La cyberintimidation prend de l'ampleur

FRANCOIS PESANT le devoir
Dans le dossier de la cyberintimidation, «Québec a la responsabilité d’assurer un certain soutien», a dit hier le président de la CSQ, Réjean Parent.
Photo: François Pesant - Le Devoir FRANCOIS PESANT le devoir
Dans le dossier de la cyberintimidation, «Québec a la responsabilité d’assurer un certain soutien», a dit hier le président de la CSQ, Réjean Parent.

Le phénomène de la cyberintimidation prend de l'ampleur et les victimes sont principalement des élèves, surtout des filles. C'est ce que révèle un sondage téléphonique effectué pour le compte de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ). Environ 40 % des répondants ont affirmé connaître au moins une personne ayant été la cible de cyberintimidation, soit une augmentation de 13 % par rapport à 2008.

Sans surprise, les réseaux sociaux semblent être les moyens privilégiés pour diffuser les attaques personnelles, qui prennent le plus souvent la forme de propos diffamatoires (37 %), de commentaires déplaisants sur l'apparence (35 %), d'insultes à caractère sexuel (15 %) et à caractère homophobe (6 %). La cyberintimidation serait plus répandue dans les écoles privées.

«À ce stade-ci, je dis "soyons préoccupés"», a dit le président de la CSQ, Réjean Parent. Il montre du doigt le faible taux de pénétration du plan d'action gouvernemental contre la violence à l'école, qui avait été lancé en 2008 et doté de 17 millions. Selon le sondage, seulement une personne sur quatre a affirmé que le plan avait été implanté dans son milieu de travail tandis que 36 % n'en savaient rien.

«Il y a des éléments de solutions qui émergent de notre réflexion et, à mon humble avis, ça ne demande pas des sommes faramineuses. Québec a la responsabilité d'assurer un certain soutien», a dit M. Parent. Il rappelle que trois répondants sur quatre affirment que les écoles sont démunies lorsqu'il s'agit de lutter contre un tel phénomène, par ailleurs difficile à circonscrire.

Un plan imparfait

La ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, reconnaît à demi-mot que le plan d'action n'a pas eu les effets escomptés. Elle l'explique notamment par la réticence de certaines écoles à reconnaître le problème, afin de ne pas ternir leur réputation. Aussi, le plan, qui s'est étalé sur trois ans, a tardé à atteindre sa dernière étape, celle d'encourager les écoles à se doter d'une stratégie de lutte contre la violence.

«J'endosse le fait qu'on me demande de poursuivre le plan. Il n'est pas parfait, je suis d'accord, a indiqué Mme Beauchamp. Il faut le poursuivre et il y aura de l'argent au rendez-vous. Peut-il être bonifié? Assurément.»

Pour Shaheen Shariff, professeur au département de sciences de l'éducation à McGill, une part du problème réside dans le fait que les jeunes ne savent pas bien ce qui constitue une infraction à la loi. «Est-ce que mettre sur YouTube une vidéo que notre petite amie nous a envoyée peut être une infraction? À quel moment une blague devient-elle une agression? À quel moment un mensonge devient-il criminel?», souligne-t-elle. Elle lancera en mai prochain un site bilingue, financé par le ministère de l'Éducation et le gouvernement fédéral, pour guider les enseignants, les parents et les élèves sur ces questions.

Les résultats du sondage reposent sur 1214 entrevues téléphoniques. La marge d'erreur maximale associée à un échantillon de cette taille est de 2,8 %, 19 fois sur 20.

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