Bourses de l'AUF - Et 2000 fois l'an, d'heureux récipiendaires

Réginald Harvey Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Agence universitaire de la Francophonie

L'Agence universitaire de la Francophonie (AUF) distribue des bourses de mobilité et d'excellence dont les objectifs sous-tendent les valeurs qu'elle prône. Elle favorise la coopération scientifique, forme les acteurs de l'avenir du développement, soutient la recherche et l'excellence, de même qu'elle s'inscrit dans un partage de l'expertise des uns et des autres.

Directeur du renforcement des capacités scientifi-ques à l'AUF, Georges Malamoud dégage certains éléments de l'aide financière apportée. «Ces bourses possèdent un caractère distinctif par rapport à d'autres systèmes du même ordre car la plupart de ceux qui existent sont latéraux: il est question d'un gouvernement avec un autre ou d'un gouvernement qui exporte ses boursiers ou qui en importe vers son pays; il s'agit aussi de systèmes de très grande excellence versés à des établissements très reconnus, mais, quoi qu'il en soit, on est finalement toujours dans une logique se situant autour d'un lieu ou d'un établissement.»

Il en va autrement de la pratique retenue par l'Agence: «On se distingue par notre côté multilatéral avec des établissements qui sont répandus dans beaucoup de pays. Il y a cette logique dans toutes nos instances en vertu de laquelle il y a toujours des décisions qui sont prises selon des critères qui mélangent évidemment l'excellence universitaire, mais aussi une forme de solidarité qui s'avère notamment multilatérale.» Il en dégage la signification: «On est plus indépendant des pressions latérales que dans d'autres systèmes, ce qui veut dire qu'il y a un plus grand brassage entre les établissements, ce qui rejoint notre caractère associatif.»

Il fait ressortir un deuxième paramètre important: «La bourse pour nous n'est jamais une finalité en soi et l'objectif n'est pas d'avoir un grand catalogue de celles-ci en tant qu'organisme très puissant qui en délivre un grand nombre. Le but c'est plutôt de les mettre au service d'un certain nombre d'actions stratégiques auxquelles on croit; par exemple, cela veut dire qu'on est là pour aider au renforcement des établissements.»

Le portrait de l'appui financier apporté

À chaque année, l'AUF distribue plus de 2000 bourses dans le cadre de son programme de mobilités. M. Malamoud laisse voir les formes d'aide qui ont cours: «Soit on les décrit par la personne qui va recevoir la bourse, soit par l'objectif qui est en cause. Dans le cas des personnes, il y a deux grandes catégories qui sont celle des étudiants et celle comprenant des gens qui sont déjà en poste dans des universités; on est donc dans une logique de formation initiale ou de perfectionnement.»

Il se penche sur le deuxième volet: «De plus en plus, on cherche à mettre en place des mobilités qui vont servir des projets ou des établissements eux-mêmes qui réclament du support pour répondre, par exemple, à des besoins de formation dans un programme interinstitutionnel s'échelonnant sur plusieurs années et portant sur de nombreux individus. C'est très différent d'un appel d'offre public uniquement individuel à l'aide duquel on sélectionne les 20 ou 50 meilleurs sur des critères purement académiques; dans ce cas d'individus en cause, on se retrouve avec des projets qui ne sont pas nécessairement cohérents dans une politique d'ensemble.»

Il résume: «Ces programmes de mobilités mélangent le caractère d'excellence de chaque boursier avec des soutiens à certains grands projets des établissements: pour leur déroulement, ils font connaître leurs besoins d'avoir un certain nombre de boursiers dans telle ou telle discipline; on essaie de fonctionner de la sorte tout en évitant la fuite des cerveaux.»

L'offre et la demande

Georges Malamoud dresse le bilan des programmes offerts sur le plan de la participation des individus et des établissements. «Il y a beaucoup plus d'appelés que d'élus et les ratios sont différents suivant les types de bourses; je dirais tout de même qu'on ne tombe jamais en bas d'un ratio de trois candidats pour une bourse. Le fait est donc que la demande est forte et qu'on essaie de la satisfaire tout en se montrant très sévère et transparent sur les critères sur lesquels portent nos choix; on ne veut pas que ces demandes partent dans toutes les directions.»

Existe-t-il des pays en provenance desquels les sollicitations sont plus fortes? «Il y a en tout cas des zones qui comptent beaucoup plus de boursiers, donc de candidats; cela tient au fait de l'existence en ces lieux d'un niveau de développement un peu plus élevé de formation francophone, ce qui est le cas de l'Afrique au sens large: on est implanté là depuis longtemps, les établissement connaissent bien nos programmes de bourses, on figure dans leurs stratégies et, donc, il y a beaucoup d'informations qui circulent, ce qui se traduit par un grand nombre de candidatures même si de nombreuses autres bourses sont délivrées en Afrique par la coopération internationale.»

Il cite encore l'Europe centrale et occidentale, l'Asie et une partie du Maghreb comme étant autant de régions du monde qui font le plus appel aux programmes de l'AUF, tout en indiquant que l'origine des bourses ne se situe pas uniquement dans un axe Nord/Sud.

À ce chapitre, il tient à souligner une initiative plutôt exemplaire: «Il s'agit de celle des Roumains qui est issue du Sommet de Bucarest: ils financent l'Agence pour un programme de bourses qui s'appelle "Eugen Ionescu" et qui vise à accueillir des étudiants principalement africains dans les universités roumaines. Tout cela est financé par le gouvernement roumain dans le cadre de son rayonnement international, mais ils ont versé l'argent à l'AUF de façon multilatérale. C'est un exemple intéressant parce que nous ne sommes pas là, d'une certaine manière, dans une logique d'un pays très développé.»

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Collaborateur du Devoir