Désintérêt pour la science

Pour plusieurs élèves de 4e secondaire, l'examen de science et technologie est aujourd'hui la dernière épreuve ministérielle avant les vacances. Même si le taux de réussite était de 80 % en 2009, rien n'indique que les étudiants choisiront la voie des sciences. C'est même le contraire.

C'était le cas il y a dix ans et ce l'est encore aujourd'hui. Les jeunes Québécois se désintéressent des carrières scientifiques et boudent la formation tant au collégial qu'à l'université.

Selon les plus récentes données du ministère de l'Éducation, à peine le quart de tous les diplômes universitaires (bac, maîtrise, doctorat) sont décernés dans les domaines scientifiques (sciences pures, santé et appliquées), contre 60 % pour les domaines tels que les sciences humaines, l'éducation et l'administration. En 1999, il y a un peu plus de dix ans, la diplomation en science traînait de la patte alors qu'on retrouvait un diplômé en sciences pour deux diplômés en sciences humaines.

Au collégial, les inscriptions chutent également de manière constante, sauf peut-être pour le programme préuniversitaire en sciences de la nature qui n'a néanmoins pas réussi à aller intéresser plus de 1000 candidats supplémentaires en dix ans. Quant à la famille des programmes techniques dits «physiques», les inscriptions sont passées de 17 500, en 1999, à 12 500 dix ans plus tard.

«Les chutes sont radicales. Un exemple frappant de ça dans ma région, c'est qu'il n'y avait qu'un seul étudiant inscrit dans une formation en pâtes et papiers», a relevé Ghislain Samson, professeur à la Faculté des sciences de l'éducation à l'Université du Québec à Trois-Rivière.

Il note pourtant que les élèves du primaire sont plutôt éveillés à la science. «J'étais dans une école primaire [lundi] pour faire un "Chimie show" avec mes étudiants de l'UQTR. Il fallait voir les yeux des enfants devant les réactions d'oxydoréduction, raconte-t-il. Naturellement, les jeunes sont curieux et ils arrivent avec plein de questions. La famille y répond-elle? Et l'école?»

Le chercheur hésite à jeter le blâme sur qui que ce soit, car les initiatives pour promouvoir la science se sont multipliées avec les années. Il croit néanmoins qu'il y a encore beaucoup à faire pour changer la culture et les mentalités. «Les jeunes ont encore l'image du scientifique à lunettes vêtu d'un sarrau, les cheveux dans les airs et manipulant dans un laboratoire de la verrerie contenant des substances sur le point d'exploser», fait remarquer M. Samson. Et Marie Curie est la seule femme scientifique qu'ils connaissent, ajoute-t-il, inquiet.

Où sont les filles?

Une étude du ministère du Développement économique, de l'Innovation, et de l'Exportation intitulée «La Progression des femmes en science au Québec» démontre que si la proportion des femmes chercheuses et postdoctorantes a légèrement augmenté par rapport au début des années 2000, le taux de diplomation en sciences pures et appliquées a quant à lui chuté de 0,6 %. «Le nombre de femmes étudiant dans des domaines scientifiques a diminué au tournant des années 2000 et n'a pas beaucoup remonté. Mais ça s'est fait au profit des sciences santé, comme médecine, pharmacie...», explique l'ingénieure Claire Deschênes, présidente de l'Association de la francophonie à propos des femmes en sciences, technologies, ingénierie et mathématiques. Plus qu'un changement de mentalité et de culture, Mme Deschênes croit que c'est l'enseignement même des sciences qu'il faudra adapter aux jeunes d'aujourd'hui. Et bonne nouvelle, le Conseil canadien des ingénieurs a fait suivre une directive demandant aux professeurs de revoir leur enseignement et leurs procédures d'accréditation, informe-t-elle.

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11 commentaires
  • André Chevalier - Abonné 16 juin 2011 06 h 18

    C'était prévisible

    Avec les années, on a de plus en plus développé des programmes de science touche à tout, faciles et relevant davantage du jeux de chimie pour assurer la réussite du plus grand nombre au détriment de la réflexion et de l'établissement d'une structure de pensée scientifique axée sur des questions fondamentales.
    Nul besoin de connaître la science pour enseigner ces programmes, puisqu'il s'agit d'abord d'amuser les étudiants, en suivant machinalement le déroulement du programme qui est extrêmement détaillé et plein de trucs soi-disant amusants mais déconnectés des questions difficiles qui demandent un effort.

    On récolte ce qu'on a semé.

  • Socrate - Inscrit 16 juin 2011 07 h 19

    abolition

    Les sciences sociales ne mènent nulle part et devraient être abolies de tous les cours universitaires pour les rendre plus pertinents.

  • Michel Simard - Inscrit 16 juin 2011 08 h 42

    Et si c'était trop sérieux et trop exigent ?

    Tout à fait d'accord avec André Chevalier. Les sciences exigent un minimum d'intelligence et de sérieux, qui font défaut à la société actuelle et à l'enseignement d'aujourd'hui. On ne peut appréhender la base du corpus de la sience à partir de son moi (même si dans les autres disciplines, on peut raisonnablement difficilement se passer du corpus traditionnel, on peut toujours faire semblant que¸"ça fait du sens à partir de mon expérience personnelle").

    Mais tout cela est fort inquiétant pour l'avenir, car les jeunes sont friands de toutes sortes de technologies, mais qui donc permet que tout cela existe ? Sûrement pas les "gestionnaires" qui, si la tendance se poursuit, seront aussi nombreux que ceux qu'ils "gèrent". Sans gens qualifiés en sciences, pas d'économie du savoir, pas même d'économie des ressources naturelles.

  • Bouletrouge - Inscrit 16 juin 2011 09 h 32

    normal

    Avoir une formation en science demande pas mal d'efforts (minimum baccalauréat). Les débouchés sont souvent ordinaires quant aux conditions d'emploi.

    Je suis aussi d'accord que la sicence et la connaissance ne sont pas valorisés dans notre société. Il n'y a qu'à voir ce qu'en pense les conservateurs et le nombre de gens qui ont votés pour eux...

  • Yvan Dutil - Inscrit 16 juin 2011 10 h 00

    Entre le mensonge et la dure réalité!

    Oui, les standards académiques pour devenir scientifiques sont TRÈS élevés comparés à d'autres domaines universitaires. Par exemple, il est de notoriété publique que les cours du bacc. en génie sont de loin plus difficile que les cours du MBA. Cependant, cela n'empêchera pas les administrateurs de bosser les ingénieurs. Le scientifique est l'ingénieur tant qu'il fait de la technique est traité comme un ouvrier spécialisé.

    En fait, l'administration est devenue le seul parcours professionnel possible. Qui plus est, une grande quantité de scientifique et d'ingénieurs sont jetés au poubelle chaque année, car leur compétences techniques n'intéressent les employeurs que dans un cadre très précis. Par conséquent, l'expérience est difficilement transférable est l'employabilité s'en ressent. Par contre, ce n'est absolument pas un problème quand on est un gestionnaire.

    Il y a moins de jeunes qui vont en science. Mais, est-ce vraiment un problème? Contrairement aux dires des industriels, il n'y a pas de pénurie de scientifiques ou d'ingénieurs. Si le niveau de R