L'Agence universitaire de la Francophonie a 50 ans - Toutes les grandes universités brésiliennes sont aujourd'hui membres de l'AUF

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Jean-Marc Léger devient en 1961 le premier secrétaire général de l’Association des universités partiellement ou entièrement francophones (AUPELF). <br />
Photo: Archives Le Devoir Jean-Marc Léger devient en 1961 le premier secrétaire général de l’Association des universités partiellement ou entièrement francophones (AUPELF).

Ce texte fait partie du cahier spécial Agence universitaire de la Francophonie

La longévité de l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF) témoigne à elle seule de sa pertinence. Ce qu'elle est devenue au fil des ans — l'AUF fédère un réseau de 780 établissements dans 90 pays, dont 55 sont membres de l'Organisation internationale de la Francophonie — est la preuve de son dynamisme.

La création de l'AUF est née du désir de Jean-Marc Léger qui, en 1953, alors qu'il est journaliste à La Presse, se rend à Paris pour rencontrer le ministre français des Affaires étrangères afin de lui proposer la mise en place d'un organisme international regroupant les pays francophones de la planète.

Si cette première démarche ne donne pas de résultat immédiat — il faudra attendre 1970 et la création de l'Agence de coopération culturelle et technique, devenue aujourd'hui l'Organisation internationale de la Francophonie — elle a le mérite de semer le germe. En 1959, Jean-Marc Léger, désormais journaliste au quotidien Le Devoir, et André Bachand, directeur des relations internationales de l'Université de Montréal, lancent l'idée d'une organisation regroupant les universités de langue française. Ils obtiennent l'appui de Mgr Irénée Lussier, alors recteur de l'Université de Montréal. Ce dernier, grâce à ses nombreux contacts dans le monde universitaire francophone, dont notamment avec Mohammed el-Fasi, recteur des universités du Maroc, fait avancer l'idée auprès de ses pairs. Le 13 septembre 1961, l'Association des universités partiellement ou entièrement francophones (AUPELF) voit le jour. Jean-Marc Léger en devient le secrétaire général.

«Jean-Marc Léger et les autres promoteurs du projet avaient compris qu'il n'y avait pas de structure politique commune aux francophones, comme le Commonwealth chez les anglophones, capable de servir de base à la création d'une organisation francophone internationale, raconte Yvon Fontaine, actuel président de l'AUF et recteur de l'Université de Moncton. Ils se sont alors tournés vers le réseau universitaire, qu'ils jugeaient plus approprié. De plus, dans un effort de solidarité, ils ont tenu à inclure les pays africains afin de soutenir les jeunes universités africaines naissantes. D'ailleurs, la référence dans le nom à "partiellement ou entièrement francophone" revient à Mohammed el-Fasi. Une définition trop étroite, avait-il fait remarquer, excluait sa propre université puisque plusieurs cours se donnaient en arabe.»

Consolidation et expansion


Entre le moment de sa création et le début des années 80, l'AUPELF vit essentiellement une période de consolidation. On met en place le Fonds international de coopération universitaire, dont l'objectif est d'attirer le financement, public comme privé, nécessaire aux projets de coopération entre les universités francophones.

«C'est aussi à cette époque que l'AUPELF met en place ses réseaux institutionnels interuniversités. Ces réseaux regroupent sous un même chapeau différentes disciplines, et ce sont les doyens de faculté qui les mettent en place. Nous avons ainsi une quinzaine de réseaux, en médecine, en droit, par exemple, qui permettent des échanges entre les chercheurs dans une même discipline.»

Du milieu des années 80 à la fin des années 90, l'AUPELF connaît une forte période d'expansion. D'une part, le nombre de membres augmente considérablement. «Le fait de ne pas être tenu aux seules universités francophones nous a permis de créer des liens avec les universités de langues étrangères qui sont francophiles ou qui offrent un certain enseignement en français, ne serait-ce qu'un simple département de français. Cela nous a permis non seulement d'élargir notre réseau, mais aussi de stimuler l'intérêt pour le français et d'en favoriser l'usage, en particulier dans le domaine des sciences. Par exemple, aujourd'hui, toutes les grandes universités brésiliennes sont membres de l'AUF.»

L'AUPELF ouvre aussi ses premiers bureaux régionaux. On en compte maintenant neuf dans le monde. «Ils agissent comme des plaques tournantes régionales et assurent la mise en partage des projets et des idées. Ils assurent aussi le suivi des projets.»

Les réseaux institutionnels par discipline donnent naissance au projet d'université d'échange que l'on nommera UREF. Son importance est telle que l'AUPELF prend le nom d'AUPELF-UREF. Elle devient aussi un opérateur officiel de l'Organisation internationale de la Francophonie. En 1998, l'AUPELF-UREF change de nom et devient l'Agence universitaire de la Francophonie.

Pour la suite des choses

Au XXIe siècle, l'AUF s'est dotée d'un plan de développement quadriennal qui s'insère dans le plan stratégique de dix ans de l'Organisation internationale de la Francophonie. L'AUF a aussi déployé son réseau de campus numériques francophones (CNF). «Nous en avons une cinquantaine dans de multiples pays. Logé habituellement dans des locaux universitaires, un CNF met d'abord à la disposition des étudiants des ordinateurs et un lien Internet. Mais un CNF propose aussi des programmes de formation en ligne. Nous comptons environ 75 programmes. Ce sont des programmes élaborés par nos universités membres qui sont ainsi mis en ligne.»

Pour les années à venir, l'AUF n'entend pas faire de l'augmentation du nombre de ses membres une priorité. «Nous n'avons pas de campagne de recrutement en vue, mais nous accepterons les établissements qui désirent se joindre à nous.»

Le prochain défi, selon Yvon Fontaine, se situe ailleurs. «Quel est le rôle économique des universités dans le développement de l'économie des pays en émergence, par exemple, les pays africains? L'économie de ces pays ne peut pas croître s'ils n'ont pas les ressources pour former les cadres et les entrepreneurs dont ils ont besoin. Il faut aussi des universités fortes pour assurer, comme c'est le cas dans les pays arabes, la transition vers la démocratie. Le défi de l'AUF est d'assurer le développement de ces universités et l'enjeu est de convaincre la Francophonie politique d'investir les sommes nécessaires dans les universités là où il y a amorce de développement économique.»

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Collaborateur du Devoir