Commissions scolaires: la CSQ menace de partir en guerre contre Québec

Pour le président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Réjean Parent, les politiciens sont «tous devenus fous» à vouloir «déconstruire» un système d’éducation certes perfectible, mais qui a fait ses preuves.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Pour le président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Réjean Parent, les politiciens sont «tous devenus fous» à vouloir «déconstruire» un système d’éducation certes perfectible, mais qui a fait ses preuves.

Québec — Les syndicats de l’enseignement menacent de partir en guerre contre le gouvernement si jamais il s’avise de sabrer dans le budget des commissions scolaires. Pour le président de la Centrale des syndicats du Québec, Réjean Parent, les politiciens sont «tous devenus fous» à vouloir «déconstruire» un système d’éducation certes perfectible mais qui a fait ses preuves.

Réunies à Montréal, les instances de la CSQ n’ont exclu aucun moyen aujourd'hui, y compris le recours à la grève, pour empêcher le gouvernement de couper de moitié les vivres aux 69 commissions scolaires déployées sur le territoire québécois.

«Les 300 délégués qui étaient là ce matin sont montés au plafond! Pour la centrale, c’est une déclaration de guerre. Je peux vous dire qu’il y a des gens dans la salle qui n’excluaient aucun moyen, aucun moyen, parce que là, ça suffit. Va falloir revenir au bon sens», a lancé M. Parent, en point de presse.

«On ne laissera pas les destructeurs poursuivre leur oeuvre sans qu’ils nous trouvent sur leur chemin», a-t-il poursuivi.

La ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, a annoncé hier son intention d’amputer de près de 300 millions le budget administratif des commissions scolaires sur une période de trois ans. L’objectif visé par la ministre est d’accorder plus de pouvoirs et d’autonomie aux directions d’école.

Mais la CSQ prévient qu’elle ne laissera pas le gouvernement sabrer 300 millions dans le système d’éducation alors que le réseau, selon elle, manque cruellement de ressources.

De fait, l’argent économisé grâce à la réforme proposée par Mme Beauchamp ne serait pas redistribué en totalité aux écoles. Des fonds seraient cependant transférés aux établissements en échange d’une reddition de compte et en vertu de critères de réussite.

De l’avis de la CSQ, ce mécanisme ne fera qu’encourager «la tricherie» et le «gonflement des résultats» dans les établissements à la recherche d’un meilleur financement.

«Ça nous éloigne de la mission éducative, ça n’améliorera pas la situation des élèves. Au contraire, les élèves qui ont le plus de difficultés seront laissés pour compte», a prédit M. Parent.

Le chef syndical a aussi exprimé son ras-le-bol d’entendre les leaders d’opinion, qu’ils soient à l’Assemblée nationale ou dans les coulisses comme François Legault de la Coalition pour l’avenir du Québec (CAQ), prendre les commissions scolaires pour cible. «Ils sont tous devenus fous [...] ça n’a pas de sens ce qui est en train de se passer dans la politique québécoise, de vouloir déconstruire un système d’éducation qui somme toute a produit des effets importants pour la société», a-t-il pesté.

La CSQ pourra compter sur l’opposition péquiste dans sa lutte pour «sauver» les commissions scolaires.

Ces dernières jouent un rôle essentiel pour assurer une distribution équitable des ressources sur l’ensemble du territoire, a fait valoir le porte-parole de l’opposition officielle en matière d’éducation, Sylvain Gaudreault.

«La grande vertu des commissions scolaires, c’est l’équité sur le territoire. Je veux bien donner plus de pouvoirs aux écoles, mais il faut s’assurer d’une équité dans les ressources», a-t-il dit.

Le député de Jonquière soupçonne le gouvernement de vouloir «sans le dire» faire payer aux commissions scolaires le prix de sa lutte au déficit.

Si la ministre Beauchamp veut réellement alléger la bureaucratie trop lourde, elle n’a qu’à abolir les Directions régionales du ministère de l’Éducation, a soutenu M. Gaudreault.

«C’est là que se trouve la bureaucratie», a-t-il évoqué.

