Étudiants en difficulté: les cégeps débordés

Photo: Jacques Grenier - Le Devoir

Le nombre de cégépiens souffrant de troubles mentaux ou d'apprentissage explose. Et pour leur offrir des services adéquats, la Fédération des cégeps exige une aide supplémentaire de 13 millions.

Toutes catégories de handicaps confondues, physiques y compris, ils sont sept fois plus nombreux qu'en 2000 dans les 48 cégeps du réseau, selon des données fournies par la Fédération. Ainsi, à l'automne 2000, 439 jeunes étaient atteints de l'un de ces troubles, contre 3069 moins de dix ans plus tard (puisque les données les plus récentes s'arrêtent en 2009).

Alors que le nombre de jeunes aux prises avec un handicap dit «traditionnel» (surdité, cécité, paralysie cérébrale, etc.) connaît une hausse moins marquée, celui des cégépiens atteints d'un trouble de santé mentale ou d'apprentissage (rassemblés sous le vocable «clientèle émergente») est quant à lui quinze fois plus élevé, passant de 136 à 2094. «Le nombre de handicapés traditionnels est assez stable, mais ce qui s'est ajouté de façon marquée depuis cinq ans, ce sont les autres étudiants [avec des troubles de santé mentale ou d'apprentissage]», confirme Carole Lavallée, directrice adjointe des études au Cégep du Vieux-Montréal, un établissement qui a développé une expertise auprès de ces clientèles handicapées au fil des ans.

Le nombre d'étudiants faisant partie de la clientèle émergente a d'ailleurs crû de façon encore plus fulgurante au cours des dernières années. De 577 qu'ils étaient en 2007, ils sont trois fois et demie plus nombreux (2094) à peine deux ans plus tard. La clientèle émergente est composée de personnes atteintes de troubles d'apprentissage (dont les plus connus sont la dyslexie, la dysorthographie et la dyscalculie) et de maladies mentales diverses (schizophrénie, psychose, etc.)

Non pas que ces étudiants soient apparus comme par magie. Mais la politique gouvernementale d'intégration des élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage et le dépistage précoce, qui tend à se faire plus systématiquement, ont certes aidé à repérer ces étudiants atteints de ces troubles qui sont arrivés au cégep. «Avant, ceux qui arrivaient jusqu'au cégep étaient les très persévérants», constate Mme Lavallée qui est aussi responsable du Service d'aide aux étudiants en situation de handicap (SAIDE) au cégep. Aujourd'hui, il y en a plus qui y parviennent, car ils sont soutenus aux niveaux primaire et secondaire.

Comme les dossiers reçus par le Service régional d'admission du Montréal métropolitain ne contiennent pas d'information sur les possibles handicaps ou difficultés d'apprentissage des étudiants, le cégep constitue, pour la plupart d'entre eux, un nouveau départ. Mais, tôt ou tard, leurs problèmes à l'école les rattrapent.

Moins de tabous

Ces problèmes sont toutefois de moins en moins tabous et sont davantage déclarés, reconnaît Carole Lavallée. «Je ne suis pas sûre qu'il y en a plus; c'est seulement que, comme c'est moins tabou, on en parle plus et on les voit plus, note-t-elle. Il y en avait il y a 25 ans, mais on les mettait dehors ou [l'étudiant] démissionnait de lui-même parce qu'il était tellement gelé par sa médication qu'il ne pouvait plus étudier. Les professeurs ne toléraient pas toujours leurs hospitalisations fréquentes alors que, là, on fait des accommodements.»

Il y a cinq ans, le Collège du Vieux-Montréal et le Collège Dawson se sont entendus avec le gouvernement pour mettre sur pied des projets-pilotes afin de mieux répondre aux besoins particuliers de la clientèle émergente. Une vingtaine de projets-pilotes ont été menés dans 45 cégeps. «Cela faisait en sorte que les jeunes avaient accès à des services. Mais ils se sont mis à s'identifier, et les collèges ont réalisé qu'il y en avait pas mal plus qu'ils pensaient qui avaient besoin d'aide», explique Mme Lavallée.

Depuis trois ans, le financement par étudiant octroyé par le ministère de l'Éducation n'est plus suffisant. «Ces jeunes-là ont eu des portables et [le logiciel] Antidote au primaire et au secondaire», souligne-t-elle en indiquant que la continuité des services doit être assurée.

Pour pouvoir offrir un accompagnement éducatif particulier, comme des logiciels spécialisés, un soutien aux examens et une aide aux déplacements dans le collège, le manque à gagner est estimé à 13 millions par la Fédération des cégeps. «On veut pouvoir continuer à offrir de bons services aux étudiants», souligne Caroline Tessier, la directrice des communications.
22 commentaires
  • Louise Hurteau - Inscrite 7 mars 2011 00 h 45

    Effectivement, il n'y en a pas plus, c'est juste plus ouvert

    Et je ne parlerais pas de tabou mais bien de discrimination pur et simple que le ministère de l'Éducation a fait - d'ailleurs, on peut très bien voir sur le site des prêts et bourse, le formulaire à remplir n'a AUCUNE case pour les psychopathologies ...

    Certains parents et étudiants ont poussé pour que finalement, les personnes souffrants de TED, Schizophrénie ou TS soient maintenant reconnus pour une aide scolaire. Notons cependant, que le ministère de l'Éducation est le seule ministère qui ne reconnait pas une déficience fonctionnelle majeure au même terme que les autres ministères ...

