Dans les classes - Les syndicats obtiennent des avancées dans le cas des élèves en difficulté

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Pierre Saint-Germain, président de la Fédération autonome de l’enseignement<br />
Photo: Source FAE Pierre Saint-Germain, président de la Fédération autonome de l’enseignement

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Les deux grands syndicats de l'enseignement, la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ) et la Fédération autonome de l'enseignement (FAE), ont fait des progrès dans l'épineux dossier des élèves en difficulté. Et encore et toujours, les bulletins font l'objet de controverses dans le cadre d'une réforme où il apparaît bien difficile d'évaluer les élèves à leur juste valeur. Revoilà la rentrée.

Pierre Saint-Germain, président de la FAE, dégage les grandes lignes du projet sur les élèves en difficulté qui a été largement approuvé par les instances syndicales: «On parle d'ajouts d'argent importants pour les profs de façon à ce qu'ils puissent davantage encadrer ces jeunes; avec le support d'une somme de 25 millions de dollars répartis sur quatre ans, ils seront libérés pour rencontrer les parents et d'autres professionnels de même que pour remplir les dossiers sur le suivi des enfants. Il y aura aussi un montant de 6 millions de dollars versé pendant la même période, qui servira à soutenir les enseignants dans les plans d'intervention, ce qui sert à bonifier des mesures déjà en place.» Des paramètres communs entre commissions scolaires et syndicats faciliteront de plus l'encadrement de l'intégration de ces enfants dans des groupes ordinaires ou encore aideront à leur trouver une place adéquate dans le réseau.

Une étape est franchie pour régler ce problème récurrent: «Après dix ans de dénonciation de la politique ministérielle en vertu de laquelle on incluait de façon un peu aveugle ces élèves dans les classes ordinaires sans offrir les services appropriés, on a réussi à faire évoluer ce modèle-là; l'intégration à tout prix est maintenant derrière nous et on verra les résultats à l'usage avec le temps.»

Il tourne la page sur ce dossier de cette manière: «L'entente est intervenue entre la Fédération des commissions scolaires [FCS] et les enseignants, mais il y a tout un volet de la question qui fait l'objet de revendications depuis plusieurs années et qui n'est toujours pas réglé: c'est celui de l'accès à des services spécialisés. On aura beau avoir des mécanismes d'encadrement plus facilitants, le prof va se retrouver tout aussi isolé si on n'a pas de ressources professionnelles pour aider les enfants.» Les efforts se poursuivront pour en obtenir.

Encore les bulletins... et l'école publique

L'évaluation des apprentissages refait surface année après année depuis les débuts de la réforme scolaire. Pierre Saint-Germain examine la situation: «On est maintenant rendu dans l'ère post réforme ou du renouveau pédagogique et la question du bulletin a été dénoncée par l'ensemble des enseignants au Québec et non seulement par la FAE.»

Il résume leur position: «Il faut procéder à des modifications sur celui-ci; il en va de même sur toute la question de l'enseignement et de l'évaluation quant à la place occupée par les connaissances par rapport aux compétences.» Il pose le problème: «Quant à nous, les programmes ne sont pas vraiment centrés sur les connaissances et, à partir du moment où ils mettent l'accent sur les compétences, on ne voit pas comment on peut évaluer davantage les connaissances si elles ne sont pas nommément inscrites et identifiées dans les programmes.»

La situation se présente comme suit au sujet du bulletin unique: «À la rigueur, chaque école au Québec pourrait avoir l'équivalent de son propre bulletin; le formulaire est unique mais le contenu du message ne l'est pas.»

Sur un autre sujet brûlant d'actualité, il se montre inquiet quant à l'application des con-ventions de gestion qui lui apparaissent comme «une fausse lutte au décrochage» causant des pressions indues chez les enseignants. Le président soutient finalement que la FAE se fera encore une fois cette année le porte-étendard de l'école publique: «Toute la question de la revalorisation de cette école et de la profession demeure au coeur de nos préoccupations. Cette année, on en sera à notre troisième édition de la semaine pour la promotion de l'école publique; on récidive avec l'appui de plusieurs partenaires.»

Du côté de la FSE

La Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ) concluait à son tour un accord sur les élèves en difficulté à la fin de juin. Sa présidente, Manon Bernard, se penche sur cette entente de principe qui s'appliquera dès la rentrée: «Auparavant, les élèves ne pouvaient pas être reconnus comme ayant des troubles d'apprentissage avant la troisième année du primaire; ils le seront dorénavant dès la fin de la première année. La définition sur les troubles change: dans les cas de dyslexie, de dysphasie et de déficience légère, on parlait d'élèves à risque, alors que ceux-ci sont maintenant considérés comme ayant des troubles.» Elle ajoute sur ce plan: «Un meilleur dépistage va conduire vers de meilleures interventions qui seront plus ajustées aux besoins réels.»

Elle fait ressortir un deuxième élément de nouveauté: «Pour faciliter la mise en place de différents modèles organisationnels en lien avec la composition de la classe, il y a l'ajout de certaines sommes d'argent; en l'espace de quatre ans, on parle de 16 millions de dollars récurrents. À ce montant, s'ajoute un autre million de dollars en allocation de temps pour faire le suivi des plans d'intervention.» Un suivi de dossier sera de plus assuré: «Des travaux se poursuivront pour mettre un frein aux abus causés par le trop grand nombre d'élèves en difficulté dans les classes. En même temps, on va aussi regarder les lignes directrices sur ce dossier que la ministre Line Beauchamp devrait annoncer prochainement pour voir si c'est applicable dans les milieux ou si cela demeure de l'ordre des bonnes intentions.»

Compressions, conventions et bulletins


Les commissions scolaires ont subi au printemps d'importantes réductions budgétaires dont la présidente craint les effets sur le réseau scolaire: «Il y a 110 millions de dollars qui ont été retranchés de leur budget. On veut s'assurer qu'une telle mesure n'ait pas d'impact sur les services aux élèves et sur l'organisation scolaire.»

Mme Bernard s'inquiète, sous un autre angle, de la mise en place des conventions de gestion visant à améliorer la réussite scolaire: «Celles-ci ont introduit des cibles chiffrées sans ajout des moyens nécessaires pour les atteindre, ce qui a conduit à des dérives dans certains endroits tout en mettant de la pression supplémentaire sur les enseignants, chez qui le décrochage risque d'augmenter.»

Au chapitre des autres dossiers à surveiller, elle signale encore celui du programme d'anglais intensif et celui du bulletin unique: «Sur le plan de l'évaluation, on a réclamé certains ajustements qui nous semblent réalistes et faisables sans obtenir de réponse et on espère les recevoir en début d'année.»

Elle tire cette conclusion et propose cette vision après avoir fait le tour des points majeurs à l'ordre du jour à la rentrée: «Ce qui englobe tout ce que je viens de dire, c'est la valorisation de la profession enseignante qui est souvent mise à mal. Il y a certains groupes qui proposent des moyens pour y arriver sans prendre l'avis des principaux intéressés. Si l'éducation est une priorité, comme plusieurs l'affirment au Québec, on devrait respecter l'opinion et tenir compte de l'expertise de celles et de ceux qui font l'école au quotidien.»

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Collaborateur du Devoir