Hausse des droits de scolarité: une large foule manifeste à Montréal

Les organisateurs estiment que plus de 20 000 manifestants sont présents.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les organisateurs estiment que plus de 20 000 manifestants sont présents.

Des milliers d’étudiants ont manifesté aujourd'hui après-midi au centre-ville de Montréal pour dénoncer la hausse des droits de scolarité universitaires annoncée par le gouvernement Charest.

Selon la Fédération étudiante universitaire du Québec, il s’agit de l’une des plus importantes manifestations étudiantes jamais vue dans la province. On évalue la foule à environ 12 000 personnes.

Lorsque les étudiants sont arrivés sur la rue McGill College devant les bureaux montréalais du premier ministre Jean Charest, la police n’a pu les empêcher d’envahir la rue Sherbrooke, qu’ils bloquent désormais à la circulation automobile, ce qui rend les policiers plus nerveux.

Vers 17 h, les manifestants commençaient à se disperser ou à rejoindre leur autobus pour regagner leur région. Tout au long de l’après-midi, les étudiants ont dansé et scandé des slogans sans répit, dont plusieurs directement adressés au premier ministre Jean Charest — «Charest salaud, on aura ta peau!». Des haut-parleurs placés sur un camion qui ouvrait la marche faisaient retentir des chansons de protestation dont «Libérez-nous des libéraux» de Loco Locass.

Les milliers de manifestants s’étaient d’abord rassemblés à la place Émilie-Gamelin, alors que les parapluies se mêlaient aux pancartes qui dénonçaient la décision du gouvernement Charest. Malgré la pluie, les jeunes débordaient d’enthousiasme et ont accueilli sous les applaudissements — et faisant retentir leurs instruments de musique — le début des discours des représentants étudiants, qui ont précédé le début de la marche.

Les étudiants ont entrepris leur défilé vers 14 h 45 sur la rue Berri, alors que les policiers de l’unité antiémeute les escortaient, tout en demeurant discrets.

En matinée, des dizaines d’autobus avaient convergé vers la métropole. Les organisateurs espéraient que des dizaines de milliers d’étudiants des universités et des cégeps de partout au Québec répondraient à l’appel.

Plus de 200 000 étudiants sont en grève ou en «levée de cours» aujourd'hui pour participer à la grande marche, ont rappelé les organisateurs. Il s’agit de près de la moitié des étudiants de niveau post-secondaire dans la province.

Les centrales syndicales québécoises ont déjà indiqué qu’elles appuieront les étudiants. Des membres de la Centrale des syndicats du Québec, notamment, devaient d’ailleurs marcher à leurs côtés.

La hausse prévue pour l’inscription à l’université est de 1625 $ sur cinq ans — ou 325 $ par année —, portant la facture à 3793 $ en 2016. Il s’agit d’une croissance de 75 pour cent en cinq ans.

Cette augmentation aura des conséquences négatives sur l’accès aux études, dénoncent les étudiants. «L’accès à l’éducation est un droit et, à ce titre, il ne devrait pas être réservé à ceux et celles qui pourront payer», a dénoncé Keena Grégoire, de la faculté des arts de l’UQAM, dans un communiqué.

Les étudiants espèrent toujours que Jean Charest fera marche arrière. Mais celui-ci a fermement indiqué, hier, qu’il entendait maintenir le cap. Le gouvernement soutient que les droits de scolarité au Québec sont les plus bas au pays. La hausse est nécessaire, selon le gouvernement, pour assurer un enseignement de qualité.

Le Parti québécois s’est opposé à la décision du gouvernement libéral, en soutenant que l’augmentation découragera les étudiants à poursuivre leurs études et alourdira le fardeau financier des parents.

Des députés péquistes devaient d’ailleurs prendre part à la marche, tout comme Françoise David et Amir Khadir, les deux coporte-parole de Québec solidaire.

