Examen en histoire et éducation à la citoyenneté - Cancres en histoire, les élèves du secondaire?

Des élèves de l’école secondaire Louis Riel en pleine lecture. Au Québec, près des deux tiers des heures de cours consacrées à l’histoire concernent l’histoire du Québec et du Canada.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Des élèves de l’école secondaire Louis Riel en pleine lecture. Au Québec, près des deux tiers des heures de cours consacrées à l’histoire concernent l’histoire du Québec et du Canada.

De nombreux élèves de 4e secondaire se soumettent ce matin à l'examen en histoire et éducation à la citoyenneté. Réforme oblige, ce test n'est pas encore une épreuve unique (obligatoire et commune à tous les élèves à la grandeur du Québec), mais plutôt une épreuve d'appoint qui, tout comme le cours, a été remise vingt fois sur le métier. Pour le meilleur... ou pour le pire?

«Qui a été le premier premier ministre du Québec?», demandait il y a quelques mois la Coalition pour l'histoire dans un sondage Léger Marketing. Parmi les Québécois interrogés, 94 % n'ont pas réussi le test. Certes, la question colle n'était pas accompagnée de choix de réponses, mais «l'ignorance collective» sur ces notions élémentaires a été décriée par le porte-parole de la Coalition, Robert Comeau, qui s'inquiète des connaissances générales acquises par les étudiants sur l'histoire du Québec. Le système québécois d'éducation contribue-t-il à former des cancres?

Voyons un peu. Un rapide survol des résultats aux épreuves uniques d'avant 2009 — car après cela, il n'y a pas de compilations systématiques des résultats, les épreuves n'étant pas obligatoires — révèle que le taux de réussite de l'examen de fin d'année pour l'ensemble des Québécois de 4e secondaire entre 2004 et 2008 oscille entre 75,6 % (2008) et 89,4 % (2007).

Bien sûr, on ne saurait tirer une conclusion sur les seules notes, normalisées et re-normalisées. Il faut jeter un oeil aux contenus des cours, à l'enseignement, à la façon d'évaluer... Jusqu'à ce jour, la «Progression des apprentissages», un document qui détaille dans un ordre à respecter les contenus que le professeur doit enseigner, n'a pas été rendue publique pour le domaine Univers social (histoire, géographie, etc.) au 2e cycle du secondaire. Or, tous les autres documents de ce genre ont été divulgués dans toutes les autres matières, a appris Le Devoir. «C'est un dossier chatouilleux», résume un enseignant d'histoire au secondaire qui désire garder l'anonymat.

Les cadres d’évaluations

Quant aux nouveaux cadres d’évaluation en histoire du 1er et 2e cycle du secondaire, disponibles depuis le printemps mais qui entreront en vigueur le 1er juillet, ils comprennent, malgré la grande place faite aux connaissances, trois compétences dont le mélange donnera 100 % de la note du bulletin.

La troisième (Consolider l’exercice de sa citoyenneté à l’aide de l’histoire) inquiète le président de la Société des professeurs d’histoire du Québec (SPHQ), Laurent Lamontagne. «On dirait que le ministère ne veut pas former des jeunes connaissant l’histoire mais des jeunes qui vont développer une conscience citoyenne», a-t-il déploré. «On n’en est plus à l’histoire événementielle politique. Les deux premières compétences [interroger dans une perspective historique et interpréter dans la méthode historique] aident à acquérir la troisième. L’histoire devient plutôt un prétexte.»

L'histoire nationale

M.  Lamontagne, qui fait partie de ceux qui souhaitent qu'une plus grande place soit accordée à l'histoire nationale, dénonce la dilution et l'élagage des contenus qu'il voit s'éloigner de la perspective nationaliste pour embrasser le monde. «L'histoire nationale... c'est passé date pour le ministère, mais, pourtant, on la cherche, on la veut. Ça pourrait très bien s'insérer dans la structure des programmes actuels et ça risquerait d'intéresser les jeunes bien plus qu'une histoire désincarnée», souligne-t-il.

Dans une longue entrevue qu'il a accordée au Devoir, le professeur à la Faculté d'éducation de l'Université de Sherbrooke et spécialiste de la pédagogie, Mathieu Bouhon, croit que «ceux qui remettent en question le programme d'histoire se trompent de combat». «Il faut relier la conception de l'enseignement de l'histoire qui est actuellement privilégiée par l'Institution scolaire aux finalités sociales de l'éducation, à la commande que la société fait aujourd'hui à l'école et à l'enseignement de l'histoire. Cette commande n'est plus la même depuis les années 50. Elle n'est plus préoccupée par la seule formation et le maintien au pouvoir des élites sociales. L'échelle des valeurs a changé aujourd'hui et correspond davantage à l'idéologie démocratique. D'ailleurs, la nouvelle appellation “histoire et éducation à la citoyenneté” reflète ces nouvelles commandes sociales.»

