L'école Nesbitt ne veut pas mourir

Sophie, Erika et Nathalie, trois jeunes élèves de l’école Nesbitt, située dans le quartier Rosemont, à Montréal. Parents et élus ont demandé hier que l’école ne soit pas fermée, comme l’envisage la commission scolaire English Montreal.
Photo: - Le Devoir Sophie, Erika et Nathalie, trois jeunes élèves de l’école Nesbitt, située dans le quartier Rosemont, à Montréal. Parents et élus ont demandé hier que l’école ne soit pas fermée, comme l’envisage la commission scolaire English Montreal.

C'était jour de rentrée scolaire hier à l'école Nesbitt, dans le quartier Rosemont, à Montréal. Et ce pourrait bien être la dernière. Cette école anglophone fait effectivement partie des huit «scénarios» de fermeture ou de fusion étudiés par les commissaires de la commission scolaire English Montreal (CSEM).

Kelli Brunner, mère de deux enfants dont le dernier vient tout juste d'entrer à la maternelle, espère que ses enfants pourront faire tout leur primaire à ce même établissement. «Ce qui est bien à Nesbitt, c'est le programme d'immersion. On habite à Montréal et, pour moi, c'est important que mes enfants parlent le français comme si c'était leur langue maternelle», a dit Mme Brunner, avec un accent anglophone.

Il y a certes une école anglophone plus près de chez elle, dans l'est de Montréal, mais le programme offert est «bilingue», c'est-à-dire qu'il enseigne le français comme une langue seconde, a précisé Mme Brunner. «Je ne veux pas ça. Ici, à Nesbitt, les élèves font le même français que dans les écoles francophones», a-t-elle expliqué. Pour que ses enfants puissent fréquenter un établissement offrant l'immersion, ils devront faire un long trajet d'autobus, ce qu'elle déplore. «Je ne veux pas que mes enfants passent leur temps à déménager d'école.»

Des appuis d'élus


Hier, le député du NPD dans Rosemont-La-Petite-Patrie, Alexandre Boulerice, est venu manifester son appui aux parents dans la cour de cette école. «Nesbitt, passez-moi l'expression anglaise, c'est un success story», a dit M. Boulerice en parlant de son âge vénérable de 100 ans et du fait qu'elle est parmi les pionnières du programme d'immersion à Montréal.

En 2008, une des élèves de l'école a même remporté les honneurs de la finale régionale de la dictée Paul-Gérin-Lajoie. «On demande à la commission scolaire de tout mettre en oeuvre pour sauver cette école», a dit le député. «Il faut que cette belle expérience continue.» Avant les vacances d'été, la députée péquiste Louise Beaudoin et la chef de l'opposition officielle à la Ville de Montréal, Louise Harel, s'étaient toutes deux opposées à la fermeture de Nesbitt.

Julie Barlow, maman de Nathalie et Erika qui fréquentent l'école, fait partie d'un comité de parents infatigables qui ont à coeur de sauver leur école. Pour elle, le plus frustrant est de ne pas savoir réellement pourquoi Nesbitt est ainsi mise sur la sellette. «On nous avait d'abord dit que l'école ne correspondait pas aux critères d'école de quartier. Mais elle ne l'a jamais été!», a-t-elle dit. «C'est dur de se défendre quand on ne sait pas pourquoi notre école est dans le processus de consultation.» Ce n'est qu'en décembre que le conseil des commissaires entendra les plaidoyers. Il passera ensuite au vote en janvier 2012.

La CSEM a indiqué qu'elle ne ferait pas d'autres commentaires à ce stade et préfère s'en remettre aux propos de son directeur général, Robert Stocker. Celui-ci a expliqué que l'école Nesbitt a un programme de base et un programme élargi en français, ce qui justifie son évaluation. Pourtant, d'autres écoles semblables ne font pas partie de cette consultation, rappelle Mme Brunner. «Il y a des écoles qui sont privilégiées et qui ont un meilleur traitement que d'autres sans qu'on sache trop pourquoi, a-t-elle noté. Ce n'est pas un système qui regarde les besoins des enfants.»

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