Quant à elle, la chef péquiste Pauline Marois a dit prendre la sortie de Mme Beauchamp «avec un grain de sel».

Alors que s’amorce le congrès du Parti libéral du Québec (PLQ), le gouvernement tente manifestement de retenir dans le giron du PLQ des militants intéressés par les idées de M. Legault, a analysé Mme Marois.

Au-delà des considérations partisanes, la leader péquiste a invité le gouvernement à réinvestir dans les services éducatifs avant de s’attaquer aux structures.

«Avant de vouloir revoir les structures, il y a nécessité de réinvestir davantage auprès des professionnels et des jeunes», a-t-elle soulevé.
13 commentaires
  • Roland Berger - Inscrit 21 octobre 2011 14 h 46

    Contre l'abolition...

    Le PlQ est officiellement contre l'abolition des commissions scolaires. La coupure annoncée est-elle un moyen détourné pour les faire disparaître ? Reste à voir si la Ministre prendra les moyens de restreindre la réduction de fonds à l'administration des commissions scolaires ? Pas facile à faire.
    Roland Berger

  • Bernard Gervais - Inscrit 21 octobre 2011 15 h 29

    Entre dire et faire

    Pas de doute : Jean Charest cherche à imiter François Legault qui a lui-même probablement emprunté l'idée d'abolir les commissions scolaires à Mario Dumont.

    Cependant, pensez-vous que ces organismes vont se laisser faire, si on tente de réduire leurs subventions ou de les abolir ? Avec leurs alliés, ils feront tout pour s'y opposer.

    Quand j'entends M. Legault déclarer, comme il l'a fait lors de l'assemblée de sa CAQ hier à Québec, que, si la population le voulait, il réussirait à rouvrir les différentes conventions collectives du milieu de la santé ! Plus facile à dire qu'à faire !

  • André Michaud - Inscrit 21 octobre 2011 15 h 31

    Statu quo ?

    Les apôtres du statu quo n'ont pas grands résultats à nous offrir... eux qui prétendent que la bureaucratie actuelle est essentielle...!!

    Heureusement les citoyens semblent derrière M.Legault pour débureaucratiser l'éduction et la santé, et le parti Libéral l'a compris. Évidemment les bureaucrates patronaux et syndicaux feront tout pour aller contre cette volonté populaire et protéger leur job..

    Les citoyens devront eux-aussi se mobiliser pour appuyer M.Legault, sinon il aura la partie difficile devant les millions des syndicats et la machine syndicale... Souhaitons que la volonté populaire soit respectée par les employés qui peuvent avoir des avantages à la débureaucratisation, comme ce fut le cas en Europe du nord.

  • Marie-Michelle Poisson - Inscrite 21 octobre 2011 15 h 41

    Mais beaucoup d'argent pour des gadgets...

    Comment se fait-il que ce gourvernement a trouvé l'argent pour des gadgets comme ces tableaux électroniques interractifs qui sont sensés contrer le décrochage scolaire (sic) en rendant plus attrayants les apprentissages? Tableaux high-tech qui laissent perplexes la plupart des profs d'expérience qui savent très bien, qu'une fois tombés en panne il faudra bien revenir aux bonnes vieilles méthodes ( un tableau noir, une craie blanche et quelques feuilles et des crayons pour compléter les exercices...) qui ne coûtent à peu près rien.
    Il y a des choix bugétaires qui devraient être mis en perspective.

  • François Ricard l'inconnu - Inscrit 21 octobre 2011 16 h 50

    Abolition quand tu nous tiens...

    je veux bien qu'on abolisse les commissions scolaires. Mais il ne faudrait pas oublier d'abolir les taxes scolaires aussi. Cela va de soi.
    N'est-ce pas là une autre ré-ingénierie de l'état qui nous a conduit au régime de collusion et de corruption dans le domaine de la construction?
    Pourquoi s'en prendre toujours aux structures plutôt qu'au fonctionnement? S'il y a des rats dans un édifice, ce n'est pas parce qu'il est carré, ou bien rond. ou bien en hauteur qu'il y a des rats. Et si je le jette par terre, les rats iront ailleurs.
    Des simplicités à la Dumont, à la Legault....