60 498 élèves de 5e secondaire sur le qui-vive

Quelques heures avant l’examen, des élèves de l’École secondaire Pierre-Dupuy, à Montréal, préparaient hier en compagnie de leur professeur l’épreuve unique en français. <br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Quelques heures avant l’examen, des élèves de l’École secondaire Pierre-Dupuy, à Montréal, préparaient hier en compagnie de leur professeur l’épreuve unique en français.

Prêts, pas prêts, tous les élèves de cinquième secondaire du Québec se soumettent ce matin à l'épreuve unique en français du ministère de l'Éducation. Tous? Pas tout à fait. Les élèves de la Montérégie, où plusieurs villes sont des zones sinistrées en raison des inondations, devront le passer à une date ultérieure.

Mais au final, aucun élève québécois de cinquième secondaire ne peut se soustraire à cet examen s'il souhaite obtenir diplôme d'études secondaires (DES). La réussite du cours de français est une condition sine qua non du DES. «C'est une épreuve qui est exigeante, mais elle vient confirmer, après un parcours d'études obligatoire, que l'élève est capable de maîtriser le français. Comme citoyen québécois, c'est un moment important, a soutenu la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp. C'est la pierre d'assise d'un Québec français.»

Même si la ministre admet avoir été une bonne élève en français, elle ne se cache pas qu'elle fouille régulièrement dans sa série de dictionnaires Le Robert, ouvrages qu'elle avait gagnés lors de la finale nationale à Ottawa d'une compétition de Génies en herbe à laquelle elle a participé pour son école secondaire. «Je vous jure, le dictionnaire des difficultés du français est encore un outil de référence pour moi. Je suis parfois découragée parce que je dois encore aller vérifier des mots, même ceux que j'ai toujours su écrire, a-t-elle confié. Je veux dire aux étudiants que l'apprentissage de cette langue est un processus continu, mais une chose est certaine: il faut la chérir.»

De l'importance du français

Étudiantes en cinquième secondaire de l'École secondaire de l'Odyssée à Chicoutimi, Chloé Munger et Roxanne Morin-Lavoie ont répondu aux questions du Devoir peu avant l'examen. «Ma grande soeur et mon chum m'en avaient parlé. Je savais que c'était important», a dit Chloé. «C'est sûr que l'épreuve en français a un impact. C'est l'examen qui compte le plus dans notre année de cinquième secondaire», a renchéri Roxanne.

Pour leur enseignante de français, Marie-Chantale Folly, il ne fait pas de doute que l'examen est pris au sérieux. «À quelques heures de l'examen, on le sent dans l'école. Ils sont plus agressifs et ça explose dans les classes. Pendant une semaine, il n'y a plus que le français qui compte», a-t-elle raconté même si elle constate que certains élèves, des garçons surtout, y accordent moins d'importance. À quoi bon si c'est pour faire garagiste ou boulanger?

«Un élève m'a dit qu'il voulait faire un DEP [diplôme d'études professionnelles] en électricité et qu'il n'allait plus faire de français. Mais il sait qu'il doit réussir son cours», a raconté Aurélie Martin, enseignante à l'École secondaire Mont-Bruno. Le caractère officiel de cette épreuve du ministère leur fait prendre la chose au sérieux, croit-elle.

«Je veux être infirmière et je vais devoir écrire des dossiers. Ça prend un bon vocabulaire», a dit Roxanne Morin-Lavoie en admettant que plus que développer sa culture, c'est davantage le fait d'être «fonctionnelle» en français qui l'intéresse. «Je veux savoir m'exprimer et bien écrire.»

La consommation comme thème

Comme l'an dernier, les 60 498 élèves de la province auront trois heures pour écrire une lettre ouverte de 500 mots sur le thème de la consommation. Un recueil de sept textes, comprenant notamment un texte du journaliste du Devoir Éric Desrosiers et un extrait de La Tentation de l'innocence de Pascal Bruckner, leur a été remis il y a une semaine. Mais la question de l'examen, dans le jargon «la tâche d'écriture», était une inconnue jusqu'à ce matin.

