Finissants du secondaire - Que doivent-ils savoir ?

Martine Letarte Collaboration spéciale
Préparation de l’épreuve de français du 5e secondaire à l’école Pierre-Dupuy, à Montréal.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Préparation de l’épreuve de français du 5e secondaire à l’école Pierre-Dupuy, à Montréal.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Certains disent que les jeunes ne savent plus écrire, qu'ils obtiennent leur diplôme au rabais. Au contraire, d'autres affirment que depuis la réforme, ce que les jeunes doivent maîtriser est plus complexe qu'avant. Que doivent réellement savoir les finissants du secondaire? Le Devoir a discuté de la question avec trois personnes sur le terrain.

«Au départ, il faut savoir que, parmi les pays de l'OCDE, le Québec est un des endroits où le niveau de formation générale est le plus élevé. Ailleurs, les élèves se spécialisent plus tôt», affirme Jessika Valence, directrice du deuxième cycle au collège Saint-Paul, un établissement privé de la banlieue sud de Montréal.

De plus, l'école québécoise va au-delà de l'apprentissage des matières de base. «Au Québec, on demande aux élèves de devenir autonomes dans la société, de devenir des citoyens responsables, d'avoir un esprit critique, de faire preuve de raisonnement. Nous leur apprenons aussi à être capables d'aller chercher l'information dont ils ont besoin. C'est important qu'ils apprennent à être débrouil-lards», affirme-t-elle.

Auparavant directrice adjointe à la pédagogie, Mme Valence croit que c'est également primordial de leur donner le goût d'apprendre. «Aujourd'hui, explique-t-elle, les gens changent souvent d'emploi et ils doivent toujours apprendre. On leur montre aussi à travailler en équipe, à utiliser des technologies de l'information et des communications. Les compétences transversales ont été malmenées par plusieurs, mais, fondamentalement, ces compétences préparent les élèves au monde du travail, à la vraie vie.»

En français

Ces compétences transversales n'éliminent évidemment pas les compétences disciplinaires. «Pour avoir leur diplôme, les élèves doivent être capables de lire plusieurs textes, d'en extraire de l'information, de la synthétiser, de se positionner par rapport à cette information, de se bâtir un point de vue et de l'exprimer à l'oral ou à l'écrit en adaptant leur style à la situation», indique Sylvie Rouleau, con-seillère pédagogique en français à la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB), à Montréal.

Peut-on s'attendre à ce qu'un finissant du secondaire écrive sans fautes?

«Non, pas plus que Monsieur ou Madame Tout-le-monde n'écrit sans fautes! Nous essayons toutefois d'amener les élèves à s'améliorer. En même temps, la compétence d'écriture comprend un ensemble d'éléments. C'est bien d'écrire presque sans fautes, mais, si l'élève n'a aucune structure ni cohérence dans ses textes, ce n'est pas mieux! Nous travaillons à ce que l'élève soit compétent dans tous ces éléments», affirme Mme Rouleau.

Chaque élève ne maîtrise évidemment pas tous ces aspects de l'écriture avec autant de facilité. Très multiculturelle, la CSMB accueille par exemple de nombreux élèves issus de l'immigration dont le français n'est pas la langue maternelle.

«Souvent, ces élèves maîtrisent très bien le code et font moins de fautes d'orthographe que ceux dont le français est la langue maternelle. Par contre, ils ont souvent plus de difficulté à personnaliser et à varier leurs phrases», explique-t-elle.

Fait-on encore des exposés oraux traditionnels? «Oui, mais avant, il y avait seulement le modèle de l'exposé seul devant la classe. Maintenant, il y a aussi d'autres modèles, comme des débats et des discussions en groupes. Ces autres formes d'expression orale exigent de développer d'autres habiletés, parce que les élèves doivent prendre position, comprendre ce que les autres disent et faire des liens dans leurs interventions avec ce que les autres ont dit», explique Sylvie Rouleau.

En mathématiques

En mathématiques également, on ne s'en sort pas: algèbre, trigonométrie, géométrie et fonctions sont toujours au programme. «L'activité mathématique n'a pas changé tant que ça avec la réforme. Ce qui a le plus changé, c'est l'utilisation de contextes de la vie courante. On présente maintenant l'activité mathématique comme quel-que chose qui fait partie de l'activité humaine, et non comme quelque chose qui existe à l'extérieur de la réalité», explique Christian Morasse, conseiller pédagogique en mathématiques à la CSMB.

L'élève a le choix entre trois profils de mathématiques, soit sciences naturelles, technico-sciences, ou culture, société et technique. «Le premier est orienté vers les sciences pures, le deuxième vers les sciences appliquées, alors que le troisième est davantage tourné vers les sciences humaines. C'est bien, parce que les élèves choisissent les mathématiques qui sont les plus orientées vers leurs projets», affirme M. Morasse.

Peu importe le profil choisi, le conseiller pédagogique remarque une constante: la difficulté qu'ont les élèves à résoudre des problèmes complexes en mathématiques. «On résout ces problèmes en plusieurs étapes, précise-t-il. Ils demandent un traitement de l'information et ils exigent que l'élève développe une stratégie de résolution de problème. Ce n'est pas rien! C'est la compétence la plus longue à acquérir. Avant l'implantation de la réforme, les élèves faisaient généralement beaucoup moins de tâches complexes du genre.»

Tout le reste

L'anglais est aussi incontournable. Doit-on s'attendre à ce qu'un élève soit bilingue en terminant son secondaire? «Non, affirme Jessika Valence, mais il devrait être capable d'aller aux États-Unis et de se débrouiller. Par contre, ses connaissances ne seront pas nécessairement suffisantes pour lui permettre d'occuper un emploi qui exige de grandes compétences en anglais.»

Un finissant du secondaire doit également avoir d'autres acquis dans des domaines variés, que ce soit en biologie, en chimie, en physique, en art, etc. Y a-t-il un décalage entre les visées du programme et la réalité?

«Souvent, affirme Mme Valence. Pour certains élèves, il n'est pas facile de se rendre jusqu'au bout de la formation générale. Chaque milieu comporte aussi ses réalités distinctes. Bien que l'on cherche à normaliser les apprentissages réalisés d'un établissement à l'autre par l'administration d'épreuves uniques, chaque école, voire chaque enseignant, ne se rend pas nécessairement aussi loin dans le programme.»

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Collaboratrice du Devoir