    * la déficience auditive;
    * la déficience visuelle grave;
    * la déficience motrice;
    * la déficience organique.

    Et cela ne figure toujours pas sur le formulaire : http://tinyurl.com/4hwqeov

    Il y a eu une petite amélioration

    Ce petite texte :

    " Mise en garde : Si vous êtes temporairement incapable de poursuivre des études à temps plein en raison d’un trouble grave à caractère épisodique résultant d’un problème de santé mentale ou physique majeur et permanent, vous pourriez être admissible au Programme de prêts et bourses même si vous poursuivez des études à temps partiel. "

    Était inexistant voilà 3 ans .... il a fallu des pressions et des menaces de poursuite pour faire bouger des choses ... mais la discrimination est toujours présente (comparaison de l'aide financière avec déficience physique versus santé mentale ...) : http://www.afe.gouv.qc.ca/fr/pretsBourses/deficien

  • Pierre Cossette - Inscrit 7 mars 2011 04 h 04

    Au nom du $tre$$ ...

    et du fric et du sain d'esprit à peine. Oui oui la peine à maintenir le rythme travail. études dodo. De plus en plus d'étudiants connaissent le burn-out avant d'entreprendre leur ¨vie active¨ quand on a besoin d'encâdrement, de services professionnels pour maintenir le rythme il y a un sérieux problème. Pourrait-on apprendre dans le bonheur, le calme, la joie au lieu de se faire bourrer le crâne par ceux qui veulent maintenir le statu-quo puisqu'ils s'y sont habitués. Je me rappelle les années 70 les cégépiens qui travaillaient et étudiaient en même temps étaient l'exception au cours de l'année scolaire. On étudiait, socialisait, empruntait et remboursait après notre DEC avec nos petits boulots d'été. Et on y trouvait du plaisir en plus, pourquoi l'éducation et la société s'est-elle transformée vraisemblablement dans la mauvaise direction. Il faut ramener l'émulation d'apprendre sans épée de Damoclès du spectre de l'échec suspendue au-dessus de la tête. Le système d'éducation forme des êtres interchangeables maléables pour mener à bien les tâches ingrates qu'ils auront à accomplir leur vie utile durant. Changeons en profondeur çà vaudra la peine.

  • Assez merci - Inscrit 7 mars 2011 04 h 06

    Gouverner

    Prévoir, ajuster le tir, prendre les décisions revient au gouvernement.

    8 ans de non gouvernance de charest à Québec et ca tourne pas rond dans tous les domaines.

    Réformes scolaires qui en sont pas, décrochages, ritalin, indécipline, prof qui non plus rien à dire sur les étudiants, la direction qui est mole et qui reste sourde aux demandes des prop. etc.

    Faites moi pas accroire que charest et le ministère de l`éducation ne savaient pas!

    Ils ont laissés la situation pourrir, des gens moins éduqués sont plus facile à manipuler, le Cambodge en est une preuve.
    Tenir le peuple ignorant fait l`affaire de certains au gouvernement.

    Depuis quand mettons nous des oeufs craqués avec les bons pour les vendre, les cassés encore moins...

  • Pierre Schneider - Abonné 7 mars 2011 07 h 17

    Les émergents

    Je me demande si cette clientèle dite émergente n'aurait pas plus sa place dans des établissements spécialisés, comme cela se faisait autrefois.

    À force de tout vouloir niveler, à force d'accorder des notes de passage artificielles à nombre d'étudiants n'ayant pas les capacités intellectuelles aptes à des études supérieures, on est en train de dégrader le système d'éducation du Québec, déjà passablement malmené par les ponctions financières er les diktats
    des trop nombreux bureaucrates qui s'en servent comme d'un laboratoire d'expérimentation de leurs théories de savants fous.

    Un peu de gros bon sens ne nuirait certes pas.

  • Jean-Pierre Plourde - Inscrit 7 mars 2011 07 h 46

    Manoeuvre du Gouvernement Charest.

    N'est-ce pas une façon de mettre des bâtons dans les roues dans l'apprentissage des plus talentueux.

    On veut laver plus blanc que blanc, n'est ce pas une suite des accommodement raisonnable?

    Le Québec à besoin de ses meilleurs éléments compétents. Tout est fait pour les empêcher d'apprendre et les distraire de leur culture et de leur histoire.

    Imaginer que 94% de nos citoyens, dont moi-même n'ont jamais été informé que le premier Premier Ministre du Québec s'appelait Pierre Oliver Chauveau n'est pas banal... Notre gouvernement ne fait même pas d'effort pour rapatrier nos documents historiques qui sont vendus à l'étranger et qui concernent toute l'Amérique, on a un sérieux problème.

    C'est facile ensuite de dire qu'on est un peuple sans histoire.

    Voir, http://saglacweb.blogspot.com/2011/03/qui-tire-les

    Quand on quitte l'urgence après 5 à 6 heures d'attente sans avoir vu personne de compétent, on a un sérieux problème de gestion.

    Ce sont toutes nos institutions qui sont à repenser.

    Sans une fierté sociale et communautaire notre culture fout le camp et celle de l'autre prend le dessus.

    On a un ménage à faire, Québécois agissez...


    Jean-Pierre Plourde