79e congrès de l'Acfas - Nouveau coup porté au cours Éthique et culture religieuse

Lisa-Marie Gervais Collaboration spéciale
Photo: Agence Reuters

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le cours Éthique et culture religieuse (ECR) fait la promotion de valeurs pluralistes et n'est donc pas neutre, suggère une nouvelle analyse, cette fois d'un point de vue philosophique, proposée par Alexandra Malenfant-Veilleux, qui vient de terminer un mémoire de maîtrise sur le sujet à l'Université du Québec à Trois-Rivières. Tel qu'il a été conçu, le cours ECR devrait même être entièrement remanié ou rendu optionnel, croit l'étudiante en précisant qu'elle ne s'est pas attardée à la façon dont était donné le cours dans les écoles, mais bien à ses fondements théoriques.

Adoptant une position nuancée mais qui tend nettement vers le camp des nationalistes, Mme Malenfant-Veilleux conclut que l'enseignement de l'histoire québécoise, y compris ses dimensions culturelle et religieuse, doit avoir préséance sur un enseignement qui ferait la promotion des valeurs pluralistes, comme c'est le cas, selon elle, dans le cours d'éthique et de culture religieuse. «Il n'est pas mauvais de faire la promotion de la diversité, de la tolérance et de la discussion, mais étant donné notre situation de minorité nationale au Canada et en Amérique du Nord, on devrait d'abord favoriser la promotion de notre histoire québécoise et de notre culture particulière», a-t-elle expliqué hier au Devoir, en marge d'une conférence qu'elle a prononcée au congrès de l'Acfas. Elle ajoute que c'est une condition sine qua non pour que le peuple québécois dure dans le temps.

Pour elle, le principe du pluralisme sur lequel est fondé le cours ECR, et duquel découleraient l'interculturalisme et le multiculturalisme, est un ensemble cohérent et bien ficelé de principes moraux au même titre que l'humanisme ou le catholicisme. Conclusion? Il ne peut donc pas être neutre. «En quoi le pluralisme normatif en tant que principe fondamental primerait les autres doctrines séculières ou religieuses qui sont enseignées dans le cadre du cours Éthique et culture religieuse?» fait remarquer l'enseignante de philosophie au collège Laflèche.

Loyola a raison

Mme Malenfant-Veilleux se range ainsi davantage du côté du jugement — porté en appel depuis par le gouvernement du Québec — favorable au collège Loyola, qui revendiquait le droit de donner le cours ECR selon une perspective catholique. Selon elle, comme le cours est fondé sur un principe qui n'est pas neutre, toutes les postures pour l'enseigner se valent. En ce sens, elle se dit d'accord avec certaines conclusions de l'étude de la sociologue Joëlle Quérin, qui avait, en quelque sorte, fait le procès du cours et suscité de vives réactions. «Joëlle Quérin a dit que le cours était axé sur la promotion de valeurs et l'acquisition d'attitudes et de comportements qui rejoignent les idées pluralistes et je suis d'accord avec ça, a souligné Mme Malenfant-Veilleux. Mais plutôt que d'axer là-dessus, on pourrait adjoindre le volet culture religieuse au cours d'histoire et mettre l'accent sur des éléments factuels des religions en disant "ceci est une église catholique" ou "voici Mahomet"». Elle soutient toutefois que, contrairement à ses collègues nationalistes, elle ne pense pas que le cours ECR ne transmette aucune connaissance de ce genre. «Mais elles sont toujours mises au profit de l'acquisition d'attitudes ou de comportements particuliers», a-t-elle déploré en citant l'étude de Mme Quérin.

Et bien qu'elle précise ne pas être une spécialiste de l'éducation, Mme Malenfant-Veilleux admet critiquer par la bande la réforme et son approche par compétence. «Le fait que le cours soit axé sur l'acquisition d'attitudes et de comportements est typique de la réforme, a-t-elle avancé. Si on avait été dans l'ancien système, on aurait transmis des connaissances factuelles et l'objectif n'aurait pas été d'en discuter en classe et de demander aux élèves ce qu'ils en pensent. On aurait dit "voici Mahomet" et c'est tout.»

Un débat idéologique


Implanté dans les écoles en 2008, le cours Éthique et culture religieuse, désormais obligatoire de la première année du primaire à la 5e année du secondaire, déchaîne les passions. Si certains défendent l'opinion qu'un système scolaire responsable doit transmettre aux étudiants la connaissance et le respect du pluralisme, d'autres dénoncent son caractère intrusif et souhaiteraient son abolition.