«Pour la première fois, j'ai vu les élèves être contents du sujet de l'examen», a dit Mme Folly, qui enseigne le français en cinquième secondaire depuis dix ans. Elle se dit néanmoins inquiète du taux de réussite, constatant que l'état du français s'est beaucoup détérioré depuis ses débuts comme enseignante, il y a 20 ans. «Il y a toujours eu des problèmes d'orthographe. Mais là, ce qu'on voit apparaître, ce sont les problèmes de syntaxe, qui n'étaient pas là il y a quelques années, croit Mme Folly qui attribue ceux-ci au cellulaire et au langage texto utilisés par les jeunes. Ils n'ont pas de crayons dans le coffre à crayons, mais vous pouvez être sûrs qu'ils ont un cellulaire!»

De l'incertitude des résultats

Les résultats aux épreuves uniques des élèves «100 % réforme», vers qui tous les regards étaient tournés l'an dernier, n'ont pas encore été rendus publics. Mais l'on sait qu'en 2009, les élèves de 5e secondaire avaient obtenu le meilleur taux de réussite depuis 2004 en français langue d'enseignement, soit 91,2 %.

Marie-Chantale Folly craint toutefois que l'épreuve soit corrigée moins sévèrement. «J'ai vu les exemples de bons textes faits par des élèves que le ministère a mis sur son site Web Le pouvoir des mots. Je ne mettrais pas un A à tous ces textes-là. Il y a eu un nivellement par le bas», croit-elle.

Selon la ministre de l'Éducation, l'épreuve unique en français langue d'enseignement est tout à fait adaptée. «L'épreuve est élaborée par des enseignants de cinquième secondaire et est ensuite soumise à un comité de validation nationale formé de conseillers pédagogiques et de représentants du ministère, rappelle Mme Beauchamp. Il y a aussi eu deux avis produits par des experts universitaires, dont une étude de l'Université de Montréal qui a conclu, d'après un échantillon de plus de 1000 textes d'élèves que l'épreuve qualifie bien, qu'elle évalue ce qu'elle a à évaluer.»
2 commentaires
  • JAMAIS UN QUeBEC PAYS - Inscrit 5 mai 2011 23 h 03

    exercice ridicule

    cela est un exercice ridicule, on vit en amérique du nord, et sans un maitrise de l anglais il n y a pas de grand future, que vaut la français alors.

  • Dieter Uhlen - Inscrit 25 mai 2011 09 h 16

    épreuve de français « simplifié » bien trop facile !

    La réussite de ce cours de français et de ce test en particulier ne fait pas la preuve d'une maîtrise à peu près correcte de la langue française...
    On croît rêver ! Comme dans certains examens au Cégep ou à l'Université, les étudiants ont « droit aux notes de cours » !!! ; c'est pareil ici, on fait parvenir à l'avance le sujet de l'épreuve !
    on « prépare » les élèves !!!
    c'est une blague !!
    Dans ces conditions, l'élève ne peut que réussir !! et puis à son entrée à l'Université, on s'aperçoit qu'il ne sait ni lire ni écrire à peu près correctement; qu'il confond « ça » avec « sa » par exemple.. à l'université !!!! preuve flagrante que les notes accordées au cégep étaient surestimées, ce qui sera aussi le cas des futures notes obtenues au baccalauréat par exemple.. Ainsi, un pourcentage non négligeable de jeunes enseignants en français obtient un permis d'enseigner sans pour autant maîtriser à peu près correctement la langue française ! Il ne faut donc pas s'étonner, ensuite d'entendre nos jeunes s'exprimer ou écrire aussi mal; on leur enseigne le français de travers !!!
    Bref, tout est à revoir; il faudrait dans un premier temps se montrer beaucoup plus strict quant à la maîtrise parfaite de la langue par ceux qui sont chargés de l'enseigner ! et arrêter de « gonfler » les notes !!!
    Le laxisme qui perdure quant à la qualité de la langue écrite et parlée est responsable de la médiocrité en français de toute une génération d'élèves au Cégep et d'étudiants à l'Université.

    Bref, la qualité du français écrit et parlé ne cesse de se déteriorer et tout le monde s'en moque !!