Commissions scolaires et cégeps - Québec impose des coupes de 145 millions

Québec — Le gouvernement Charest vient d'imposer des compressions inattendues de l'ordre de 145 millions aux commissions scolaires et aux cégeps, ce qui soulève l'indignation du milieu de l'éducation.

«C'est la surprise totale. On est outré», a indiqué, hier, la directrice des communications de la Fédération des cégeps, Caroline Tessier. C'est la semaine dernière que cette fédération ainsi que la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) ont appris que leurs réseaux respectifs devaient se serrer la ceinture.

Pour les cégeps, il s'agit d'une coupe réelle d'au moins 35,5 millions, selon l'évaluation du p.-d. g. de la Fédération des cégeps, Jean Beauchesne. «Ces compressions sont totalement inacceptables et injustifiées, et cela, d'autant plus que rien dans le budget ni dans l'étude des crédits ne nous a permis de les appréhender», écrit-il dans un communiqué destiné aux directeurs généraux des cégeps. M. Beauchesne a demandé de rencontrer d'urgence la ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport, Line Beauchamp, une rencontre qui doit avoir lieu ce soir. Cette coupe de 35,5 millions correspond à plus de la moitié de la hausse de 4 % du budget consacré aux cégeps, telle que contenue dans les crédits. Pour l'année en cours, le budget des cégeps s'élève à 1,645 milliard.

En conférence de presse hier, la présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ), Josée Bouchard, s'est insurgée contre ces compressions imprévues qui dépassent les 110 millions pour le réseau des écoles primaires et secondaires. «C'est inacceptable et méprisant envers la population», a-t-elle dit, ajoutant que les services aux élèves ne manqueront pas d'être affectés.

Josée Bouchard s'explique mal comment le gouvernement, qui a fait de l'éducation une priorité et qui a décidé de doter les écoles de tableaux électroniques et de portables, que les commissions scolaires n'ont jamais réclamés, puisse exiger de telles compressions. «C'est du jamais vu depuis 1998», a-t-elle signalé.

Le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) impose aux commissions scolaires une diminution des dépenses administratives de 62 millions dans le cadre de «l'effort général» pour l'atteinte de l'équilibre budgétaire, à laquelle s'ajoutent une réduction de 36 millions du financement des abandons en formation professionnelle et d'autres compressions visant une somme de près de 14 millions. En revanche, dans le dernier budget Bachand, le réseau a obtenu 345 millions de plus pour faire face à la hausse de ses coûts courants.

Les frais d'administration des commissions scolaires représentent 500 millions du budget de 10 milliards qu'elles gèrent, budget qui est constitué à 80 % par des salaires liés à des conventions collectives, a rappelé Josée Bouchard.

Pour la ministre Line Beauchamp, ces compressions ne doivent en aucun cas se traduire par une réduction des services aux élèves. Les commissions scolaires ne voient pas leur budget diminuer, a-t-elle fait valoir. «Je leur impose des compressions dans l'administration et dans la bureaucratie. Ça ne pourra pas se faire dans les services, a-t-elle affirmé, hier, au Devoir. Il y a des choses qui doivent changer.» Elle a cité l'exemple de son ministère qui a diminué ses dépenses de 10 % et réduit de 45 le nombre de ses fonctionnaires, tandis que les commissions scolaires comptent davantage d'employés et de cadres qu'avant.

Le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Léo Bureau-Boulin, a dénoncé, hier, ces compressions qui affecteront, selon lui, les nouveaux programmes des cégeps en région. La vice-présidente de la CSN, Denise Boucher, s'est également élevée contre ces coupes en éducation. «Est-ce que le gouvernement entendait opérer sans que le milieu réagisse?» se demande-t-elle dans un communiqué.
3 commentaires
  • bernard collot - Inscrit 3 mai 2011 03 h 01

    de France

    Je vois que, où que l'on soit, les analyses des politiques en matière d'éducation (entre autres !) sont rigoureusement les mêmes ! Ce que CASTORIADIS appelait l'hétéronomie, l'incapacité à penser de façon autonome, d'inventer d'autres mondes.
    Ce qui me frappe, c'est que l'on retrouive partout les mêmes modes opératoires pour, soi disant, réduire des coûts que l'on pense non productifs. En France comme chez vous et depuis longtemps, c'est l'élimination des petitesd structures scolaires ou, ce qui revient au même, la concentration scolaire. Le taylorisme est loin d'être mort.
    Or, non seulement c'est une absurdité éducative que le simple bon sens devrait faire comprendre, non seulement c'est uine absurdité démocratique, non seulement c'est une absurdité sociale, mais c'est aussi une absurdité économique et financière. Alors qu'en France des travaux officiels ont démontré que les petites structures scolaires multiâges étaient contre toute attente plus efficientes que les macrostructures, alors que l'Etat se trouve sans cesse face à l'échec scolaire et à la violence générés par ces mêmes macrostructures, alors qu'il est bien obligé d'engager des moyens sans cesse plus importants pour tenter de lutter contre ce qui devient un fléau... sans aucun résultats, il continue, imperturbablement à éradiquer les petites écoles multiâge pour pense-t-il économiser quelques postes d'enseignants et quelques sous... et en dépenser dix fois plus pour tenter de compenser les méfaits qu'il provoque.
    Je vois qu'au Québec, au Canada et partout, c'est la même pensée politique (ou absence de pensée). L'incapacité de penser autrement. L'incapacité de sortir du raisonnement des règles à calcul, que ce soient celles du scolaire, de l'économie, de l'énergie...
    L'école pourrait être le premier lieu d'un changement de paradigme.
    Mais on ne peut l'attendre des politiques, tellement ils sont tous formatés par la même pensée
    Bernard Collot, F

  • Carole Dionne - Inscrite 3 mai 2011 09 h 22

    LÀ J'EN AI SOUPÉ DES COMMISSIONS SCOLAIRES...

    Le gouvernement n'avait pas fini d'annoncer les coupures de $110 millions, voilà que la présidente de l'association des commission scolaires parle de coupure aux étudiants. Pas dans l'administration que ces chers directeurs de commission scolaires ont érigé en forteresse, non, tout dans les coupures aux étudiants.

    J'ai biebn aimé la réplique de la ministre Beauchamps: elle ne veut pas voir de coupure dans les services direct aux étudiants. Maixs si les CS le font, est-ce que la ministre passera de la parole aux actes? Couper les directeurs qui ne veulent pas appliquer SA DIRECTIVE?.

  • Chris G. Eustace - Abonné 4 mai 2011 14 h 54

    Meanwhile on the English front...

    May 4, 2011

    Meanwhile on the English front, the English boards put out a press release titled:

    " Public education sector blind-sided by post-budget cutbacks, QESBA claims"

    The Quebec English School Boards Association (QESBA) reacted with "anger and disappointment" about these recent budget cuts. The Association claims the budget rules "could have" an impact on the quality of services delivered to students in public schools across Quebec.

    From what I understand these cuts will not affect student services ; students will not "suffer."

    Bravo to la ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport, Line Beauchamp for this latest move.

    Merci.

    Chris Eustace - (ceustace@videotron.ca)