Dans son projet de maîtrise, Alexandra Malenfant-Veilleux s'est attelée à la tâche d'analyser les arguments des deux camps, les «pro» et les «contre». Mais dans cette dernière catégorie, les tenants de l'abolition ne rejettent pas le cours pour les mêmes raisons et l'étudiante les a regroupés dans trois catégories distinctes, soit les nationalistes, les laïques, représentés par le Mouvement laïque québécois, et les parents et les institutions privées, représentés par la Coalition pour la liberté en éducation (qui soutient notamment le combat en Cour suprême de la citoyenne de Drummondville Suzanne Lavallée). «C'est un débat idéologique entre nationalistes et pluralistes», a-t-elle avancé, en disant croire qu'une réconciliation des deux positions n'est pas impossible. «Mais d'un côté comme de l'autre, on a coupé la communication. C'est comme si les positions étaient tellement opposées qu'il était impossible de les concilier. Personnellement, je suis pour la sauvegarde de l'histoire et de la culture, mais ça ne me donne pas pour autant le droit de rejeter complètement les positions du camp adverse, a-t-elle noté, avant de conclure: C'est en tout cas un débat dont on n'a pas fini d'entendre parler.»
19 commentaires
  • Manon Carrière - Inscrite 11 mai 2011 07 h 20

    Mon dieu, mon dieu...

    Mon dieu, mon dieu, pourquoi les laissez-vous faire? Nous avions pourtant compris que ce programme était neutre au plan des valeurs religieuses. Ce qui est évidemment un parti-pris au plan moral, une croyance, mais dégagée du religieux, du recours à une foi. Il faut quand même être singulièrement ou naïf, ou obtus, ou illogique pour croire qu'en ce bas monde la neutralité existe en dehors de toute référence à une croyance. Convenons que voilà une recherche fort utile et opportune qui contribue de manière importante au débat...Une de plus!

    L'insolent

  • Jean St-Jacques - Inscrite 11 mai 2011 07 h 33

    Non aux religions

    Les religions divisent le monde et au lieu d'en faire un cours obligatoire, on devrait prêcher leur abolition. Les guerres sont nées du pouvoir des religions et regardons ce qui se passe de nos jours dans les pays.

    Très intéressant la conférence de Madame Malenfant-Veilleux.

  • Fabien Nadeau - Abonné 11 mai 2011 07 h 37

    Pas neutre?

    Je reste un peu perplexe face à cette recherche.Pour moi, il est évident que le cours n'est pas neutre. Par contre, il a été mis de l'avant parce que son contenu reflète les valeurs de notre société, même si certains membres de cette société voudrait promouvoir des valeurs différentes.

    Mais je crois que le cours, comme il a été conçu, permet justement à toutes les valeurs de s'exprimer. C'est le but.

    Comment il est donné concrètement, c'est une autre chose. Quand je vois que des professeurs de "sciences religieuses" ont été chargés du cours d'éthique, je me demande s'il est possible pour un professeur de changer de chapeau comme ça, d'un claquement de doigt. Le Ministère est un grand magicien.

  • ysengrimus - Inscrit 11 mai 2011 08 h 25

    Satisfecit

    Mon fils a suivi ce cours obligatoire dans une école secondaire de Montréal en 2009-2010. Bilan: satisfecit. On y faisait une passable promotion de l'athéisme et la "moralité" religieuse en prenait pour son grade. Quand on pense que ces gens s'autoproclament exclusifs détenteurs de la "morale". L’immoralité religieuse, assez, c’est assez…

    http://ysengrimus.wordpress.com/2009/01/16/un-cri-

    Entrons dans le siècle, une bonne fois…
    Paul Laurendeau

  • Jean Lapointe - Abonné 11 mai 2011 08 h 34

    L'éducation ne peut être neutre.


    L' éducation n'est pas neutre. Elle ne peut l'être. Elle implique nécessairement un choix d'orientations.

    Ce qui est important c'est de savoir pourquoi on fait tel choix plutôt que tel autre et pour quoi on considère les choix que l'on fait comme préférables aux autres.

    Et aussi ça peut changer avec le temps. Ça doit changer avec le temps parce que les mentalités évoluent et les sociétés aussi.

    Alors chacun de nous doit se demander: quelles seraient les orientations les plus appropriées à donner à l'éducation au Québec à l'époque d'aujourd'hui?

    Et que penser des orientations qui y sont déjà données? Devrait-on les conserver ou devrait-on les remplacer par d'autres ou tout au moins les modifier en partie? Porquoi?

    Donc, à vos devoirs tout le monde.