International - L'Agence vit en étroite symbiose avec l'Organisation internationale de la Francophonie

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Clément Duhaime, administrateur de l’Organisation internationale de la Francophonie<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Clément Duhaime, administrateur de l’Organisation internationale de la Francophonie

Ce texte fait partie du cahier spécial Agence universitaire de la Francophonie

À l'occasion du cinquantième anniversaire de l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF), l'administrateur de l'Organisation internationale de la Francophonie, Clément Duhaime, répond aux questions du Devoir.

Clément Duhaime se tourne vers le passé, se penche sur le vaste aspect de la coopération internationale et situe l'action présente et future de cette AUF, ce regroupement élargi du savoir francophone.

Comment situer l'AUF et l'OIF dans l'histoire et le développement de la Francophonie?


Dès les années 20, les écrivains francophones se sont regroupés pour donner naissance à l'Association des écrivains de langue française (ADELF), suivis par les journalistes en 1950 puis par les universitaires, avec la création de l'Association des universités partiellement ou entièrement de langue française (AUPELF) en 1961, ici à Montréal, qui deviendra, en 1999, l'Agence universitaire de la Francophonie. Jean-Marc Léger, brillant journaliste et

ancien rédacteur en chef de votre prestigieux quotidien Le Devoir, en a été le secrétaire général durant 17 années. Visionnaire quant à la nécessité d'une langue française forte, pour favoriser le dialogue des cultures et la solidarité entre les peuples, qui sont les valeurs que nous portons et qui étaient dès le départ d'une incroyable modernité, Jean-Marc Léger a beaucoup oeuvré, aux côtés des pères fondateurs, Léopold Sedar Senghor (Sénégal), Habib Bourguiba (Tunisie), Hamani Diori (Niger), ainsi que le prince Norodom Sihanouk (Cambodge), pour la création en 1970, à Niamey, de l'Agence de coopération culturelle et technique (ACCT), devenue Organisation internationale de la Francophonie.

De fait, l'histoire de la Francophonie s'est construite par l'agrégation de plusieurs initiatives complémentaires. Les organismes et établissements qui sont nés au fil de cette histoire ont toujours entretenu des relations étroites à travers les hommes et les femmes qui les animent et qui partagent le même engagement, mais aussi à travers des actions complémentaires et, de plus en plus, communes.

Qu'il s'agisse de l'Organisation internationale de la Francophonie ou des quatre opérateurs spécialisés de la Francophonie que sont l'Agence universitaire de la Francophonie et l'Université Senghor, TV5 Monde, l'Association internationale des maires francophones, ou encore de l'Assemblée parlementaire de la Francophonie, la coopération multilatérale francophone est mise en oeuvre selon un cadre stratégique commun et elle est conduite sous l'impulsion du Secrétaire général de la Francophonie, le président Abdou Diouf, clef de voûte de ce système, la voix et le visage de la Francophonie institutionnelle.

Comment s'articule la coopération internationale et comment mesurer son importance?

À partir du premier noyau de 21 pays membres en 1970, l'OIF comprend aujourd'hui 75 États et gouvernements mem-bres et observateurs, soit plus d'un tiers des membres des Nations Unies. Son mandat s'est également approfondi, à la lumière du renforcement, par le secrétaire général, Abdou Diouf, du rôle politique de l'OIF, en exerçant une magistrature d'influence lors des grandes concertations mondiales. Et cela, tout en se fondant sur la coopération internationale, au coeur de nos activités, pour ainsi donner corps à la solidarité francophone.

De manière complémentaire, les opérateurs spécialisés agissent dans des domaines spécifiques considérés comme essentiels pour atteindre les objectifs stratégiques de la Francophonie, en l'occurrence l'enseignement supérieur et la recherche scientifique pour ce qui concerne l'AUF.

La tâche est grande et le budget, modeste: moins de 100 millions de dollars canadiens pour l'OIF, par exemple. L'OIF n'a pas vocation à tout faire, et nous fondons l'efficacité de notre action sur ce qui constitue notre valeur ajoutée: je veux parler de la solidarité agissante, un impératif qui anime l'ensemble de nos actions. Un impératif qui se traduit notamment par le partage en français d'expériences et de bonnes pratiques, la mobilisation d'une expertise riche et diversifiée, toujours dans le but d'améliorer le niveau de vie de ses populations en les aidant à devenir les acteurs de leur propre développement.

