Cégep - Des enseignants dénoncent l'octroi de diplômes au rabais

Les instigateurs du manifeste déplorent le trop grand accent mis sur l'approche pédagogique à appliquer depuis la rentrée en septembre de la première cohorte d'étudiants 100 % réforme. <br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Joel Saget Les instigateurs du manifeste déplorent le trop grand accent mis sur l'approche pédagogique à appliquer depuis la rentrée en septembre de la première cohorte d'étudiants 100 % réforme.

Exprimant leur ras-le-bol à propos des pressions qu'ils subissent pour faire réussir à tout prix leurs étudiants, des enseignants au collégial ont lancé le Manifeste pour un Québec éduqué, déjà signé par près de 150 professeurs, étudiants ou retraités à travers le Québec.

«Faut-il réellement baisser nos exigences pour favoriser l'octroi de diplômes au rabais et consacrer plus de temps à la pédagogie bidon qu'à faire comprendre et aimer notre matière?», peut-on lire dans le texte introductif du manifeste créé à l'initiative de huit enseignants du cégep de Saint-Hyacinthe et publié dans nos pages.

Enseignante en techniques administratives, Ariane Grisé souligne ne pas avoir «succombé» aux désirs de plusieurs étudiants qui contestent une faible note ou un échec. «Je donne la note que l'étudiant mérite, mais effectivement, ça nous arrive d'avoir de la contestation de la part des étudiants. Ils vont souvent directement à la direction et elle les écoute. Ensuite, on revient vers nous et on est questionnés au sujet de l'échec de l'étudiant. Ça nous met dans l'embarras. On a l'impression qu'il y a un manque de confiance dans notre capacité de juger», a-t-elle expliqué.

«Sans tomber dans l'anecdote, on sent qu'il y a des pressions pour la réussite qui ne viennent pas des directions mais plutôt du ministère de l'Éducation», a renchéri Isabelle Duchesne, enseignante de chimie au cégep de Saint-Hyacinthe. En effet, une loi du ministère de l'Éducation (MELS) oblige les cégeps à fournir un plan stratégique sur une période de plusieurs années, qui doit tenir compte du plan stratégique que le MELS élabore lui-même. Or ce plan doit comporter des objectifs et les moyens que les cégeps mettront en oeuvre pour les réaliser, y compris des cibles chiffrées.

Le plan stratégique 2010-2015 du cégep de Saint-Hyacinthe indique, par exemple, qu'il souhaite augmenter son taux de diplomation et son taux de réussite après un premier trimestre de chacun 5 %. «Nous, les enseignants, pour être capables d'arriver à ces taux de réussite là, il faut niveler par le bas. On donne déjà tout ce qu'on a pour la réussite des élèves mais, si on veut les amener à réussir plus, il faut diminuer les critères d'évaluation», a expliqué Mme Duchesne.

Bien que la direction du cégep de l'Outaouais ne se mêle pas des notes attribuées par les enseignants, Marie-Josée Boudreau, qui y coordonne le département de français, a souvent entendu le discours du nivellement par le bas. «Depuis les cinq dernières années, le discours de la réussite à tout prix a beaucoup circulé. Baisser nos exigences, s'adapter à la clientèle, prendre l'étudiant là où il est rendu», a-t-elle souligné. L'an dernier, dans le nouveau devis ministériel pour la formation générale, une partie des exigences en littérature a été retirée au profit de l'ajout d'une compétence en correction et révision de textes. «Il fallait revoir l'autocorrection avec les nouveaux étudiants sous prétexte qu'ils n'avaient pas vu cette compétence-là en 5e secondaire», a-t-elle ajouté.

Encadrer les élèves de la réforme

Les instigateurs du manifeste déplorent le trop grand accent mis sur l'approche pédagogique à appliquer depuis la rentrée en septembre de la première cohorte d'étudiants 100 % réforme. «Dernière trouvaille: pour accueillir les étudiants de la réforme, nous devons maintenant développer une pédagogie universelle de la première session», peut-on lire dans le manifeste.

Selma Bennani, enseignante de littérature au cégep de Saint-Hyacinthe, déplore ce trop grand encadrement. «On nous dit de tenir davantage ces étudiants-là par la main. Mais on pense qu'en les encadrant davantage, non seulement c'est diluer les connaissances qu'on pourrait apporter, mais c'est montrer qu'on n'a pas confiance en nous, les profs», a-t-elle dit.

Le président de la Fédération des enseignants au collégial (FEC-CSQ), Mario Beauchemin, constate que les parents et les étudiants ont de plus en plus de pouvoir. «Souvent, sous la pression des parents, les administrations vont accepter de demander à un prof de faire passer un examen de reprise à un élève en échec alors que ce n'est pas prévu. De plus en plus les parents s'imposent, on les voit même débarquer avec des avocats», a-t-il indiqué. Il s'inquiète toutefois davantage des cibles de réussite chiffrées des plans stratégiques, qui viennent rarement «avec les ressources financières permettant de les atteindre».

Isabelle Duchesne souhaite que le Manifeste pour un Québec éduqué remette l'éducation post-secondaire au coeur des priorités. «C'est un cri d'alarme pour dire qu'il ne faudrait pas en arriver là. On ne veut pas d'éducation "fast-food" et on veut sensibiliser le plus grand nombre.»
61 commentaires
  • Pierre Langlois - Inscrit 3 juin 2011 04 h 34

    Le devoir de chacun

    Les enseignants du cégep, n'étant à priori pas formés pour enseigner mais étant d'abord des spécialiste d'un domaine précis, oublient souvet que le devoir premier d'un enseignant est la réussite de ceux à qui il enseigne. Les appentissages du c.gep relèvent encore de la formation générale et il en découle que les élèves sont astreints à des cours qui, plus souvent qu'autrement, ne touchent ni de près ni de loin à leurs intérêts.
    Évidemmnt, il es indéniable qu'une formation générale de base est nécessaire à la formaton de tout bon citoyen. Toutefois, il est normal que des jeunes de 17 ou 18 ans n'aient pas la maturité requise pour comprendre l'importance d cet apprentissage. Il incombe donc à l'enseignant de faire aimer sa matière et de faire réussir ses élèves coûte que coûte, au prix ed'un effort considérable non pas en offrant à rabais une réussite non méritée mais en usant de tous les moyens possible pour faire comprendre et aimer la matière qu'il enseigne.