Il rappelle qu'au Québec, près des deux tiers des heures de cours consacrées à l'histoire concernent l'histoire du Québec et du Canada alors qu'en Belgique francophone, l'histoire nationale a été évacuée des programmes à la fin des années 80, dans la quasi-indifférence. Elle est subordonnée à l'histoire européenne et occidentale.

Québec-Belgique... même combat?

Pour avoir souvent comparé l'enseignement et l'évaluation de l'histoire au Québec avec la Belgique, qui s'est elle aussi mise entièrement à l'heure des compétences depuis 2000, Mathieu Bouhon constate que la situation ici n'a rien de dramatique, «même si tout n'est pas rose non plus».

Il explique que, dans l'examen québécois de juin 2010, l'élève devait rédiger un texte pour expliquer si le commerce de fourrures après 1760 était en continuité ou en rupture avec ce qui le caractérisait avant la Conquête alors que, dans le cas belge, on demandait si le régime politique mis en place par Auguste à la fin du premier siècle avant J.-C. était plus, ou moins, démocratique que le régime politique de la République romaine.

Si les deux épreuves ont plusieurs choses en commun, comme leur structure ou leur relative complexité pour des élèves de 15 ans, elles divergent sur certains points. «Dans l'épreuve québécoise, par exemple, les connaissances que l'élève est censé mobiliser sont assez floues ou légères et les documents proposés (le plus souvent des extraits très courts tirés de manuels scolaires ou d'ouvrages de vulgarisation historique) sont d'une très grande simplicité», soutient M. Bouhon. «Plusieurs enseignants d'histoire à qui j'ai donné cours récemment à l'Université de Sherbrooke m'ont dit que leurs élèves disposant d'habilités de lecture et d'écriture, mais n'ayant aucune connaissance historique, avaient produit un très bon texte. Ce problème hypothèque en partie la complexité de la tâche et dénature la notion de compétence.»

***

Exemple de questions d’examen d’histoire au secondaire produites par le ministère de l’Éducation.

Ce sont des questions susceptibles de se retrouver dans l’examen de 4e secondaire. (Pour répondre à la plupart des questions, on fournit aux élèves des extraits de textes, des illustrations ou des graphiques)

- Pour quelle raison les Algonquiens et les Inuits, qui occupent une grande partie du territoire québécois vers 1500, ont-ils un mode de vie nomade, plutôt que sédentaire?

- Parmi les énoncés ci-dessous, lequel établit le lien entre la contestation du pouvoir de l’Église et la montée de l’État-providence dans les années 1960? Encerclez la lettre appropriée.
  • A) La laïcisation graduelle de la société contribue à la prise en charge des secteurs de l’éducation et de la santé par l’État.
  • B)Le renforcement de la pratique religieuse contribue à un rapprochement entre l’Église et l’État.
  • C) La popularité de l’agriculturisme favorise la mise en place de programmes de colonisation administrés par l’État et l’Église.
  • D) L’adoption de mesures néolibérales favorise le désengagement de l’État dans les secteurs de l’éducation et des services sociaux.

- Montrez les liens qui existent entre les trois éléments suivants : les conditions de travail des ouvriers et des ouvrières au début du 20e siècle, l’action des syndicats et le rôle de l’État dans le domaine du travail.

- Devrait-on vendre à l’étranger l’eau douce du Québec? Produisez un texte d’opinion
16 commentaires
  • Chris G. Eustace - Abonné 13 juin 2011 05 h 33

    Memories of a Grade 10 history exam

    June 13, 2011


    This article about the Grade 10 history exam brings to mind another piece with two réctions from a year ago :

    L'histoire avec un grand «H» | Le Devoir - juin 16, 2010

    http://www.ledevoir.com/societe/education/291005/l

    Merci

  • Chris G. Eustace - Abonné 13 juin 2011 06 h 47

    Quebec history, Citizenship and Legacies

    June 13, 2011

    There is another interesting story developing in the English school board sector concerning citizenship , legacies and history.

    This is the story:

    The Lester B. Pearson School Board Council of Commissioners recently passed two resolutions naming two buildings after two commissioners.

    One building was named after a commissioner who passed away earlier this school year. That individual was a former teacher and in 1997, was awarded the prestigious « Prix de Carrière » by the Quebec government, making him the first Anglophone and first educational administrator to be given the prize. Good !

    The other building is named after the Chairman of the board who resigned on April 1, 2011. He was present at the webcast Council meeting when the naming was done. He declared publicly that he had a new job, selling products to school boards.

