trois groupes étaient équivalents. Ce qui ressort, toutefois, c'est l'amélioration de la mémoire auditive verbale chez les élèves qui intégraient la musique. Leurs résultats dans cette tâche étaient de trois à quatre fois supérieurs à ceux des autres élèves.»

Ces résultats ouvrent ainsi la voie à de nombreux autres projets. Non seulement ils réitèrent l'impact positif de la musique sur le développement des facultés cognitives, mais ils le précisent aussi. «On peut prétendre que la mémoire verbale serait l'un des éléments catalyseurs qui permettraient d'effectuer des transferts sur le plan des apprentissages, notamment en lecture et en écriture», note le professeur et chercheur.

Autrement dit, l'éducation musicale contribuerait significativement au développement global dès la petite enfance.

Résultats et outils

Ces résultats, M. Bolduc les présentera plus en détail lors d'un atelier tenu au congrès de la FAMEQ, du 17 au 19 novembre prochain. Il s'attardera aussi à expliquer comment son équipe a développé les outils de sa recherche. Car chaque comptine a été créée sur mesure pour la recherche, avec des tensions rythmiques, des mots courts, longs et inventés, devant lesquels chaque enfant serait en quelque sorte égal aux autres.

«Chaque comptine avait une structure musicale différente et un aspect phonologique important; elle comportait au moins deux rimes et un mot inventé, qui permet de développer le lexique chez les enfants», explique le chercheur.

Jonathan Bolduc détient un baccalauréat en musique de l'Université de Montréal. Ses intérêts pour l'éducation et l'apprentissage en milieu scolaire l'ont ensuite amené à acquérir une maîtrise en didactique du français au même établissement. Après ses études de

2e cycle, il décroche un doctorat en éducation musicale à l'Université Laval. Ses travaux ont été publiés dans plusieurs revues scientifiques et présentés lors de colloques savants dans de nombreux pays.