Fédération des travailleurs du Québec - « Il faut maintenant être en formation continue »

Réginald Harvey Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) prône une démarche pédagogique en vertu de laquelle les membres de ses syndicats reçoivent diverses formations transmises par leurs pairs. Au-delà des connaissances de base, les membres de la centrale acquièrent des notions qui les aident à mieux comprendre le fonctionnement des entreprises et d'autres enjeux économiques.

La thématique du Programme d'éducation 2011-2012 de la FTQ est la suivante: «La formation syndicale: pierre d'assise de notre action». Quelle portée renferme un tel leitmotiv? «Depuis quelques années, le mouvement syndical est souvent questionné parce qu'on vit dans des contextes de relations de travail quand même assez difficiles; on assiste à des fermetures d'entreprise et on traverse des négociations qui ne donnent pas toujours les résultats escomptés. Il en résulte que les gens ont, à un moment donné, l'impression de perdre pied et, pour les soutenir, on a toujours dit que l'éducation représentait particulièrement un service de première importance pour les membres; on répète encore que celle-ci représente le moyen par lequel on peut les rejoindre et se donner les outils pour continuer à mieux négocier et à conserver nos acquis», apporte en réponse Esther Désilets, directrice du service de l'éducation à la FTQ et enseignante de profession, qui a longtemps oeuvré à la formation des adultes avant de joindre les rangs syndicaux.

Elle ajoute: «On peut continuer de s'appuyer sur la formation pour poursuivre notre lutte et pour faire valoir que le syndicalisme demeure un outil valable dans notre société.»

Le fonctionnement privilégié

Il revient aux quelque 40 syndicats affiliés à ce regroupement de s'occuper de tous les types de formation, et chacun d'eux possède son propre service pour y arriver: «Nous, à la FTQ, on forme leurs formateurs qui sont leurs pairs, de telle sorte que ce sont le plombier, le gars d'Hydro ou le postier qui transmettent les connaissances à leurs collègues de travail.» Les Conseils régionaux offrent le même type de service et rejoignent dans les régions les membres qui désirent suivre les formations de base et qui ne peuvent se déplacer dans les grands centres. Les séances données par la centrale s'échelonnent sur une bonne semaine: «Cette façon de faire relève quelque peu de celle du Brésilien Paolo Freire, qui prônait en Amérique latine ce genre de formation en alphabétisation; il s'était rendu compte que les apprentissages se faisaient mieux de la sorte dans les milieux donnés. Pour la FTQ, ce fut une clé importante que de garder cette démarche, parce qu'elle rend le réseau d'éducation beaucoup plus dynamique depuis les années 1970.»

Peu importe le niveau des connaissances abordé, l'aspect pratique prend le pas sur l'aspect théorique, assure Mme Désilets: «On se sert de l'expérience des gens pour arriver à construire avec eux des contenus pour les outiller afin de retourner dans l'action. C'est une démarche qui existe depuis plusieurs années en éducation des adultes et qui là aussi a fait ses preuves.» Elle sert un exemple bien actuel: «On donne beaucoup de formation sur la mondialisation; les membres la vivent et il y a des choses à ce sujet qu'ils ont comprises bien avant nos interventions, quand ils voient les mises à pied qui surviennent, quand ils s'aperçoivent qu'on n'a pas les mêmes arrivages et qu'on ferme des départements. Souvent, ils ont même des réponses sur ce qui se passe autour d'eux et, par la suite, ils accrochent beaucoup à des réalités lorsqu'on leur arrive avec le complément théorique à assimiler.»

De la base aux connaissances accrues

Le champ des formations abordées est vaste et la francisation en fait partie: «Dès son origine, c'est un dossier qui a été très important à la FTQ. Il s'est d'abord agi de franciser les milieux de travail; par la suite, on s'est tourné davantage vers les personnes immigrantes pour leur inculquer des notions de français.» Elle apporte cette précision: «En quelque sorte, c'est là une con-naissance de base. Dans les commissions scolaires, alphabétisation et francisation font partie du même département; on ne parle pas d'un apprentissage de la langue première, mais c'est quand même souvent celle que doivent utiliser les gens sur leur lieu de travail en arrivant ici.»

Esther Désilets croit-elle que l'alphabétisation représente toujours un défi dans le monde du travail? «Je ne saurais dire à quel point, mais je sais que nos syndicats donnent encore des formations dans ce domaine. On doit faire face aux changements qui se produisent très rapidement sur le plan des nouvelles technologies; il en résulte que les gens perdent leurs acquis et doivent se réapproprier ceux-ci. Il faut maintenant être en formation continue mais, dans ce but, on doit maîtriser les connaissances de base sur lesquelles on est souvent obligé de retravailler.»

Au-delà de ces interventions nécessaires, la directrice du service de l'éducation tire une grande fierté d'un nouveau programme mis sur pied et enseigné: «Il s'agit de tout l'aspect de la formation économique: on aide les travailleurs à comprendre comment fonctionne leur entreprise sur le plan économique; on leur montre à analyser son budget sans même avoir des chiffres en main, parce qu'on n'a pas toujours accès à ces données. Comment est-il possible d'évaluer où s'en va ton entreprise avec les signes que tu possèdes? Et, à l'aide de ceux-ci, quels types d'action peux-tu déjà adopter pour éviter qu'elle parte ailleurs un de ces jours?» Cette compréhension de la réalité économique et financière de l'entreprise et du secteur où elle évolue est bénéfique: pareil éclairage fournit même des connaissances qui facilitent éventuellement la négociation.

Elle apprécie la façon dont les gens se montrent réceptifs à un tel programme: «Ce qui me fascine depuis que je suis à la FTQ, c'est qu'ils abordent des thématiques qui ne sont pas évidentes.» Un autre exemple illustre ses propos: «Il y a l'ensemble de la question de la retraite, sur laquelle des personnes sont capables de participer; celles-ci font face à des actuaires et peuvent échanger avec eux. On est rendu assez loin et c'est bien, parce que les travailleurs ont ainsi plus d'outils pour se défendre et, en même temps, pour comprendre tout ce qui se passe autour d'eux.»

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Collaborateur du Devoir