Réussite scolaire chiffrée: des écoles refusent de collaborer

Le malaise des enseignants à l'égard des cibles chiffrées pour mesurer la réussite des élèves persiste. Tant et si bien que plusieurs écoles ont refusé de signer la convention de gestion et de réussite avec leur commission scolaire et que d'autres pourraient les imiter d'ici la fin de juin.

À la commission scolaire des Patriotes (CSP), dans la banlieue sud de Montréal, le tiers des établissements, soit 21 écoles sur 63, a carrément refusé de signer, mais trois se sont finalement ralliées après avoir subi des pressions. En effet, les écoles récalcitrantes qui n'avaient pas entériné la convention en date du 15 avril ont reçu une lettre de la CSP les informant qu'elles étaient dans l'illégalité et leur donnant un délai pour se conformer.

Certains établissements ont par la suite reçu une mise en demeure formelle. «Il y a eu énormément de pression mise sur les conseils d'établissement [CE]. Par exemple, on a dit qu'on n'allait pas permettre aux écoles qui accumulent des surplus de les garder», a expliqué Monique Pauzé, présidente du syndicat de Champlain. «À ma connaissance, la CSP est la seule commission scolaire qui a envoyé une mise en demeure au conseil d'établissement des écoles qui ont voté contre. [...] Je trouve qu'il y a un problème de démocratie.»

À la commission scolaire des Hautes-Rivières, il y a eu dissidence ou rejet de la convention de gestion dans la majorité des écoles. Mais alors que certains établissements ont accepté sans broncher les conventions avec cibles de réussite chiffrées, d'autres ont toutefois négocié pour que leur convention comporte des cibles qualitatives. «Ce qui se passe chez nous est à géométrie variable», a dit Jacinthe Côté, présidente du syndicat du personnel de l'enseignement des Hautes-Rivières.

La loi 88 entrée en vigueur en juillet 2009 prévoit la signature de «conventions de gestion». Détaillant les objectifs de réussite et les moyens de les atteindre, ces contrats lient chaque école à sa commission scolaire, un peu sur le modèle des «conventions de partenariat» entre le ministère de l'Éducation et les commissions scolaires.

Rejet des cibles chiffrées

À la commission scolaire de Montréal (CSDM), les conventions de gestion ne sont pas encore achevées, mais elles devront l'être d'ici la fin de l'année scolaire. «On a eu des difficultés, mais il y a eu moins de fermeté à notre égard», a indiqué Yves Parenteau, porte-parole de l'Alliance des professeurs de Montréal. Il rappelle que la position de ses membres est claire: les cibles qualitatives sont préférées aux cibles quantitatives.

Monique Pauzé abonde en ce sens. «Mettre des chiffres ciblés, c'est une vision réductrice de l'éducation axée sur les performances. Des performances qui reviennent au fond à un chiffre», a-t-elle souligné en rappelant que les compressions de 110 millions dans les budgets des commissions scolaires pourraient faire en sorte que les services ne soient plus au rendez-vous. Selon elle, les facteurs socioéconomiques ont une plus grande influence sur les résultats des élèves.

Certains enseignants craignent par ailleurs d'être jugés sur la réussite de leurs élèves. Pour le directeur général adjoint de la CSP, Jacques Beaudet, c'est faire mauvais usage des statistiques. «Si un directeur d'école veut se servir des notes pour critiquer un enseignant et non pas pour améliorer la qualité des services aux étudiants, il peut le faire, a-t-il reconnu. Mais nous, on a formé les directions d'école à utiliser les résultats pour diagnostiquer les problèmes des élèves et trouver les moyens de s'améliorer.»

Au final, les protestations des écoles opposantes seront vaines puisque le dernier mot revient à la commission scolaire. «On a utilisé l'article 218.2 de la Loi sur l'instruction publique qui dit que, lorsqu'une école ne se conforme pas à un règlement de la commission, celle-ci prend les moyens appropriés pour assurer le respect de la loi, notamment en substituant ses décisions à celles de l'établissement», a fait savoir M. Beaudet. «Toutes nos écoles pourront donc bénéficier de leur convention de gestion et de réussite.»
24 commentaires
  • Fr. Delplanque - Inscrit 8 juin 2011 03 h 46

    Autonomie....

    Elle est belle l'autonomie.

    L'école ne veut pas, la Commission scolaire prend la décision à sa place.

    La Commission scolaire ne veut, le ministère prend la décision à sa place.

