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Il y a 50 ans à Montréal...

Normand Thériault Collaboration spéciale
Photo: Newscom

Ce texte fait partie du cahier spécial Agence universitaire de la Francophonie

Montréal est le siège d'un des grands réseaux planétaires universitaires. Et en ce mois de septembre, cette Agence universitaire de la Francophonie, cette AUF, y tient d'ailleurs ses assises pour souligner un cinquantième anniversaire de fondation.

Que la Francophonie soit un organisme vivant? Le monde universitaire en fait la preuve. Et pour cause quand les grandes célébrations commémoratives du 50e anniversaire de l'AUF se tiendront dans quatre villes: Montréal, Bruxelles, Paris et Brazzaville.

  • Du 6 au 7 juillet 2011, plus de 400 personnes, recteurs, enseignants et étudiants des universités francophones d'Afrique et de l'océan Indien se rencontraient ainsi à Brazzaville pour célébrer les 50 ans de l'Agence universitaire de la Francophonie. L'événement était alors placé sous le haut patronage du président de la République du Congo, Denis Sassou-Nguesso, et du secrétaire général de la Francophonie, Abdou Diouf.
  • Les 23 et 24 septembre, les fêtes de Montréal seront le point d'orgue des activités conduites dans les autres régions. Y seront réunis les représentants de toutes les universités francophones et de tous les partenaires de la Francophonie autour notamment d'un colloque international qui regroupera plus de 500 participants.
  • Un autre colloque international d'une journée se tiendra le 9 novembre 2011 au Palais des académies de Bruxelles sous le thème «Science et société». Ce sera alors l'occasion de partager les meilleures pratiques des universités du Nord et du Sud en ce qui a trait au transfert de l'innovation grâce aux partenariats universités-entreprises.
  • Une cérémonie protocolaire et politique clôturera le 1er décembre 2011 à Paris les célébrations de ce 50e anniversaire.
Un précurseur

Que Montréal soit le lieu choisi pour faire le point sur cette aventure planétaire, cela s'explique aussi sans difficulté: l'idée même d'une planète universitaire francophone n'avait-elle point germé dans la tête d'un journaliste d'ici? Jean-Marc Léger, qui fut aussi un temps rédacteur en chef du présent journal, avait entrepris au cours des années 50 une ronde de consultations diplomatiques qui allait faire apparaître en 1961 dans le paysage politique et institutionnel cette AUPELF, cette Association des universités partiellement ou entièrement francophones. Et Montréal fut retenu comme tête d'antenne de ce réseau qui tisse maintenant ses fils en un tour de Terre complet.

«Jean-Marc Léger et les autres promoteurs du projet avaient compris qu'il n'y avait pas de structure politique commune aux francophones, comme le Commonwealth chez les anglophones, capable de servir de base à la création d'une organisation francophone internationale, nous rappelle d'ailleurs Yvon Fontaine, actuel président de l'AUF et recteur de l'Université de Moncton. Ils se sont alors tournés vers le réseau universitaire, qu'ils jugeaient plus approprié. De plus, dans un effort de solidarité, ils ont tenu à inclure les pays africains afin de soutenir les jeunes universités africaines naissantes. D'ailleurs, la référence dans le nom à "partiellement ou entièrement francophone" revient à Mohammed el-Fasi, alors recteur des universités du Maroc. Une définition trop étroite, avait-il fait remarquer, excluait sa propre université puisque plusieurs cours se donnaient en arabe.»

Une planète

De là à prévoir le succès d'une telle initiative, nul ne pouvait s'en douter. Ainsi, en mars dernier, la liste des institutions inscrites auprès de l'Agence universitaire de la Francophonie comptait 774 inscriptions, et, quelques mois plus tard, début septembre, elles sont maintenant 780. Quant aux lieux géographiques de ces diverses académies, collèges, instituts, écoles et autres universités, regroupés par pays, le chiffre atteint s'avère aussi impressionnant: le savoir francophone prend d'ailleurs ancrage dans 91 États. La Russie de Moscou et de Saint-Pétersbourg s'y retrouve, comme le Vietnam de Hô Chi Minh-Ville ou le Canada de Toronto ou de Vancouver. Et ainsi de suite, car qui fréquentera le bottin de l'AUF devra constater qu'y figurent, par exemple, toutes les universités majeures du Brésil et que l'Afrique, ce continent sur lequel la Francophonie s'appuie pour établir son futur poids démographique, que cette Afrique est un partenaire majeur de ce réseau.

Et le Québec profite de l'aventure. Claude Corbo, le recteur de l'UQAM, en témoigne: «Chez nous, l'AUF permet à des professeurs de participer à des activités de recherche et d'enseignement dans des pays, par exemple, de l'Afrique du Nord. Nous payons les salaires, mais l'AUF paye les déplacements. Ça nous permet aussi de travailler avec des pays très prometteurs pour le Québec, comme le Brésil, où des universités ont un département d'études françaises.» Il en va de même pour l'Université de Montréal: «Nous avons par exemple, signale Guy Breton, son recteur, signé une entente avec l'Université de Provence en France et celle de Ouagadougou au Burkina Faso. Ce trio a permis d'installer un télescope très puissant au Burkina. Cette collaboration en science astrophysique est particulièrement intéressante car il y a là-bas un environnement propice à ce genre d'analyses.»

Des services

L'AUF n'est pas qu'un simple «prétexte» pour des échanges de haut vol. C'est aussi une entreprise de services. On parlera ainsi des campus numériques francophones, nombreux en Afrique, du soutien accordé aux pôles d'excellence régionaux, des projets méditerranéens de coopération scientifique interuniversitaire tout comme il faut savoir que chaque année 2000 étudiants de par le monde profitent d'une bourse de mobilité. Et comme le rapporte un ancien récipiendaire de l'une d'elles, Mamoudou Gazibo, originaire du Niger, une bourse d'excellence reçue explique ce qu'il est devenu: «Si je ne l'avais pas eue, je ne serais pas venu à Montréal et je n'aurais pas le poste et la carrière que j'ai maintenant. J'ai fait une année à Montréal et ç'a ouvert la voie au poste que j'ai depuis 10 ans.»

Avec l'AUF, la Francophonie est vivante. Elle est aussi utile. Et surtout elle établit qu'il est possible de concevoir un monde «mondialisée» dont la raison d'être ne serait pas la seule recherche du profit, mais d'un partage du savoir qui, en retour, «profite» au plus grand nombre.

Et ce qui fut une simple intuition chez un Jean-Marc Léger il y a plus d'un demi-siècle est ainsi devenu une institution majeure.