    Il faut visr la réussite à tout pris car nous ne sommes pas assez riches pour nous permettre l'échec de qui que ce soit. Réussir, oui, mais par l'élévation de nos élèves et nonpar des diplômes à rabais. Réussir parce que les enseignants se seront retroussé les manches, auront pris leur responsabilité et auront fait comprendre ls élèves.

  • Pierre Leyraud - Inscrit 3 juin 2011 07 h 44

    Réussir à tout prix ? coûte que coûte ?

    J'ai enseigné pendant 30 ans au Cegep et contrairement à ce qu'écrit P Langlois je n'ai jamais pensé que mon "devoir premier" était la réussite à tout prix de mes élèves . Je pense toujours que mon devoir premier était de tout faire pour que l'élève acquiert un certain niveau de connaissance correspondant à la réussite du cours.
    A l'origine de ce manque de réussite au Cegep il y aurait , selon P Langlois,l'absence de formation pédagogique des enseignants du collégial mais il y a le même problème au niveau secondaire où les enseignants on pourtant une formation pédagogique ? J'ai aussi connu au cours de ces 30 ans au Cegep des enseignants, une minorité heureusement, qui avaient année après année, cours après cours des taux de réussite de 95% voire 100% alors que leurs collègues les mêmes années pour les mêmes cours , malgré tous leurs efforts, peinaient avec un 70 ou 75

  • Michele - Inscrite 3 juin 2011 07 h 45

    Réformer le C.E.G.E.P.

    Comment se fait-il que les C.E.G.E.P. francophones n'ont pas encore été réformés?

  • jeandan12 - Inscrit 3 juin 2011 09 h 03

    @Pierre Langlois

    Dans votre message vous ne faites que déresponsabilisé les étudiants. Vous dites que le rôle premier du professeur est la réussite de ses élèves, et bien le devoir premier de l'élève est sa propre réussite, acquise avec du travail et des efforts.

    Pour se qui est des intérêts des élèves, je ne comprend pas votre histoire sur la "formation générale". Oui il y a effectivement des cours de français, anglais, éducation physique, mais chaque élève est inscrit dans le programme de son choix, qui rejoint ses intérêts, que ce soit pré-universitaire ou technique.

    "Toutefois, il est normal que des jeunes de 17 ou 18 ans n'aient pas la maturité requise pour comprendre l'importance d cet apprentissage."

    La maturité ne s'acquiert pas en se faisant donner tout cru et sans effort quelque chose, mais en travaillant pour l'obtenir. À 18 ans, si un jeune ne comprend pas qu'il doit travailler pour réussir, il est temps qu'il l'apprenne.

    "Il faut visr la réussite à tout pris car nous ne sommes pas assez riches pour nous permettre l'échec de qui que ce soit."

    C'est justement cela le nivellement par le bas et personne ne sort gagnant que des élèves obtiennent un diplôme qu'ils ne méritent pas.
    Je suis bien d'accord avec la dernière phrase de l'article qui dit: On ne veut pas d'éducation "fast-food". Parce que c'est réellement ce dont vous parlez.

  • Emilie V - Inscrit 3 juin 2011 09 h 19

    L'implication des étudiants.

    Je suis moi-même de retour aux études. J'ai 24 ans et je côtoie les jeunes de 17-18 ans de cette fameuse réforme. Je ne suis pas d'accord avec Monsieur Langlois par rapport au fait que le fardeau de la réussite ne devrait pas dépendre des enseignants, mais de l'étudiant concerné.
    Je vois des jeunes qui ne s'intéresse pas à leur réussite, qui prennent les heures de cours afin de dormir un peu entre une sortie dans les clubs et un 4 à 6 heures de travail à temps partiel. Pour les autres, la majorité passe leur temps à ''texter'' ou simplement se raconter leur fin de semaine pendant que l'enseignant s'époumone à donner sa théorie. Je trouve déplorable que l'on rejette la faute sur les enseignants, qui pour la plupart, sont passionnés et intéressants à écouter. Ce qu'on leur demande maintenant, c'est donner des points gratuits pour remonter la moyenne d'un jeune qui n'en a rien à faire de ce que Sartre avait à dire et comment on fait pour expliquer son opinion dans une beaucoup trop longue dissertation de 600-1000 mots. Je vous rappelle qu'à la base la dissertation aide à former son opinion, savoir l'exprimer sans dire ''genre'' à tous les 3 mots.
    Ces enfants sont les victimes de notre société de consommation où tout est trop rapide et sans intérêt, car rien n'est fait avec passion et en profondeur. Ça m'enrage de voir un étudiant revendiquer des points gratuits qui à la base ne les méritent pas.
    Bref, ce que j'en comprends c'est que les enseignants vont devoir fermer les yeux sur des travaux bourrés de fautes et sans queue ni tête et laisser les notions fondamentales coulées entre les doigts des futurs avocats, ingénieurs, infirmiers, car "tsé la genre monsieur j'mérite au moins 5 points de plus juste pour l'avoir fait (sur le coin de la table 1heure avant la remise)''.