  • Daniel Lambert - Inscrit 8 juin 2011 06 h 42

    L'évaluation

    En guise de réponse à Fr. Delplanque, je propose qu'on abolisse les commissions scolaires et le ministère de l'éducation. Les deux sont déconnectées de la réalité scolaire. Au ministère de l'éducation, les fabriqueux de programmes passent leur journée à cogiter des approches pédagogiques qui sont du ressort exclusif de l'enseignant et qui ne répondent pas à leurs besoins. L'évaluation fait partie des exigences ministérielles qui cause problème car l'enseignant ne possède pas les outils d'évaluation aptes à mesure des habiletés.

    On pourrait écrire un volume complet sur les aberrations du ministère de l'éducation et des commissions scolaires depuis les 30 dernières années, et ce sont ces deux organismes qui sont les grands responsables de la chute de la qualité de l'enseignement au Québec.

  • Jacques Tondreau - Abonné 8 juin 2011 06 h 56

    Réduire les élèves à des statistiques. Non merci!


    Toute une vision de la réussite éducative! On fixe arbitrairement des cibles de réussite à atteindre, on force les enseignants à les atteindre sans tenir compte des difficultés des élèves et de leurs besoins parfois très grands en soutien de toute sorte, on menace par des mises en demeure des conseils d'établissement où siègent démocratiquement les parents et le personnel enseignant. Et les commissions scolaires sont surprises de rencontrer de la résistance.

    Pour ma part, je dis à ces parents et à ces enseignants: résister et résister encore. Je suis fier de savoir qu'il y a encore des gens qui croient qu'on ne peut réduire la vie des enfants à une dimension aussi réductrice qu'un chiffre (un pourcentage, une statistique, etc). Je suis parent et maintenant grand-parent et je pense avoir assez d'expérience de la vie pour comprendre qu'on ne peut enfermer les jeunes dans nos catégories d'adultes obsédés par la performance.

    L'attitude des commissions scolaires dans ce dossier (enfin, celles qui s'entêtent à vouloir transformer les écoles en usine à produire de la réussite) me dérange beaucoup. Il me semble que l'image sociale qui est la leur en ce moment ne leur permet pas d'être outrancières et de tenter des coups de force auprès de celles et ceux qui font vivre les écoles au quotidien. D'autres commissions scolaires ont refusé cette folie des cibles chiffrées et ne les imposent pas à leurs écoles, tout en respectant l'esprit de la loi ainsi que le désir des parents et des enseignants de faire vivre aux jeunes une expérience scolaire riche, enrichissante, parsemée de petites et de grandes réussites, bref une expérience scolaire qui va bien au-delà de quelques données chiffrées.

  • Monique Thibault - Inscrite 8 juin 2011 08 h 43

    Et l'autonomie professionnelle?

    «Certains enseignants craignent par ailleurs d'être jugés sur la réussite de leurs élèves.»
    Je les comprends. En plus, si la population choisit d'élire M. Legault aux prochaines élections, rappelons-nous qu'il a l'intention de lier leur permanence à leur rendement...
    Il est clair que le MÉLS ainsi que les C.S. veulent fabriquer en série des employés qui produisent davantage et ne font pas de vagues. Les enseignants qui tiennent à ce qu'il leur reste un minimum d'autonomie professionnelle au bout de l'exercice doivent résister courageusement à ce déferlement de néolibéralisme.
    Bon courage!

  • André Michaud - Inscrit 8 juin 2011 09 h 02

    Comment évaluer?

    Savoir évaluer la qualité de l'enseignement par les résultats scolaire c'est faire preuve d'un minimum de responsabilité. Mais on a tellement nivelé vers le bas que ça devient gênant.. Le MELS a détruit l'éducation en imposant des reformes stupides et les profs ne veulent pas être blâmé à la place des technocrates qui sont les vrais responsables.

    Il faut comme en Suède plus d'autonomie aux écoles et laisser directeurs et profs établir ensemble leur moyen d'évaluer l'enseignement . Un fois fait, ce sera au directeur de s'assurer du bon fonctionnement de l'évaluation.

    A quand une enquête publique sur les technocrates du MELS qui ont détruit le système d'éducation publique en imposant leurs réformes stupides et déconnectées de la réalité ? Jamais, car les deux partis politiques ont participé activement à ce massacre..comme j'ai pu le constater dans mes 35 ans au MELS..