Projets parascolaires à l'éducation des adultes - « Les jeunes décrocheurs ont besoin d'être mobilisés »

Martine Letarte Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Éducation - École publique

Les centres d'éducation des adultes sont pratiquement passés sous silence dans la société. On en parle également très peu dans les médias. Pourtant, des initiatives valent le détour.

Il est 7h15. Des élèves commencent à arriver au Cen-tre Saint-Paul de la Commission scolaire de Montréal (CSDM). Les cours commencent à 8h15, mais ils viennent pour travailler le bois avec Pierre Dubuc, un enseignant. Ils fabriquent du matériel didactique pour les enfants aveugles et autistes avec du bois récupéré.

«Nous faisons aussi des jouets éducatifs pour permettre aux enfants aveugles de jouer avec les autres enfants à l'école. Par exemple, nous avons fait un jeu de serpents et échelles en 3D», explique l'enseignant de chimie et de physique de 4e et 5e secondaire.

Toujours pour les aveugles, les élèves du Centre Saint-Paul enregistrent des contes en MP3. Les aveugles peuvent pratiquer leur braille grâce à ce support audio.

L'enseignant organise aussi des expositions de photos.«Je leur donne un thème. Par exemple, l'an dernier, c'était Saint-Henri d'hier à aujourd'hui. On avait des photos du quartier de 1940 et je leur demandais d'aller prendre une photo à la même place, avec le même angle. Cette année, je leur demanderai d'inclure dans leurs photographies des gens âgés du quartier», indique M. Dubuc.

Fierté et motivation

Pierre Dubuc a toujours organisé bénévolement des activités du genre pour ses é-lèves. «Le principe, c'est d'a-voir du fun. Moi j'ai du fun. Les élèves ont du fun. C'est ça, l'important», affirme-t-il.

Depuis 2005, ses activités ont pris beaucoup d'ampleur. «Pourtant, je n'ai jamais fait de publicité! Des élèves passent devant le local, ils se demandent ce qu'on fait. Le mot se passe. C'est comme ça que les gens embarquent», explique-t-il.

Le Centre Saint-Paul accueille des gens de 16 ans et plus en formation générale et en francisation. Pierre Dubuc accueille bon an mal an entre 25 et 30 élèves dans ses activités. Il affirme que ce sont surtout des gens de 20 ans et plus. «On dirait qu'il faut qu'ils aient réfléchi, qu'ils soient plus matures», précise-t-il.

Il constate que les activités sont une bonne source de motivation pour eux. «J'en ai une qui a commencé cette année à travailler le bois et elle me dit qu'elle vient à l'école juste pour ça. Les jeunes décrocheurs ont besoin d'être mobilisés. Il faut les allumer. Une fois qu'ils sont motivés, on peut leur faire faire n'importe quoi. Avec les projets, on a du fun, mais je leur dis que ce n'est pas une raison de ne pas être rigoureux. En classe, je suis très exigeant. Les absences et les retards, je ne tolère pas ça. Il faut être rigoureux dans la vie, et la rigueur, ça s'apprend.»

La réalisation de projets est également une source de fierté pour les élèves. «Nos élèves ont lâché l'école, précise M. Dubuc. Ils sont beaucoup jugés. Ce n'est pas, comme on dit, la crème de la crème qu'on retrouve ici. Des succès, ils n'en ont pas connu beaucoup dans leur vie. Réaliser des projets, ça leur donne du gaz pour passer à travers les bouts plus durs.»

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Collaboratrice du Devoir

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