    In my opinion, the Board acted precipitously... No one should be commemorated and have a name attached to a public building while that person is still alive...
    What would happen if that person was, in future, found to have been involved in something embarrassing or inappropriate ?... Would that building need to be renamed?
    (I think this happened to an off-island Quebec school a few years ago.)

    Anyway, now the media are raising questions of the appropriateness of the former Pearson chairman selling to schools.
    He is quoted in a June 6, article: "There is no conflict of interest." Later in the article the director of the English School Boards Assoc. said: "There is not an iota of a question of impropriety."

    Perhaps... but there certainly is a controversy now.

    Anyway I contacted the « Commission de Toponymie » and asked them if there is policy in Quebec concerning naming public institutions after living people.

    Also, I wondered if the commission knew of any Quebec school that is named after anyone who is still alive?

    About an hour later I received by email a bilingual comprehensive answer to my concerns.

    (cont)...

  • Chris G. Eustace - Abonné 13 juin 2011 07 h 06

    Quebec history - Commission de toponymie

    06/13/11

    --- Original Message ---

    Sent: Wednesday, June 08, 2011 4:53 PM

    Monsieur Eustace,

    Tel que discuté au téléphone, je vous fais parvenir les règles de la Commission de toponymie relativement à l’utilisation des noms de personnes vivantes.


    Entre autres missions, la Commission de toponymie s’occupe de l’officialisation et de la diffusion des noms de lieux du Québec. Cependant, même dans les cas où des noms ne sont pas destinés à être officialisés (c’est le cas des noms d’écoles), il est tout de même recommandé, et souvent très utile, de communiquer avec la Commission afin de vérifier la graphie et l’acceptabilité de ceux-ci. Dans ces cas, la Commission fournit un avis technique sur le nom proposé en se basant sur les règles d’écriture et les critères de choix dont elle s’est dotée.


    Il est regrettable qu'un nom de personne encore vivante soit attribué à un édifice ou à une voie de communication. En effet, une telle action contrevient à l'un des critères de choix de la Commission, qui est le suivant :


    Un lieu ne doit pas se voir attribuer un nom d'après celui d'une personne vivante. Seuls les noms de personnes décédées depuis plus d'un an et ayant une importance historique certaine ou un lien étroit avec le lieu à désigner peuvent faire l'objet de tels choix. (Commission de toponymie, Guide toponymique du Québec, Québec, Publications du Québec, 1990, p.66)


    Ce critère est issu d’une recommandation des Conférences des Nations Unies sur la normalisation des noms géographiques, qui en sont venues à la conclusion qu'il n'est pas opportun d'introduire dans la nomenclature géographique des noms de personnes avant qu'un certain temps ne se soit écoulé depuis leur décès. La période varie d'un à quinze ans selon les pays.


    Vous trouverez un résumé de cette règle sur notre site Web, dans la section Critères de choix > Pratiques contre-indiquées

    (www.toponymie.gouv.qc.ca/ct/normes-proc

  • Chris G. Eustace - Abonné 13 juin 2011 07 h 26

    Quebec history - Commission de toponymie

    June 13, 2011

    .....

    Vous trouverez un résumé de cette règle sur notre site Web, dans la section Critères de choix > Pratiques contre-indiquées

    (www.toponymie.gouv.qc.ca/ct/normes-procedures/criteres-choix/pratiques-contre-indiquees.html#vivantes).



    Aller à l’encontre de cette règle peut mener à des situations fâcheuses pour tous les partis. Comme vous le mentionnez vous-même dans votre courriel, nous ne connaissons pas l’avenir des personnes vivantes (et même pas toujours leur passé), et il pourrait arriver qu’un lieu doive changer de nom parce qu’on apprend que la personne en question a fait quelque chose de peu honorable. À l’inverse, le fait d’avoir un lieu à son nom peut devenir nuisible pour la personne, que ce soit à cause d’un événement malheureux se produisant en ce lieu ou parce qu’il est mal entretenu, par exemple. Les hypothèses de situations pouvant s’avérer inconfortables ou carrément invivables sont nombreuses, et nous préférons tenter de les éviter.


    N’hésitez pas à communiquer avec moi si vous avez besoin d’informations supplémentaires.


    Sincères salutations,


    Mxxxx

    Géographe, agente de recherche

    Commission de toponymie

    750, boulevard Charest Est, RC

    Québec (Québec) G1K 9M1


    .................................................................

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 13 juin 2011 07 h 41

    La première question?

    Avez-vous la réponse?
    Je dirais qu'à cause du climat, à cause de l'hiver, les populations ne pouvaient pas faire des provisions pour tout l'hiver et devaient constamment se déplacer pour trouver quelque chose à manger.