Quant à la Conférence des recteurs et principaux des universités du Québec (CREPUQ), elle estime que tous ceux qui bénéficient de l’éducation devraient y contribuer — la société, mais aussi les étudiants.

«On considère que cette hausse annoncée est raisonnable, et on a toujours soutenu qu’il fallait qu’il y ait une bonification des programmes de prêts et bourses au même moment qu’une hausse, et cela a également été annoncé», a indiqué jeudi matin le président-directeur général de la CREPUQ, Daniel Zizian.

Il affirme que tous les étudiants boursiers actuels ne seront pas touchés par la hausse, parce que leur bourse sera augmentée en conséquence. Selon lui, sans cette augmentation des droits, le financement des universités sera à risque. Cette position est partagée par plusieurs associations patronales.

Mais les étudiants pourront compter sur l’appui des professeurs de l’UQAM. Réunis en conseil syndical, ils ont voté hier une résolution à l’unanimité contre la hausse des droits de scolarité, et ont incité les professeurs de l’UQAM à participer massivement à la manifestation.

29 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 10 novembre 2011 16 h 30

    Est-ce si nécessaire d'avoir autant d'universitaires?

    Tout d’abord, est-ce que la fréquentation de l’université est un droit ou un privilège? Tout dépend de ce choix. Moi, je crois que c’est un privilège parce qu’il n’est pas nécessaire d’être universitaire pour vivre aujourd’hui.

    Maintenant, là on entend toutes sortes d’opinions, de choix, de raisons, etc pour ou contre. Mais l’autre question à se poser : Avons-nous, comme société, autant besoin d’universitaires? Selon certains étudiants, c’est la société qui doit tout payer. Nos grands universitaires, particulièrement des sciences sociales et politiques, nous gavent de leurs brillants exposés à ce sujet. Il est quand même bizarre que peu d’étudiants en administration, soins de santé, notariat, etc. soient dans la rues avec les autres étudiants.

    QUESTION : Combien de diplômés de toutes sortes de facultés travaillent-t-ils dans le domaine étudié?

    EXEMPLE : Il y a 100,000 étudiants universitaires (ce chiffre n’est pas bon et ne sert que comme exemple). Mais que dans les faits, seulement 56,000 étudiants trouvent un travail dans le domaine étudier. Donc, vitement calculer, on peut dire jusqu’à un certain point, que la société a payé des études inutilement à 44,000 personnes. Ce n’est pas banal. Je sais, plusieurs journalistes en autre, vont nous dire qu’ils ont étudié en droit mais que… etc. Enlevons ces faux éléments qui pourraient truquer les statistiques. Il ne resterait que 35,000 ( je crois être généreux). Donc deux situations`
    1- D’un côté, on priverait 9000 personnes d’études universitaires.

    2- De l’autre, la société sauverait l’équivalent de 35,000 frais d’étude de BAC non nécessaire?

    Maintenant : manquons-nous de personnes qui ont des métiers? Si OUI, là est notre réponse comme société. Vaut-il mieux un universitaire sur le chômage (encore pire quand on doit calculer les immigrants) qu’un briqueteur ou une plombière, etc. qui t

  • Jean Lapointe - Abonné 10 novembre 2011 16 h 40

    Plus de 20,000 au moins.


    Ils sont passés devant chez moi. Ils étaient plus de 20,000 c'est sûr.

    J'ai l'impression qu'ils devaient être autour de 50,000. Sous toutes réserves parce que je n'ai pas l'habitude d'évaluer des foules.

    En tout cas il y avait du monde. ET j'en suis ravi.

    Espérons qu'il y aura des suites positives à cette manifestation.

    Ce serait bien si Cap sur l'indépendance pouvait attirer autant de monde lors de la prochaine manifestation.

    Pour ce qui est des frais de scolarité ce que je déplore c'est le fait qu'on ne parle que de chiffres.

    Ce qu'il faudrait ce serait une politique claire en matière d'enseignement supérieur.

