Éducation des adultes - Lorsque la francisation s'adapte à la réalité

Martine Letarte Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Éducation - École publique

Certains immigrants n'ont pratiquement pas fréquenté l'école dans leur pays d'origine. D'autres ont une famille à nourrir et ont besoin d'un travail au plus vite. Les élèves des centres de francisation de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) ont différents besoins. Pour y répondre, des initiatives ont été mises en place.

Des femmes inscrites en francisation au Centre William-Hingston, dans le quartier Parc-Extension, font aussi une formation pour devenir aides-éducatrices en service de garde. Cette initiative est possible depuis six ans grâce à un partenariat avec le Centre Champagnat.

«Plusieurs femmes peu scolarisées en francisation gardaient déjà des enfants de façon informelle. Nous avons pensé leur donner accès à cette formation qui mène à un métier semi-spécialisé», indique Jean Dupont, directeur du Centre William-Hingston de la CSDM.

Au lieu de faire 30 heures de francisation par semaine, ces femmes en font 10. Les 20 autres heures sont consacrées à l'apprentissage du métier en français.

«Le programme complet de francisation du ministère de l'Éducation, des Loisirs et du Sport (MELS) a six niveaux d'une durée de deux mois chacun. À partir du niveau 4 environ, elles en savent suffisamment pour être capables de faire la formation d'aides-éducatrices», affirme M. Dupont.

En plus de leur apprendre un métier, l'initiative permet d'éviter des abandons.«C'est souvent au niveau 4 que les immigrants cessent leur programme de francisation pour essayer de se trouver du travail. L'apprentissage d'un métier est très motivant pour elles», remarque le directeur du Centre qui accueille environ 600 personnes en francisation.

Pourquoi ne pas offrir la possibilité d'apprendre d'autres métiers?«Nous souhaitons le faire. Le défi est de trouver des métiers qui conviennent avec de bons débouchés», affirme M. Dupont.

Il souhaite également que plus de mesures favorisent le passage des élèves en francisation vers les diplômes d'études professionnelles (DEP). «Il y a de petites choses qui se font, mais il faut rejoindre plus de gens. Ce qui est difficile pour eux, c'est le vocabulaire. Il y a souvent plusieurs termes techniques et c'est difficile à suivre. Ça prendrait plus de soutien. La CSDM cherche des solutions actuellement», affirme M. Dupont.

Francisation-alpha

La CSDM reçoit également plusieurs immigrants en francisation qui n'ont presque pas fréquenté l'école dans leur pays d'origine. «Ce n'est pas la même chose de franciser des gens qui sont presque analphabètes dans leur langue que des gens très scolarisés dans leur pays d'origine. Il faut adapter l'approche, le matériel pédagogique, le rythme, etc. Nous avons compris il y a plusieurs années que nous ne pouvions pas, avec ces gens-là, suivre le programme régulier du MELS», affirme M. Dupont.

La CSDM a donc développé pour ces personnes, il y a une quinzaine d'années, le programme francisation-alpha. «C'était une nécessité, affirme M. Dupont. Le MELS l'a réalisé et notre programme deviendra un programme officiel qui pourra être utilisé partout au Québec.»

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Collaboratrice du Devoir

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