L'école, comme dans le temps

Une classe reconstituée d’une école d’Hochelaga-Maisonneuve à l’époque de la Grande Dépression.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Une classe reconstituée d’une école d’Hochelaga-Maisonneuve à l’époque de la Grande Dépression.

Des images pieuses de la Sainte Vierge et des dactylos vintage, des petits catéchismes et des uniformes brodés. Une impressionnante collection d'artefacts de l'école d'antan (1860-1960) est exposée au Musée du Château Dufresne jusqu'au 23 février. Pour les nostalgiques de la petite école ou les curieux qui souhaitent la découvrir.

Les murs austères de la salle de classe sont couverts d'images religieuses. Au centre, les pupitres en bois sur lesquels sont déposés plume et encrier s'alignent en rangées bien droites. Devant une grande ardoise noire, la soeur Ida de Saint-Antoine et le frère Marcellin se tiennent debout prêts à faire réciter aux élèves le petit catéchisme. Ici, pas d'ordinateur et encore moins de tableaux interactifs. Nous sommes en 1930, à l'époque de la Grande Dépression, dans une classe reconstituée d'une école d'Hochelaga-Maisonneuve.

C'est un fascinant voyage dans le temps que propose le Musée du Château Dufresne en lançant son exposition L'école d'antan (1860-1960), qui pourra être visitée jusqu'au 23 février 2012. L'exposition, qui porte principalement sur les écoles dans le milieu ouvrier d'Hochelaga-Maisonneuve 100 ans avant la Révolution tranquille, est ouverte à tous: les curieux âgés de 6 à 55 ans pourront découvrir ce monde disparu, alors que les 55 et plus se rafraîchiront la mémoire pour revivre leur enfance passée sur les bancs d'école.

S'inscrivant dans le cadre d'un projet pédagogique notamment en partenariat avec des écoles de milieux défavorisés, le musée offre aussi à des élèves de 5e et 6e année de venir vivre une journée à l'école de leurs grands-parents. Affublés de costumes à la mode des années 30 — la petite robe de couleur sobre pour les fillettes et les chemises cravatées et les «brétchish» (pantalons courts) pour les garçons —, les enfants recevront des enseignements de l'époque: tandis que les filles apprendront la bienséance, la couture et l'histoire sainte, les gars devront décrire des objets, chanter et étudier les sciences naturelles.

L'expérience sera totale: récitation des prières, écriture à l'encre avec plume et, en prime, un repas version Grande Dépression composé de galette de sarrasin et de lait servi dans une tasse en tôle émaillée. Les enseignants, le frère Marcellin et la soeur Ida de Saint-Antoine, seront joués par des comédiens. «L'idée n'est pas d'endoctriner les jeunes, mais de les faire remonter dans le temps pour leur faire comprendre ce qu'il y avait de différent à l'époque», a expliqué, enthousiaste, le commissaire de l'exposition, Robert Cadotte. «C'est tripatif faire ça!»

Artefacts et autres anecdotes

L'exposition découle d'un projet de M. Cadotte qui, à l'époque où il était commissaire scolaire dans Hochelaga-Maisonneuve, avec d'autres, avait commencé à écrire les histoires des écoles. Depuis, il a fouillé les greniers des congrégations religieuses, les archives des commissions scolaires et remué la poussière des brocantes, en plus d'enquêter auprès de ceux qui ont connu l'école d'autrefois. La collection d'artéfacts qu'il a ainsi rapaillés aura de quoi ravir — ou épouvanter — les nostalgiques. Du gramophone 78 tours à l'épiscope (ancêtre du «projecteur de PowerPoint») en passant par les petits Chinois à 10 cents et le cahier de strappe, où on écrivait le motif de la punition et le nombre de coups qui étaient administrés. Vous souriez? «Le truc, c'était de se frotter les mains sur le béton granuleux juste avant, ça faisait moins mal», a dit Robert Cadotte, en assurant qu'il a appris la ruse des voyous de son quartier et non pas parce qu'il avait été meurtri de l'horrifique lanière de cuir.

Abordant notamment les thèmes de la religion, du patriotisme et même du monarchisme, l'exposition possède aussi son lot de bouquins, de petits catéchismes et de documents. Les visiteurs pourront lire des extraits d'anciens bulletins, de méthodes d'anglais comprenant les leçons de «John and Mary go to school», le livre de cuisine La vie au foyer, succès de vente de 1927 de soeur Catherine de Cardone, de la congrégation du Saint nom de Jésus et de Marie, et des rapports d'inspecteurs qui font sourire en coin. «Les prières qui sont d'usage au commencement et à la fin de chaque exercice sont faites avec une volubilité et une intensité qui n'ont pas leur raison d'être. Je veux bien admettre que le bon Dieu n'exauce pas toujours les prières et les demandes que nous lui adressons, mais je ne puis admettre qu'il soit sourd et qu'il faille crier à tue-tête pour se faire comprendre», écrivait en 1927 un prêtre visiteur, visiblement courroucé.

Des enseignements toujours d'actualité

Parfois, le passé lointain trouve des échos dans ce qui se fait aujourd'hui. C'est le cas notre système d'éducation fraîchement réformé, qui, avant de se raviser, proposait il n'y a pas si longtemps un modèle de bulletins non chiffrés, sans moyenne ni rang scolaire... exactement comme c'était le cas chez les protestants dans les années 50. «Les protestants réussissaient bien à l'époque, ils allaient davantage à l'université. Et les parents ne semblaient pas trouver ça compliqué. Pourquoi on trouve que ce genre de bulletin est une catastrophe nationale?», a lancé Robert Cadotte, qui a des affinités avec certains aspects de la réforme.

Ses recherches dans les archives lui ont également permis de constater qu'au début du siècle, les écoles chrétiennes de garçons étaient très axées sur le sport et que le corps professoral était composé exclusivement d'hommes, soit deux solutions qui sont prônées aujourd'hui pour contrer le décrochage. Or, déjà à l'époque, des rapports faisaient état de la démotivation des garçons et de leurs moins bons résultats comparativement aux filles. «La solution qu'on veut mettre en pratique a déjà été expérimentée et elle a démontré que ça ne fonctionnait pas. Il faut chercher ailleurs», a insisté M. Cadotte.

L'exposition fait ainsi voyager le visiteur, dans des va-et-vient entre le présent et le passé. Alors que la ministre de l'Éducation vient d'annoncer que toutes les classes de 6e année devront obligatoirement enseigner l'anglais intensif, certains seraient surpris d'apprendre que près de 40 ans après le rapport Durham, soit vers 1880, les élèves de première année recevaient déjà 7 heures d'enseignement d'anglais et 8 heures d'enseignement de français. À partir de la 4e année, ce ratio s'inverse... c'est toujours 7 heures d'anglais, mais il n'y a que 6 heures de français. «C'était l'assimilation forcée. À cette époque-là, c'était le clergé qui contrôlait tout et décidait des orientations générales. Et si vous vous souvenez, on s'agenouillait souvent devant la monarchie d'Angleterre.»

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