Éducation - Levée de boucliers contre le projet Legault

François Legault<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir François Legault

Sitôt dévoilée, la plateforme éducation de la Coalition pour l'avenir du Québec (CAQ) s'est heurtée à un mur. Celui des enseignants, des commissions scolaires et des parents qui n'ont pas tardé à rejeter la totalité des propositions «pour les meilleures écoles au monde» de François Legault et son équipe.

Le président de la Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ), François Paquet, croit ni plus ni moins que le coup de barre proposé mènera «au chaos». «En proposant de jeter par terre un système au grand complet, ça signifie une déclaration de guerre aux enseignants et une longue et périlleuse reconstruction. Et pendant le temps que va durer le chaos, qui va payer la note? Ce sont les enfants», a dit M. Paquet.

Il faut dire que les mesures contenues dans la plateforme de la CAQ s'attaquent à des composantes sacrées du système d'éducation: les commissions scolaires — qu'on souhaite ici abolir — et les conditions de travail et la sécurité d'emploi des enseignants. M. Legault leur propose une augmentation salariale d'environ 20 % moyennant une évaluation de leur travail deux fois par année, basée sur la réussite de leurs élèves. La rémunération serait bonifiée dans certains secteurs plus défavorisés ou dans ceux où le nombre d'enfants en difficulté est plus élevé. Au terme de contrats allant de trois à cinq ans, les enseignants incompétents seraient congédiés.

La présidente de la Fédération québécoise des directions d'établissements (FQDE), Chantal Longpré, estime que, comme dans toute profession, il y aurait environ 5 % d'enseignants menacés, «mais qui seraient récupérables» s'ils étaient aidés, a-t-elle précisé.

Ces augmentations de salaire, qui totaliseraient près de 1 milliard par an, seraient financées sans hausse de taxes ni d'impôt, assure M. Legault. Comment? En allant notamment chercher 600 millions en diminuant les frais d'exploitation chez Hydro-Québec, 280 millions en coupant de moitié le budget des 69 commissions scolaires, qui seraient transformées en 39 régies régionales, et 60 millions en gelant pendant quatre ans les subventions aux écoles privées.

«C'est un nouveau pacte qu'on propose à nos enseignants. Il y a un coup de barre à donner. Le gouvernement doit faire sa part, mais les enseignants et les syndicats doivent aussi faire la leur», a dit M. Legault, qui a été ministre de l'Éducation dans un gouvernement péquiste.

La CAQ appuie également la récente hausse des droits de scolarité et croit que pour rendre certaines facultés plus performantes, ils pourraient être modulés.

Encore des réformes!

La résistance n'a pas mis de temps à s'organiser. Mis au parfum du contenu du document sur l'éducation de la CAQ, la Fédération des commissions scolaires (FCSQ), celle des comités de parents et la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) ont été piqués au vif par ces nouvelles propositions. «Je veux attirer l'attention sur le ras-le-bol qu'on peut avoir dans le milieu de l'éducation envers ces hommes ou femmes politiques qui veulent se faire un nom avec l'éducation. [...] Est-ce qu'on va un jour finir de parler de réforme et de transformation des institutions pour se concentrer sur comment on peut évoluer?» a dit Réjean Parent, président de la CSQ.

La plateforme de la CAQ, qui donne une certaine place aux parents, ne semble pas émouvoir le président de la Fédération des comités de parents. «On nous dit qu'on va avoir plus de pouvoir, mais le seul pouvoir de plus, c'est celui d'embaucher les directeurs d'établissement et de les congédier, a rétorqué M. Paquet. Est-ce qu'on veut ça, comme parents, embaucher des directeurs? Est-ce que ça va changer la réussite des jeunes?»

Visiblement ébranlé, M. Paquet a même accusé M. Legault de l'avoir «menacé» de mener une «cabale» contre lui parce qu'il n'appuie pas sa réforme.

