Réseau scolaire - Des années fastes pour la formation à distance

Jessica Nadeau Collaboration spéciale
Contrairement à ce qui se fait ailleurs au Canada et en Amérique du Nord, la formation à distance au Québec est réservée au secteur de l'éducation aux adultes. Un fait qui est décrié par la SOFAD, la Société de formation à distance des commissions scolaires du Québec.

«C'est un trait absolument distinctif de la formation à distance au Québec, et ce n'est pas nécessairement un trait dont on peut être fiers», déplore Robert Saucier, conseiller en communication, recherche et planification pour l'organisme qui a pour mission d'élaborer le matériel pédagogique pour la formation à distance à travers la province.

«On n'a vraiment pas l'impression de dire quelque chose de farfelu en affirmant qu'il faudrait développer une offre de formation à distance pour les jeunes. Je suis tombé récemment sur un article qui datait des années 2000 et qui rapportait que le ministère de l'Éducation et la Fédération des commissions scolaires du Québec réfléchissaient sur le sujet, qu'ils avaient un comité chargé d'examiner le dossier et que c'était à la veille de se faire... Nous sommes rendus 10 ans plus tard et il n'y a toujours pas d'ouverture en ce sens.»

La SOFAD a élaboré toute une réflexion et rédigé, il y a quelques années, un avis d'une quarantaine de pages sur le sujet avec des recommandations qui sont restées lettre morte. Selon les observations de l'organisme, l'utilisation de la formation à distance pour les jeunes, telle que pratiquée ailleurs, ne présente aucun problème. Elle est généralement employée pour répondre à des besoins très précis et ponctuels: des cours qui seraient inaccessibles localement, une hospitalisation, un stage à l'étranger ou encore un parent qui aurait choisi de faire l'école à la maison, par exemple.

«C'est là que le système devient complètement absurde, observe Robert Saucier. Au Québec, les parents, s'ils démontrent qu'ils sont des gens responsables, ont la possibilité de faire l'école à la maison à leur jeune, mais en même temps, ils n'ont pas accès aux services d'un système de formation à distance. C'est assez paradoxal.»

Découragé, Robert Saucier raconte que la SOFAD reçoit régulièrement des appels de parents dont les enfants sont en stage à l'étranger, ou qui se retrouvent à l'extérieur pour quelques années et qui souhaitent garder leurs enfants dans le système scolaire francophone québécois. «Nous sommes obligés de leur suggérer des choses aussi incroyables que de faire appel à la France, à la Belgique ou à la Colombie-Britannique, autrement dit de contourner le Québec pour pouvoir rester dans un système qui ressemblerait à celui du Québec!»

Des trous dans les statistiques

Ce n'est pas la seule difficulté à laquelle Robert Saucier se bute dans le cadre de son travail à la SOFAD. Depuis 15 ans, il cumule des statistiques pour suivre l'évolution du système mis en place en 1995. Mais celles-ci sont trop souvent incomplètes.

Il faut préciser que la formation à distance au Québec date de 1946. Sa création visait à pallier le manque d'ouvriers spécialisés au lendemain de la guerre. Pendant près de 50 ans, c'est le ministère de l'Éducation qui a chapeauté les programmes de formation à distance et l'élaboration du matériel pédagogique. Puis, à la suite des cafouillages de cette unité administrative, le gouvernement a choisi de réorganiser la structure. Il a laissé la gestion de la formation à distance aux commissions scolaires et la production du matériel pédagogique à la SOFAD, un organisme à but non lucratif.

Ce n'est donc que depuis 15 ans que l'on s'intéresse aux statistiques sur la formation à distance. Et depuis ce temps, Robert Saucier tente d'obtenir des chiffres afin de dresser un portrait de situation global sur la formation à distance au secondaire. Une tâche qui s'avère parfois vaine en raison du manque de données disponibles. «La règle stricte est que les commissions scolaires doivent transmettre au ministère les résultats pour chaque cours suivi. Mais dans la réalité, ce n'est pas ça qui se passe.»

C'est pourquoi il tombe sur des trous noirs lorsque vient le temps de compiler les taux de réussite, d'échec ou d'abandon. «D'une fois à l'autre, j'ai obtenu 50 % de trous noirs, et par la suite, 40 % de trous noirs. On peut donc dire que ça s'est amélioré. Mais je ne peux rien faire avec cela, ce n'est absolument pas fiable.»

Ce qu'il sait par contre, c'est que 77 % des gens qui arrivent dans le système de formation à distance dans les commissions scolaires n'ont pas de diplôme d'études secondaires (DES). Parmi eux, le quart repart avec le précieux document en main.

«On pourrait dire que ce n'est pas beaucoup, mais moi, je suis plutôt porté à me réjouir, affirme Robert Saucier. Le système des jeunes n'avait pas réussi à faire obtenir le diplôme à tous ces gens. Pour eux, c'est 100 % d'échec. Et là, tout d'un coup, il y en a un sur quatre qui obtient son diplôme. C'est quand même pas mal. C'est un effort qui contribue à la réussite scolaire.»

Le reste de la clientèle qui suit une formation continue au secondaire est constitué de gens ayant déjà obtenu leur diplôme, mais désirant reprendre des cours préalables à la poursuite de leurs études postsecondaires. Et pour ces gens non plus il n'y a pas de suivi de dossier, donc pas de statistiques sur les taux de réussite. «On ne peut que supposer que ces gens-là, qui sont heureux de découvrir qu'ils peuvent suivre les cours grâce à la formation à distance et donc gagner du temps, sont pas mal motivés et qu'ils vont faire la jonction avec le collégial...»

Hausse fulgurante des inscriptions

La bonne nouvelle pour la SOFAD, c'est que le nombre d'inscriptions est en hausse continuelle et que le mouvement est loin de s'essouffler, bien au contraire. En 15 ans, on note une augmentation de la demande de 382 % avec une hausse moyenne annuelle de 14 %. En 2009-2010, le nombre d'inscriptions à la formation à distance au secondaire a dépassé le cap des 50 000 élèves.

Et l'on observe la même croissance fulgurante dans les deux autres ordres d'enseignement.

Au niveau collégial, on compte un peu plus de 25 000 étudiants pour l'année 2009-2010, ce qui représente une augmentation de 64 % par rapport à l'année 1995-1996.

Au niveau universitaire, ce sont quelque 72 000 adultes qui choisissent la formation à distance, une augmentation de 112 % sur une période de 15 ans.

«À tous les niveaux d'enseignement, ça va très bien et le secteur est en constant développement», conclut fièrement Robert Saucier.

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Collaboratrice du Devoir

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