Pensionnat Saint-Nom-de-Marie - Elles sont 1020, plus 10 garçons

Assïa Kettani Collaboration spéciale
La façade classique du pensionnat Saint-Nom-de-Marie<br />
Photo: Source Pensionnat Saint-Nom-de-Marie La façade classique du pensionnat Saint-Nom-de-Marie

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Au pied du mont Royal, l'imposant édifice du pensionnat Saint-Nom-de-Marie, avec son péristyle classique avec fronton surmonté d'un dôme à coupole, fait partie du patrimoine architectural de Montréal. Dans cet édifice centenaire aux planchers craquants et aux portes grandioses, fondé par la Congrégation des sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, 1030 élèves, dont 1020 filles et 10 garçons, apportent une vie palpitante du matin au soir, où musique, bavardage et fous rires sont au rendez-vous.

À quoi peuvent s'attendre les parents qui inscrivent leur fille au pensionnat Saint-Nom-de-Marie? Il y a, bien sûr, la qualité du programme scolaire. Fondé en 1905, le pensionnat Saint-Nom-de-Marie trône parmi les meilleurs établissements secondaires de la région de Montréal. Les élèves peuvent y accomplir leur parcours en choisissant parmi trois profils qui enrichissent le programme du ministère de l'Éducation du Québec, tout en bénéficiant d'un soutien pédagogique important.

Le profil Vie et monde offre ainsi des cours supplémentaires sur l'environnement, les médias, la culture, les langues vivantes ou la connaissance du monde. Le profil Éducation internationale est axé sur l'apprentissage global, l'ouverture interculturelle et la communication, et le programme Danse-études, au sein duquel prennent place les quelques garçons qui fréquentent l'établissement, est mené en partenariat avec l'École supérieure de ballet du Québec (ESBQ).

Projet éducatif

Mais ce qui fait la force de cette école, selon son directeur général, Yves Petit, n'est pas la variété des profils d'études, son taux de réussite exemplaire ou même son classement dans le fameux palmarès des meilleures écoles. «Il y a autre chose que faire des mathématiques et de l'histoire. Ce qui nous distingue, c'est notre projet éducatif, ce que l'école veut faire: développer la personne dans son ensemble. On vient pour apprendre, mais aussi pour se développer d'un point de vue personnel, social, intellectuel et spirituel.»

Plus qu'un parcours scolaire, l'objectif pédagogique se double ainsi d'une philosophie d'apprentissage. Avec des voyages jusqu'en Europe ou en Afrique, des activités humanitaires ou bénévoles ou encore une pastorale d'action et d'engagement, le Saint-Nom-de-Marie prône des valeurs axées sur l'engagement des élèves et leur participation citoyenne, rejoignant entièrement le projet d'éducation internationale. «Le profil international, mis en place en 1995, touche au plus près les valeurs défendues par l'école», souligne Jessika Valence, directrice des services pédagogiques.

Maître et élève

À l'appui de ce projet éducatif, la relation maître-élève est choyée par l'établissement, et les élèves du Saint-Nom-de-Marie bénéficient d'une structure complète d'encadrement et de soutien pédagogique. Des cours de titulariat, offerts à tous les niveaux, sont entièrement axés sur les élèves, leur façon d'être et de faire et la manière dont se passent leurs cours. Par ailleurs, des cours de soutien pédagogique se donnent à différentes heures de la journée, soit le matin, à l'heure du dîner ou le soir, aux élèves qui éprouvent des difficultés. «Ce sont les enseignants qui recommandent l'inscription de certains élèves. Il ne s'agit pas d'une classe, mais cela permet aux élèves de poser des questions, en petits groupes», précise Jessika Valence.

Pour Yves Petit, il s'agit là d'un véritable engagement de l'école: «Quand on accepte une élève en première secondaire, on l'amène jusqu'au diplôme. Parfois, cela prend plus d'efforts, mais nous sommes là pour ça. Tout est mis en oeuvre pour que les élèves se sentent en sécurité. Elles savent que, si elles font une erreur, elles seront soutenues», affirme-t-il.

En plus de cela, un service d'appoint en orientation scolaire passe par des rencontres individuelles avec une con-seillère en orientation dès la première secondaire ou encore par des activités de con-naissance de soi et des tests de personnalité pour une catégorisation des différents types d'individus et d'intérêts: artistes, intellectuels, entrepreneurs... L'objectif affiché: les aider à mieux trouver leur place dans la société.

Appartenance

Yves Petit insiste sur le sentiment d'appartenance unique établi à l'école. Le séjour au Saint-Nom-de-Marie est une histoire de coeur et, pour beaucoup, une ambiance de famille. «Le fait qu'il s'agit encore d'un pensionnat teinte beaucoup la vie des élèves. Dès le lever du soleil, des élèves se promènent et il y a de la vie dans l'école, jusqu'au soir. L'école est toujours ouverte pour les élèves. Elles sont chez elles.»

Parmi les éléments qui influencent également le sentiment d'appartenance cultivé par l'établissement, citons le fait que les élèves demeurent toujours dans la même classe et que ce sont les enseignants qui se déplacent. «Elles personnalisent leur classe et créent un lien d'appartenance, affirme Yves Petit. C'est une grande famille avec de petits noyaux: les élèves ont un responsable par niveau, un professeur titulaire et un espace de travail.»

Pour filles

Et, malgré les 10 garçons qui prennent place parmi les é-lèves, le Saint-Nom-de-Marie est bien une école de filles, et cela fait une différence tant au niveau scolaire que social. «Les filles n'apprennent pas de la même façon. On va les chercher avec des exemples qui les rejoignent, et elles embarquent plus facilement. Il est parfois difficile de trouver des exemples qui rejoignent les deux sexes», explique Jessika Valence.

«Cela crée une dynamique, renchérit Yves Petit. Les filles entre elles osent faire beaucoup de choses qu'elles ne feraient pas autrement. On le voit dans les débats qu'elles ont entre elles, dans les questions qu'elles osent poser.» C'est encore la composante féminine qui teinte l'esprit de l'école jusque dans ses activités parascolaires: yoga, théâtre, guitare, méditation, autodéfense, aérobie, confection de bijoux, maquillage, photographie ou encore cheerleading. Les activités parascolaires ont été conçues en fonction des intérêts des élèves, et parfois même instaurées à leur demande.

«Les filles se sentent bien, c'est leur milieu», poursuit le directeur de l'établissement. Le partenariat avec l'école de musique Vincent-d'Indy, qui permet aux élèves d'acquérir une formation musicale de qualité, le nombre élevé d'équipes sportives et le charme du lieu, sa chaleur et ses planchers d'origine y sont sans doute pour quelque chose.

«On peut avoir un équipement à la fine pointe, si les élèves sont malheureuses, la scolarité est vouée à l'échec, explique Yves Petit. Est-ce que les jeunes aiment l'école? Ici, on les retrouve heureuses.»

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Collaboratrice du Devoir