Notre action s'insère évidemment dans le champ de la coopération internationale, en partenariat avec de nombreux autres acteurs. Sur ce point, nous avons la grande satisfaction d'être devenus des interlocuteurs et des acteurs de premier plan pour les grandes organisations internationales comme l'ONU, l'UNESCO et l'Union européenne, mais aussi les organisations régionales comme l'Union africaine, l'ISESCO, les coopérations bilatérales, notamment l'ACDI, ainsi que d'autres partenaires de la société civile et du monde privé.

Nos défis restent majeurs: celui de la démocratie avec des situations d'instabilité, mais aussi des changements prometteurs comme ceux qu'on a vécus en 2011 en Côte d'Ivoire, en Guinée, au Niger, en Tunisie ou en Égypte; celui de la jeunesse que nous devons aider à s'épanouir; le défi de maintenir la langue française comme grande langue internationale, un défi qui fera l'objet l'année prochaine du premier Forum mondial de la langue française, que nous organiserons à Québec en 2012, en étroite collaboration avec le gouvernement du Québec, et qui promet d'être une réussite.

Quelles sont les réalisations en cours et à prévoir dans le cadre des activités de l'AUF et de l'OIF?

L'OIF cherche toujours à perfectionner l'efficacité de l'aide, en introduisant notamment la culture du résultat dans ses programmes et en les rendant «concrets, visibles et utiles». Comme avec l'ensemble des opérateurs de la Francophonie, nous agissons en synergie avec l'AUF, et cela, en particulier dans les deux domaines prioritaires que le secrétaire général de la Francophonie aime à rappeler: l'éducation et la jeunesse.

L'éducation, parce qu'en 2015 les besoins en enseignants atteindront 1,9 million dans le monde entier, dont 1,2 million en Afrique subsaharienne. Et la jeunesse, parce qu'elle constitue 60 % de la population de notre espace francophone et qu'elle incarne notre avenir.

Notre action se traduit par plusieurs projets-phares. Ainsi, l'Initiative francophone de formation à distance des maîtres que nous menons avec l'AUF, avec l'appui de TV5 Monde, est un projet original et ambitieux qui se fonde sur un dispositif, totalement novateur, conjuguant technologies numériques et savoir-faire traditionnels locaux. Il participe, sans conteste, à l'accomplissement de l'un des Objectifs du millénaire pour le développement.

La concrétisation des objectifs d'éducation pour tous passe également par l'adoption de politiques nationales éducatives plus efficaces, de systèmes éducatifs et de stratégies d'apprentissage qui tiennent compte non seulement de la langue partagée qu'est le français, mais aussi de la langue maternelle. Fidèles à cet esprit, nos programmes actuels donnent une incarnation mieux ciblée et plus efficace grâce à notre démarche innovante de «pédagogie convergente», qui allie harmonieusement la langue française et les langues nationales.

Plus directement pour les jeunes francophones, nous avons mis en place le Volontariat international, qui leur offre la possibilité de s'engager durant 12 mois pour mettre leurs compétences au service d'un projet et de vivre une expérience de mobilité internationale au sein de l'espace francophone. De 2010 à 2013, cela concerne 150 postes déployés avec les opérateurs de la Francophonie.

Par ailleurs, nous devons citer les Maisons des savoirs, un projet-pilote qui a été lancé sur proposition du Secrétaire général de la Francophonie au Sommet de Bucarest en 2006 (Roumanie) afin de favoriser le développement de l'utilisation des nouvelles technologies par le plus grand nombre et la promotion de la langue française. Nous organisons leur implantation et leur fonctionnement en synergie avec l'AUF, l'AIMF et TV5 Monde ainsi que les autorités locales bénéficiaires.

Ce n'est pas pur hasard si, dans tous ces domaines, la Francophonie est incontestablement avant-gardiste. La particularité du mouvement francophone a permis d'identifier avant d'autres les enjeux majeurs d'aujourd'hui.

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Collaborateur du Devoir