De Moncton à Montréal - Les universités d'ici s'ouvrent à l'Afrique...

Martine Letarte Collaboration spéciale
Claude Corbo, recteur de l’UQAM: «Si le français connaît une croissance démographique, c’est en raison de l’Afrique. Il faut consolider le français dans ces pays, soutenir le développement de ces pays francophones et de leurs universités.»<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Claude Corbo, recteur de l’UQAM: «Si le français connaît une croissance démographique, c’est en raison de l’Afrique. Il faut consolider le français dans ces pays, soutenir le développement de ces pays francophones et de leurs universités.»

Ce texte fait partie du cahier spécial Agence universitaire de la Francophonie

L'Agence universitaire de la Francophonie (AUF), avec ses 779 établissements d'enseignement supérieur et de recherche dans le monde, célèbre son 50e anniversaire. Pour les universités, qu'elles soient de Moncton, Québec ou Montréal, cette agence est encore plus aujourd'hui une nécessité.

Dans un monde universitaire anglophone, l'AUF défend la Francophonie. Elle propose différents programmes de coopération pour soutenir la recherche et l'enseignement en français. Est-elle toujours pertinente en 2011? Comment devrait-elle évoluer? Le Devoir en a discuté avec des gens dans quatre universités canadiennes qui en sont membres.

« Capital »

«L'AUF a été d'un apport capital pour nous», affirme Benoit Bourque, directeur du bureau des relations internationales à l'Université de Moncton.

«Nous ne sommes pas dans le giron universitaire québécois, ajoute-t-il. Nous sommes entièrement de langue française, contrairement à l'Université d'Ottawa, par exemple, qui se joint également à des réseaux anglophones. L'AUF est pour nous une association internationale très importante. Elle nous permet d'être en lien avec d'autres universités canadiennes et d'ailleurs dans le monde.»

Concrètement, cela se traduit par le fait que plusieurs professeurs et étudiants bénéficient de bourses et de subventions pour réaliser des projets. «Ce sont toujours des projets qui doivent en quelque sorte faire avancer la Francophonie. Ces expériences sont très bénéfiques pour les professeurs et les étudiants», croit Benoit Bourque.

L'Université Laval utilise aussi énormément les programmes de l'AUF. «Par exemple, dernièrement, nous avons mis sur pied une maîtrise en didactique délocalisée à Libreville, au Gabon, et à Yaoundé, au Cameroun. L'AUF ne finance pas tout dans un projet comme cela, mais elle donne une contribution. Cela rend la chose possible», affirme Richard Poulin, directeur du bureau international de l'Université Laval.

Le recteur de l'UQAM, Claude Corbo, est du même avis. «Chez nous, l'AUF permet à des professeurs de participer à des activités de recherche et d'enseignement dans des pays, par exemple, de l'Afrique du Nord. Nous payons les salaires, mais l'AUF paye les déplacements. Ça nous permet aussi de travailler avec des pays très prometteurs pour le Québec, comme le Brésil, où des universités ont un département d'études françaises», explique M. Corbo.

La pertinence de l'AUF aujourd'hui

Le monde de 2011 est toutefois bien différent de celui de 1961. Aujourd'hui, créer des réseaux est plus facile que jamais avec Internet. «Oui, mais encore faut-il avoir l'équipement pour le faire, indique Richard Poulin. Il faut avoir Internet qui fonctionne de façon stable. Par exemple, quand l'AUF met sur pied des centres d'information numérique en Haïti, cela fait en sorte que les étudiants haïtiens peuvent avoir accès de façon structurée à des ordinateurs et à Internet.»

Il souligne également que peu d'organismes permettent à des universités du tiers-monde de participer à des activités. «Des universités comme la nôtre ont des moyens, des réseaux anglophones et internationaux avec différents programmes, explique M. Poulin. Mais, pour l'Afrique, il y a peu de solutions de rechange. Et les pays en développement n'ont pas les moyens de faire de la recherche comme nous. Ils ont toutefois des idées et des données intéressantes. On peut travailler ensemble pour les mettre en oeuvre. L'AUF sert de catalyseur.»

Claude Corbo souligne également à quel point l'AUF joue un rôle important alors que les universités sont à des stades de développement très inégaux. «L'AUF permet aux universités francophones de se faire une vie en français. Si les pays du Nord sont appelés à contribuer davantage, toutes les universités apprennent les unes des autres», affirme-t-il.

Un avenir africain

Comme toute grande organisation, Richard Poulin croit que l'AUF doit constamment réévaluer ses programmes et surveiller sa bureaucratie. «Il faut éviter que cela devienne trop lourd», précise-t-il.

Pour Gilles Breton, ancien vice-recteur et professeur à l'École supérieure d'affaires publiques et internationales de l'Université d'Ottawa, l'AUF devrait devenir un acteur encore plus important dans le développement des universités des pays en développement.

«S'il y a un continent qui est mal barré, affirme-t-il, c'est bien l'Afrique. Les pays africains sont appelés à connaître une croissance économique dans les 20 à 30 prochaines années et cela ne peut se faire sans un système universitaire efficace et pertinent. C'est un champ de travail pour l'AUF. Elle doit favoriser le partage d'expertises et accompagner le développement des universités. J'arrive de la République démocratique du Congo. On y retrouve 1300 universités! Bien souvent, c'est presque seulement une plaque sur la porte.»

Il croit que l'AUF pourrait jouer un rôle plus important dans les pays africains francophones pour tenter de susciter un dynamisme semblable à celui qu'on retrouve dans les pays anglo-saxons, comme l'Afrique du Sud.

Tous s'entendent également pour dire que l'Afrique est en quelque sorte l'avenir de la Francophonie. «S'il y a autant de francophones dans le monde, c'est beaucoup en raison de l'Afrique. Et les prévisions démographiques indiquent que la population africaine aura triplé en 2100. Développer davantage de liens avec les universités francophones de l'Afrique est un enjeu très important», affirme Benoit Bourque.

«Il faut penser à long terme, indique Claude Corbo. Si le français connaît une croissance démographique, c'est en raison de l'Afrique. Il faut consolider le français dans ces pays, soutenir le développement de ces pays francophones et de leurs universités. Cela contribue au renforcement de la Francophonie mondiale.»

L'importance de l'Afrique ne devrait pas toutefois éclipser les autres pays où le français demeure une langue importante, aux yeux de Benoit Bour-que. «Je pense par exemple à l'Asie. C'est important qu'on maintienne des liens avec le Vietnam, le Cambodge et le Laos. Même chose pour la Roumanie. L'Afrique est très importante, mais il faut avoir une démarche à plusieurs volets.»

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Collaboratrice du Devoir