Pour la présidente de la FCSQ, Josée Bouchard, M. Legault et son équipe ont une vision «puérile» du système de l'éducation. «Les écoles au Québec, ce ne sont pas des épiceries, des industries, des usines! On veut évaluer les enseignants sur la performance des élèves, mais c'est méprisant à l'égard de nos enfants qui sont en difficulté. Tu as beau changer ton modèle d'évaluation, ta direction d'école, c'est pas comme ça qu'on va faire performer ces enfants-là. C'est en leur donnant du soutien et en les accompagnant», s'est-elle indignée.

La ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, a pour sa part critiqué les «grands bouleversements» que propose la CAQ. «Ce que veut M. Legault, c'est une mégaréforme, a-t-elle indiqué. D'ici 3 ans, on a 740 000 emplois à combler au Québec. La priorité, ce n'est pas une bataille de structures et des guerres de pouvoir.»

Pour la ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, couper dans les frais d'exploitation d'Hydro-Québec, c'est supprimer des emplois. «Il faut savoir que les frais d'exploitation chez Hydro-Québec pour 2010, c'est 2,6 milliards, dont 90 % sont destinés aux salaires. Donc ce que M. Legault propose, c'est d'abolir des emplois en région», a-t-elle noté en précisant qu'il y avait toutefois des économies à faire au sein de la société d'État.
43 commentaires
  • Fr. Delplanque - Inscrit 13 avril 2011 06 h 01

    Les Parents

    « La plateforme éducation de la Coalition pour l'avenir du Québec (CAQ) s'est heurtée [au] mur [...] des enseignants, des commissions scolaires et des parents »

    Le mur des parents ?

    Vous voulez dire le mur de certains représentants des parents, non ?

  • Bernard Gervais - Inscrit 13 avril 2011 08 h 00

    David contre Goliath

    Ce qu'a proposé hier François Legault n'est pas totalement nouveau. L'abolition des commission scolaires par exemple, l'ADQ en parlait déjà lors de la campagne électorale québécoise de mars 2007.

    Toutefois, à entendre les protestations à la fois immédiates et très fortes des organismes visés par le mesures qu'aimerait mettre en oeuvre M. Legault, on constate, une fois de plus, qu'on ne change pas les choses si facilement au Québec.

    La preuve : les ministres Beauchamp et Normandeau, sans doute parce que ce serait trop compliqué et trop risqué au plan électoral, n'ont pas tardé à écarter les propositions de l'ancien ministre péquiste de l'Éducation.

  • alen - Inscrit 13 avril 2011 08 h 02

    Voilà!

    Voilà! Rien qu'à lire le commentaire de Fr. Delplanque on constate que FR. legault a atteint son but: ranimer l'animosité contre les syndicats, les syndiqués, les groupes socisux, et le communautaire. Vive la droite industrialo-financière!

  • Jean St-Jacques - Abonnée 13 avril 2011 08 h 14

    Un autre gâchis

    En écoutant Charles Sirois, on se demande où a-t-il suivi ses cours de pédagogie? Et M. Legault vient de se découvrir une autre vocation: réformateur en éducation.

    Je comprends que les opposants fassent valoir leur point de vue car on veut encore réformer le monde de l'éducation en visant le mauvais objectif.

    On voit bien que ces deux financiers ne voient que l'argent qui pourrait régler tous les problèmes. Les professeus sont compétents et comme dans tous les domaines, il en existe des incompétents. Mais il ne faut pas perdre la tête et vouloir réformer encore le monde l'éducation et surtout par les hommes d'affaires qui se disent pédagogues.

  • Le prince du Nord - Inscrit 13 avril 2011 08 h 15

    Pourquoi pas tant qu'à faire!

    Pour faire du pouce sur l'idée de Mr Legault: on pourrait peut-être évaluer les politiciens fédéraux, provinciaux et municipaux deux fois par année et on pourrait les congédier s'ils sont incompétents! Pour paraphraser ce dernier, les citoyens du Canada et du Québec méritent d'avoir des gens compétents et motivés, ce qui pour l'instant est difficile à démontrer...