    Voulons-nous oui ou non faire de l'éducation une priorité ? Et en faire une priorité¸qu'est-ce ça voudrait dire?

    Une fois la politique établie, on s'interroge sur les meilleurs moyens de financer cet enseignement.

  • Nicole Lamarre - Inscrit 10 novembre 2011 16 h 55

    Education un droit et non un privilège

    Avec tout le gaspillage qui se fait au gouvernement, ils sont très mal venus d'augmenter les frais de scolarité. L'appui des recteurs à l'augmentation des frais de scolarité me donne envie de vomir (surtout après l'ilôt voyageur).
    C'est drôle, notre bon gouvernement ne remet jamais en guestion la gestion des universités??

  • Simonov - Inscrit 10 novembre 2011 17 h 09

    L'éducation est une priorité

    C'est au Québec que l'on a les frais de scolarité les plus bas au Canada... et puis? La scolarité devrait être gratuite, c'est là un principe important pour garantir l'égalité des chances. Augmenter les frais de scolarité ne pénalise que les plus pauvres et les condamne à rester dans l'ignorance, les systèmes de prêts et bourses étant largement insuffisants. De plus, l'augmentation des frais oblige bon nombre d'étudiants à travailler pendant leurs études, augmentant le stress qui pèse sur eux et affectant leur performance à la baisse. Là on peut parler de gaspillage de fonds. En France, il est mal vu qu'un étudiant ait un emploi pendant ses études, pourquoi est-ce différent ici?

    Quant aux commentaires sur l'utilité de certaine disciplines, il est inutile de spécifier qu'elles sont toutes importantes, même les sciences humaines. Eh oui! Il ne faut pas oublier que ce sont eux qui étudient nos problèmes sociaux et qui apportent des solutions. Peut-être que si on leur accordait un minimum d'attention on aurait moins de problèmes au Québec. Mais lorsqu'on s'en prend à un groupe, c'est toujours plus facile de viser ceux qui sont le plus au courant des enjeux sociaux et qui s'indignent le plus.

    De plus, la connaissance n'est jamais une source de gaspillage de fonds. Si le peuple québécois était plus éduqué politiquement, socialement et économiquement, il se laisserait moins mené en bateau par les populistes et les néolibéraux. Est-ce que c'est des pertes d'argent ça? Je n'ai absolument rien contre les métiers, la classe ouvrière est importante pour une société. Mais il y a des gens qui ont beaucoup plus à donner à la société en travaillant avec l'esprit plutôt qu'avec leurs bras.

    Cette manifestation ne devrait pas être pour la baisse des frais de scolarité, mais pour leurs abolition! À bas le néolibéralisme et l'idéologie gestionnaire, marchons en avant!

  • Michele Johnston - Inscrit 10 novembre 2011 17 h 19

    Pas la mer à boire!

    Je suis d'accord avec cette hausse. Comme je le suis avec une forme de ticket modérateur au niveau des soins de santé. 325$/année n'est pas la mer à boire et ne compromet pas l'existence d'un «droit» à l'éducation, largement reconnu et mis à exécution par l'État Québecois. Je paie personnellement ma très très large part de taxes et d'impôts et comme tous les contribuables, je pleure sur ma marge de manoeuvre qui rétrécie à vue d'oeil. Mais on est rendu là; l'effort individuel requis des étudiants n'est pas disproportionné, ni insurmontable et je pense que nous demeurons toujours des citoyens privilégiés malgré cette hausse. Que les étudiants coupent sur autre chose; en une (1) année, personne ne viendra me convaincre que d'amasser 325 $ est une entreprise si hardue. Au surplus, çà les responsabilisera davantage. Ayons les moyens de nos ambitions et cessons de pleurer constamment sur des vétilles. Je dénote trop souvent un manque de tonus au Québec, et une tendance à l'apitoiement et au misérabilisme. Des Françoise David et des Kadir se font du capital politique là-dedans et celà n'aide en rien ceux-qui ont besoin d'un coup de pied au derrière!