Élèves handicapés et en difficulté d'apprentissage - La fin de l'intégration à tout prix

L’entente prévoit des balises sur la composition de la classe.
Photo: Agence France-Presse (photo) John Macdougall L’entente prévoit des balises sur la composition de la classe.

L'intégration à tout prix ne sera plus le modus operandi de plusieurs écoles du Québec et celles-ci pourraient voir le retour des classes spéciales. La Fédération autonome de l'enseignement (FAE) et le gouvernement ont finalement conclu une entente de principe hier sur l'intégration des élèves handicapés et en difficulté d'apprentissage (EHDAA).

«On vient de confirmer, non pas que la classe spéciale est LE modèle, mais qu'elle est un modèle parmi d'autres. On ne peut plus prétendre qu'on va intégrer juste pour intégrer, a soutenu Pierre Saint-Germain, président de la FAE, qui représente environ le tiers des enseignants au Québec. C'est quant à moi la fin de l'intégration à tout prix.»

L'entente comprend une série de mesures et l'ajout de plus de 30 millions de dollars aux enseignants sur quatre ans. Un montant de 26 millions servira par exemple à mettre sur pied ces groupes spéciaux et à payer le salaire d'un enseignant ressource. «C'est pour des mesures pour soutenir les profs. On pourrait par exemple les libérer pour qu'ils aient du temps pour souffler parce qu'ils ont des rencontres à faire avec les parents. Ça peut aussi servir à limiter le nombre d'élèves à intégrer dans la classe ordinaire», a précisé M. Saint-Germain. Un autre montant de 6 millions sera consacré aux enseignants pour qu'ils puissent faire le suivi des plans d'intervention.

À l'heure actuelle, certaines écoles de milieux défavorisés ont implanté des prématernelles pour les enfants de quatre ans à temps partiel. La FAE et le ministère de l'Éducation se sont entendus pour que, sous forme de projet-pilote, six classes parmi les commissions scolaires de la FAE puissent tenter l'expérience à temps plein. L'accord introduit la possibilité de reconnaître, dès la fin de la première année du primaire, qu'un élève puisse être en difficulté d'apprentissage.

La contrainte excessive définie


L'entente prévoit des balises sur la composition de la classe, que réclamait depuis longtemps la FAE. «On est venu reconnaître qu'on devait regarder la composition de la classe», a indiqué la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp. Par exemple, on limite à trois le type de problèmes différents d'enfants dans une même classe.

«L'exemple ultime, ce serait de dire que tel jeune devrait aller dans une classe spécialisée. Il y a cette ouverture-là, mais ça pourrait tout aussi bien être que l'enseignant ait besoin qu'un enfant soit retiré de la classe un certain nombre d'heures dans la semaine», a expliqué la ministre.

Mme Beauchamp a également reconnu qu'ajouter de l'argent était nécessaire. «On a accepté d'ajouter de l'argent sur quatre ans. C'est nécessaire dans le contexte, mais on est dans le raisonnable. Derrière l'argent, il y a avant tout beaucoup de travail accompli dans l'organisation de la classe régulière», a-t-elle souligné.

Assis à une autre table, le plus gros syndicat d'enseignants, la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ), et l'Association provinciale des enseignantes et enseignants du Québec (APEQ-QPAT) ont rejeté à l'unanimité la dernière proposition patronale. «Il est clair pour nous qu'[elle] ne permet d'améliorer ni la situation des élèves, ni le quotidien des enseignants concernés par l'intégration des [EHDAA]», ont déclaré Manon Bernard, présidente de la FSE et Serge Laurendeau, président de l'APEQ, par voie de communiqué. Comme la date butoir était aujourd'hui, 1er juin, il revient maintenant au conciliateur nommé à la table de faire rapport à la ministre. «Pour moi, l'important c'est de dire qu'on demeure en mode discussion. Les canaux sont ouverts», a insisté la ministre, qui promet de «maintenir le cap» pour que les lignes directrices découlant de l'entente avec la FAE soient applicables dès la rentrée en septembre.

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